Georges Méliès(1861 — 1938)

Georges Méliès

France

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SpectacleTechnologieRéalisateur/triceInventeur/triceXIXe siècleInventeur des effets spéciaux, Le Voyage dans la Lune

cinéaste, acteur, producteur, réalisateur, prestidigitateur et illusionniste français, pionnier et inventeur du spectacle cinématographique (1861–1938)

Questions fréquentes

Pour comprendre l'importance de Georges Méliès, il faut imaginer le cinéma naissant des années 1890 : un simple enregistrement du réel. Ce qui rend Méliès décisif, c'est qu'il a transformé cette machine en un outil de féerie et d'imagination, comme il l'écrivait lui-même. Prestidigitateur de formation, il a inventé les effets spéciaux (arrêt de caméra, double exposition, fondu enchaîné) et réalisé le premier film de science-fiction, Le Voyage dans la Lune (1902). Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a fait passer le cinéma du documentaire à la création de mondes imaginaires.

Faits marquants

  • Georges Méliès (1861–1938) est un prestidigitateur français qui découvre le cinématographe des frères Lumière en 1895 et comprend immédiatement son potentiel de spectacle.
  • En 1896, il fonde le Star Film Studio à Montreuil, premier studio de cinéma construit en Europe, doté d'une verrière pour utiliser la lumière naturelle.
  • Il invente de nombreux trucages cinématographiques (arrêt caméra, surimpressions, fondus) qui font de lui le père des effets spéciaux.
  • Son film 'Le Voyage dans la Lune' (1902), adapté de Jules Verne et H.G. Wells, est considéré comme l'un des premiers chefs-d'œuvre du cinéma de fiction avec ses 14 minutes.
  • Ruiné après la Première Guerre mondiale, ses films détruits ou vendus, il est redécouvert en 1929 et reçoit la Légion d'honneur en 1931.

Œuvres & réalisations

Escamotage d'une dame chez Robert-Houdin (1896)

L'un des premiers films de Méliès exploitant l'arrêt caméra pour faire disparaître une femme. Ce court métrage de deux minutes pose les bases du cinéma de trucage et de l'illusionnisme filmé.

L'Affaire Dreyfus (1899)

Reconstitution en 11 tableaux du procès Dreyfus, l'une des premières œuvres de cinéma à traiter de l'actualité politique. Film engagé, tourné du côté des dreyfusards, il fut interdit dans plusieurs villes.

Cendrillon (1899)

Adaptation en 20 tableaux du conte de Perrault, remarquable par ses décors fantastiques et ses effets spéciaux. Ce film illustre le génie de Méliès pour transposer la féerie littéraire en images animées.

Le Voyage dans la Lune (1902)

Chef-d'œuvre absolu de Méliès et premier film de science-fiction de l'histoire, inspiré de Jules Verne et H.G. Wells. Ses 14 minutes de voyage fantastique et son image iconique de la Lune avec une fusée dans l'œil en font un monument de la culture mondiale.

Le Voyage à travers l'impossible (1904)

Suite ambitieuse du Voyage dans la Lune, d'une durée de 24 minutes. Ce film multiplie les moyens de transport futuristes (train, automobile, ballon, sous-marin) dans un récit d'aventures délirantes et inventives.

Le Tunnel sous la Manche ou Le Cauchemar franco-anglais (1907)

Anticipation burlesque d'un tunnel ferroviaire reliant la France et l'Angleterre. Méliès y exploite avec maîtrise ses techniques de trucage pour représenter un exploit technique encore imaginaire.

À la conquête du pôle (1912)

L'un des derniers grands films de Méliès, mettant en scène une expédition au pôle Nord avec un géant des neiges monumental. Ce film marque le chant du cygne d'un artiste dont le style commence à être dépassé par le cinéma narratif moderne.

Anecdotes

Le 28 décembre 1895, Georges Méliès assiste à la première projection des frères Lumière au Grand Café à Paris. Fasciné, il tente immédiatement d'acheter leur cinématographe, mais Louis Lumière lui refuse la vente, convaincu que l'invention n'a aucun avenir commercial. Méliès construira alors sa propre caméra en s'inspirant du kinétoscope d'Edison.

Méliès découvrit le principe de l'arrêt caméra par accident, rue de l'Opéra à Paris : alors qu'il filmait la circulation, sa caméra se bloqua quelques secondes. Au développement, il constata qu'un omnibus semblait se transformer en corbillard. Cette erreur technique allait devenir le fondement des effets spéciaux au cinéma.

Pour réaliser 'Le Voyage dans la Lune' en 1902, Méliès dépensa l'équivalent de 10 000 francs or — une somme colossale pour l'époque. Il fabriqua lui-même les décors, les costumes et les machineries dans son studio de Montreuil. Le film fut immédiatement copié et distribué illégalement aux États-Unis par Thomas Edison, ruinant Méliès sans qu'il touche un centime.

Après la Première Guerre mondiale, ruiné et oublié, Méliès fut contraint de brûler des centaines de négatifs de ses films pour en récupérer l'argent de la pellicule au nitrate d'argent. Ce sont ainsi plus de 400 de ses 500 films qui disparurent à jamais. Redécouvert en 1929 lors d'une rétrospective, il finit sa vie comme gérant d'une boutique de jouets dans la gare Montparnasse.

Méliès était avant tout un prestidigitateur professionnel, directeur du Théâtre Robert-Houdin à Paris. C'est cette formation à l'illusion et à la magie de scène qui lui donna l'intuition de 'truquer' les images filmées. Il inventa ainsi des dizaines de procédés encore utilisés aujourd'hui : fondu enchaîné, double exposition, accéléré, ralenti, maquillage cinématographique.

Sources primaires

Mes mémoires — Georges Méliès (1929)
C'est en voyant le Cinématographe des frères Lumière que j'eus l'idée de transformer cette machine à reproduire la vie en un instrument de féerie et d'imagination. Je voulais faire rêver, non pas seulement montrer.
Les Vues cinématographiques — Georges Méliès, Annuaire général et international de la Photographie (1907)
Le cinématographe est essentiellement un appareil d'optique dont le but est de reproduire le mouvement de personnes ou d'objets en projetant sur un écran leurs images successives. Mais il peut aussi bien devenir un instrument de composition fantastique.
Lettre de Méliès à Second de Chomón sur les trucages (1904)
Le secret de mes 'trucs' réside moins dans la mécanique que dans la rigueur de la préparation scénique. Chaque illusion doit être réglée comme un ballet, chaque acteur connaissant sa marque à la seconde près.
Interview dans Ciné-Journal (1926)
J'ai tourné plus de cinq cents films et je ne regrette rien, sinon de n'avoir pas su défendre mes droits contre ceux qui m'ont pillé. L'art ne suffit pas, il faut aussi savoir se battre dans les affaires.

Lieux clés

Théâtre Robert-Houdin, Paris

Situé boulevard des Italiens, ce théâtre dédié à la magie fut racheté par Méliès en 1888. Il y développa son art de l'illusionnisme et y présenta ses premiers films à partir de 1896.

Studio de Montreuil-sous-Bois

Premier studio de cinéma en verre construit en France (1897), entièrement conçu par Méliès. Cette serre géante de 17 x 7 mètres lui permit de filmer avec la lumière naturelle et d'y installer ses machineries de trucage.

Grand Café, boulevard des Capucines, Paris

C'est dans le sous-sol de cet établissement que Méliès assista, le 28 décembre 1895, à la première projection payante des frères Lumière — l'événement fondateur qui changea le cours de sa vie.

Gare Montparnasse, Paris

Ruiné et oublié, Méliès tint une boutique de jouets et confiseries dans cette gare pendant des années. C'est là qu'il fut redécouvert par des cinéphiles en 1929, offrant un épilogue mélancolique à sa vie extraordinaire.

Maison de retraite Château d'Orly (Mutuelle du Cinéma)

Méliès passa les dernières années de sa vie dans cette résidence pour artistes et techniciens du cinéma, pris en charge par la solidarité de la profession qu'il avait contribué à fonder.

Voir aussi