Couscous aux sept légumes et agneau
Une montagne de semoule de blé dur roulée à la vapeur, couronnée d'agneau fondant et de légumes mijotés dans un bouillon doré aux pois chiches. Le plat unique que l'on dresse au centre de la table et autour duquel on se serre.
Une montagne de semoule de blé dur roulée à la vapeur, couronnée d'agneau fondant et de légumes mijotés dans un bouillon doré aux pois chiches. Le plat unique que l'on dresse au centre de la table et autour duquel on se serre.
Il faut avoir vu cela : un seul plat, immense, et dix mains qui s'y rejoignent. La semoule, on la roule, on la cuit à la vapeur, on la roule encore — patience de femmes que je regardais avec respect. Au-dessus, l'agneau, les courgettes, les navets, le bouillon couleur de safran. Ce jour-là, on oublie un instant la guerre, on se nourrit du même monticule, et je comprends que ce peuple-là n'a jamais cessé d'être une nation. Mangez au centre, jamais ne piochez chez le voisin : c'est sa part, respectez-la.
- •Semoule de blé dur — un grand plat (céréale-socle)
- •Agneau (épaule, collier) — un beau morceau (viande festive)
- •Navets, carottes, courgettes, oignons — selon la maisonnée (légumes du bouillon)
- •Pois chiches — un bol (légumineuse)
- •Safran, gingembre, ras-el-hanout, smen (beurre fermenté) — au goût (parfums)
Couscous aux sept légumes et agneau
Une montagne de semoule de blé dur roulée à la vapeur, couronnée d'agneau fondant et de légumes mijotés dans un bouillon doré aux pois chiches. Le plat unique que l'on dresse au centre de la table et autour duquel on se serre.
Pourquoi ce plat ? Le couscous est le plat de la fraternité algérienne par excellence — celui des vendredis, des mariages, des retrouvailles. Fanon, qui avait épousé la cause d'un peuple jusqu'à vouloir être enterré en terre algérienne, s'est assis à ces plats communs où chacun puise dans le même monticule de semoule. Le partage du couscous, c'est l'image même de la communauté qu'il défendait.
Il faut avoir vu cela : un seul plat, immense, et dix mains qui s'y rejoignent. La semoule, on la roule, on la cuit à la vapeur, on la roule encore — patience de femmes que je regardais avec respect. Au-dessus, l'agneau, les courgettes, les navets, le bouillon couleur de safran. Ce jour-là, on oublie un instant la guerre, on se nourrit du même monticule, et je comprends que ce peuple-là n'a jamais cessé d'être une nation. Mangez au centre, jamais ne piochez chez le voisin : c'est sa part, respectez-la.
Ingrédients (version d’époque)
- Semoule de blé dur — un grand plat (céréale-socle)
- Agneau (épaule, collier) — un beau morceau (viande festive)
- Navets, carottes, courgettes, oignons — selon la maisonnée (légumes du bouillon)
- Pois chiches — un bol (légumineuse)
- Safran, gingembre, ras-el-hanout, smen (beurre fermenté) — au goût (parfums)
Ingrédients
- Semoule moyenne — 500 g (céréale-socle)
- Épaule d'agneau — 800 g (viande)
- Navets — 3 (légume)
- Carottes — 4 (légume)
- Courgettes — 3 (légume)
- Pois chiches trempés ou en bocal — 200 g (légumineuse)
- Oignons — 2 (base bouillon)
- Ras-el-hanout, gingembre, safran (ou curcuma) — 1 c. à café de chaque (épices)
- Smen ou beurre — 1 c. à soupe (richesse umami)
- Huile d'olive, sel, poivre — QS (assaisonnement)
Préparation
- Saisir l'agneau et les oignons dans l'huile au fond du couscoussier, ajouter les épices, mouiller à hauteur.
- Pendant ce temps, humecter la semoule d'eau salée et d'un filet d'huile, l'égrener à la main.
- Cuire la semoule à la vapeur au-dessus du bouillon (3 passages de 15 min), en l'égrenant entre chaque, avec une noix de smen.
- Ajouter au bouillon les pois chiches puis les légumes par ordre de cuisson (navets, carottes, puis courgettes).
- Dresser la semoule en dôme, creuser le sommet, disposer viande et légumes, arroser de bouillon.
- Servir le reste du bouillon (et la harissa) à part.
Comment on faisait : Le couscous se faisait — et se fait encore — à la main : la semoule roulée goutte à goutte dans un grand plat de bois (la gasâa), cuite à l'étouffée sur le couscoussier de terre ou de cuivre. C'était l'affaire d'une matinée entière, souvent collective, les voisines venant prêter main-forte. Un plat qui dit le temps long et la solidarité du quartier.
Le twist contemporain : Pour respecter le geste de Fanon — manger au même plat — servez-le dans une seule grande cocotte plate posée au centre, sans assiettes individuelles, juste des cuillères.
Sources : Alice Cherki, Frantz Fanon, portrait, Seuil, 2000
Frantz Fanon · Charactorium