Gamal Abdel Nasser(1918 — 1970)

Gamal Abdel Nasser

royaume d'Égypte, République arabe unie, sultanat d'Égypte, République d'Égypte

9 min de lecture

PolitiqueMilitaireXXe siècleGuerre froide, décolonisation et nationalisme arabe (années 1950-1970)

Officier et homme d'État égyptien (1918-1970), Nasser est le principal artisan de la révolution de 1952 qui renverse la monarchie. Président de l'Égypte de 1956 à sa mort, il incarne le nationalisme arabe et le tiers-mondisme.

Questions fréquentes

Gamal Abdel Nasser (1918-1970) est un officier et homme d'État égyptien, principal artisan de la révolution de 1952 qui renversa la monarchie. Président de 1956 à sa mort, il incarne le nationalisme arabe et le tiers-mondisme. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a fait de l'Égypte un acteur central de la décolonisation et du mouvement des non-alignés, tout en modernisant le pays par des réformes radicales. Son action a marqué durablement le monde arabe et les relations internationales de la guerre froide.

Citations célèbres

« Le canal de Suez appartient aux Égyptiens.»
« Nous ne permettrons à personne de contrôler nos ressources ou notre souveraineté.»

Faits marquants

  • 1952 : Co-dirige le coup d'État des Officiers libres qui renverse le roi Farouk
  • 1956 : Nationalise le canal de Suez, déclenchant la crise de Suez face à la France, le Royaume-Uni et Israël
  • 1958-1961 : Fonde la République arabe unie (fusion Égypte-Syrie)
  • 1967 : Défaite militaire face à Israël lors de la guerre des Six Jours
  • 1970 : Décède d'une crise cardiaque, pleuré par des millions d'Arabes

Œuvres & réalisations

Nationalisation du canal de Suez (26 juillet 1956)

Acte politique majeur par lequel l'Égypte récupère le contrôle d'une infrastructure construite par ses ouvriers mais exploitée par une compagnie franco-britannique. Cet événement déclenche la crise de Suez et fait de Nasser le symbole de la décolonisation dans le monde arabe.

La Philosophie de la révolution (Falsafat al-Thawra) (1954)

Texte programmatique dans lequel Nasser expose sa vision d'une Égypte à la croisée de trois cercles : arabe, africain et islamique. C'est le manifeste idéologique du nassérisme, traduit en de nombreuses langues et étudié dans les universités du monde arabe.

La Charte nationale (1962)

Document fondateur du 'socialisme arabe' nassérien, définissant un programme de nationalisation des grandes entreprises, de réforme agraire et d'État-providence. Il oriente durablement la politique économique et sociale de l'Égypte.

République arabe unie (RAU) (1958–1961)

Union politique de l'Égypte et de la Syrie sous la présidence de Nasser, première tentative concrète d'unité arabe depuis la conquête arabe médiévale. Malgré son échec trois ans plus tard, elle reste le symbole le plus fort du rêve panarabiste.

Haut barrage d'Assouan (1960–1970 (inauguration 1971))

Méga-chantier financé et construit avec l'aide soviétique après le refus américain, destiné à maîtriser le Nil, irriguer 400 000 hectares et fournir la moitié de l'électricité égyptienne. Il reste le legs matériel le plus visible du nassérisme, malgré ses conséquences écologiques controversées.

Réforme agraire de 1952 (1952)

Dès les premières semaines de la révolution, Nasser impulse une loi limitant la propriété terrienne à 200 feddans par famille et redistribuant les terres aux paysans sans terre (fellahs). Cette mesure casse le pouvoir des grandes familles féodales et gagne à la révolution le monde rural égyptien.

Anecdotes

Le 26 juillet 1956, lors d'un discours à Alexandrie, Nasser prononça à plusieurs reprises le nom 'Ferdinand de Lesseps', fondateur de la Compagnie du canal de Suez. C'était en réalité un signal codé : dès qu'il entendaient ce nom, les soldats égyptiens avaient l'ordre de s'emparer des installations du canal. En quelques heures, l'Égypte prenait le contrôle d'une infrastructure que l'Occident croyait intouchable.

Après la cuisante défaite de la guerre des Six Jours en juin 1967, Nasser apparut à la télévision égyptienne pour annoncer sa démission, s'estimant responsable du désastre militaire. Mais le lendemain, des millions d'Égyptiens descendirent spontanément dans les rues du Caire et d'Alexandrie en pleurant, suppliant leur président de rester. Bouleversé, Nasser retira sa démission : c'est l'une des scènes les plus saisissantes de l'histoire politique arabe du XXe siècle.

En 1955, à la conférence de Bandung en Indonésie, Nasser rencontra pour la première fois Nehru (Inde) et Zhou Enlai (Chine). Ce sommet des nations afro-asiatiques nouvellement indépendantes fit de lui l'une des figures mondiales du mouvement des non-alignés. Il n'avait que 37 ans et dirigeait l'Égypte depuis moins de deux ans.

Pour financer la construction du gigantesque barrage d'Assouan, Nasser demanda d'abord un prêt aux États-Unis et à la Banque mondiale. Washington refusa brutalement en 1956, irrité par ses achats d'armes soviétiques. C'est cette humiliation qui précipita directement la décision de nationaliser le canal de Suez, dont les droits de passage devaient désormais financer le barrage.

Nasser était réputé pour ses discours fleuves de plusieurs heures, qu'il improvisait en partie devant des foules de centaines de milliers de personnes. Sa voix grave et son arabe dialectal cairote le rendaient accessible à tous les Arabes, des paysans du delta du Nil aux intellectuels de Beyrouth. La radio égyptienne, 'La Voix des Arabes', diffusait ses discours dans tout le monde arabe.

Sources primaires

Discours de nationalisation du canal de Suez, Alexandrie (26 juillet 1956)
« Le canal de Suez a été creusé par les fils de l'Égypte, 120 000 Égyptiens sont morts en le construisant. […] Nous construirons le barrage haut comme nous le voulons. […] Au nom de la nation, je promulgue la loi de nationalisation de la Compagnie universelle du canal de Suez. »
La Philosophie de la révolution (Falsafat al-Thawra) (1954)
« Nous sommes à un carrefour de l'histoire. Chaque peuple a une mission dans l'histoire. La mission de l'Égypte est triple : arabe, africaine et islamique. »
Discours de démission à la télévision égyptienne (9 juin 1967)
« J'ai décidé de me retirer complètement et définitivement de tout poste officiel et de toute responsabilité politique. […] Je suis prêt à être jugé pour ce qui s'est passé dans la guerre. »
La Charte nationale (al-Mithaq al-Watani) (21 mai 1962)
« Le socialisme arabe est la voie que l'Égypte a choisie pour atteindre la liberté, le socialisme et l'unité. La propriété des moyens de production doit appartenir au peuple. »
Discours à la conférence afro-asiatique de Bandung (Avril 1955)
« Nous, nations d'Asie et d'Afrique, qui avons souffert du colonialisme, nous affirmons notre droit à l'indépendance, à la souveraineté et à la coopération fondée sur l'égalité entre les peuples. »

Lieux clés

Alexandrie, place des Martyrs (ancienne place Mohammed-Ali)

C'est ici que Nasser prononça le 26 juillet 1956 son célèbre discours de nationalisation du canal de Suez devant une foule immense, prononçant le nom codé 'de Lesseps' pour déclencher l'opération. Ce moment fit basculer l'histoire du monde arabe.

Le Caire — Palais de la République (Héliopolis)

Résidence officielle et centre du pouvoir nassérien, où Nasser recevait les chefs d'État et dirigeait l'Égypte pendant dix-huit ans. C'est là qu'il mourut subitement le 28 septembre 1970, à 52 ans.

Canal de Suez — Port-Saïd

Voie d'eau artificielle de 193 km reliant la Méditerranée à la mer Rouge, sa nationalisation en 1956 fut l'acte politique fondateur du nassérisme. La victoire diplomatique face à l'expédition franco-britannique fit de Nasser le héros du monde arabe.

Haut barrage d'Assouan

Œuvre colossale inaugurée en 1971 (après la mort de Nasser), ce barrage de 3,6 km de long devait moderniser l'Égypte en maîtrisant les crues du Nil et en produisant de l'électricité. Il symbolise à la fois les ambitions nassériennes et leurs limites écologiques.

Bandung (Indonésie) — Conférence afro-asiatique

Ville indonésienne où se tint en avril 1955 la première conférence des nations afro-asiatiques indépendantes. Nasser y forgea sa stature internationale et noua les alliances du mouvement des non-alignés avec Nehru, Sukarno et Zhou Enlai.

Voir aussi