Hazel Scott(1920 — 1981)

Hazel Scott

États-Unis

6 min de lecture

MusiqueSpectaclePolitiqueXXe sièclePremière moitié et milieu du XXe siècle, à l'époque de l'âge d'or du jazz, de la ségrégation raciale aux États-Unis et du maccarthysme.

Pianiste et chanteuse de jazz d'origine trinidadienne et américaine, virtuose connue pour ses arrangements mêlant musique classique et swing. Star des clubs et du cinéma, elle fut aussi une militante des droits civiques qui refusa de se produire devant des publics ségrégués.

Questions fréquentes

Hazel Scott était une pianiste et chanteuse de jazz virtuose, née en 1920 à Trinité. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a révolutionné la musique en mêlant classique et swing, devenant une star dans les années 1940. Mais son importance dépasse la scène : elle a été une militante des droits civiques, refusant de jouer devant des publics ségrégués et devenant la première Afro-Américaine à présenter sa propre émission de télévision nationale en 1950. Son combat contre la ségrégation et le maccarthysme en fait une figure clé de l'histoire afro-américaine.

Faits marquants

  • Née le 11 juin 1920 à Port of Spain (Trinité), elle émigre enfant à New York et entre très jeune à la Juilliard School
  • Dans les années 1930-1940, elle devient une vedette des clubs de jazz de New York, célèbre pour ses interprétations « swinguées » de Bach, Chopin ou Liszt
  • Elle exige par contrat de ne pas se produire devant des publics ségrégués et refuse des rôles de cinéma stéréotypés
  • En 1950, elle est la première femme afro-américaine à animer sa propre émission de télévision, « The Hazel Scott Show »
  • Accusée de sympathies communistes durant le maccarthysme, son émission est annulée la même année ; elle décède le 2 octobre 1981 à New York

Œuvres & réalisations

« Swinging the classics » au Café Society (vers 1939)

Son style signature mêlant grands compositeurs classiques et jazz, qui fit sa célébrité et son originalité.

Apparitions au cinéma hollywoodien (1943-1945)

Films comme « The Heat's On » et « Rhapsody in Blue », où elle imposa de jouer son propre rôle plutôt que des personnages de servante.

« The Hazel Scott Show » (1950)

Première émission de télévision nationale présentée par une Afro-Américaine aux États-Unis.

Témoignage devant le HUAC (1950)

Déclaration courageuse dénonçant les listes noires anticommunistes et la calomnie des artistes.

« Relaxed Piano Moods » (1955)

Album de jazz réputé enregistré avec Charles Mingus à la contrebasse et Max Roach à la batterie.

Carrière européenne (1957-1967)

Tournées et concerts à Paris et en Europe, où elle se produit librement devant des publics non ségrégués.

Anecdotes

À huit ans, Hazel Scott passe une audition à la prestigieuse école Juilliard de New York. Elle est trop jeune pour y être admise officiellement, mais un professeur, ébloui par son oreille parfaite, lui accorde une bourse et des cours particuliers.

Sur la scène du Café Society, elle commençait un morceau de Bach ou de Chopin tout à fait sérieusement, puis le transformait soudain en boogie-woogie endiablé. Le public adorait ce passage de la musique « savante » au swing. Il lui arrivait même de jouer sur deux pianos à queue en même temps.

À Hollywood, où les actrices noires n'avaient souvent droit qu'à des rôles de servantes, Hazel Scott exigea par contrat de n'apparaître que dans son propre rôle, élégante, au piano. Sur le tournage de « The Heat's On » en 1943, elle refusa que des figurantes noires portent des tabliers sales et bloqua la production jusqu'à obtenir des costumes dignes.

En 1950, elle devient la première Afro-Américaine à présenter sa propre émission de télévision nationale, « The Hazel Scott Show ». Mais quelques semaines plus tard, en plein maccarthysme, son nom est cité dans un pamphlet anticommuniste et l'émission est brutalement annulée.

Hazel Scott inscrivait dans ses contrats qu'elle refusait de jouer devant des salles où Noirs et Blancs étaient séparés. En 1949, dans l'État de Washington, on lui refuse un service dans un restaurant à cause de sa couleur de peau : elle décide alors de porter plainte.

Sources primaires

Déclaration de Hazel Scott devant le Comité des activités anti-américaines (HUAC) (22 septembre 1950)
Les acteurs, musiciens, artistes et compositeurs, tous les hommes et femmes des arts, sont impatients d'aider et de servir. Notre pays a plus que jamais besoin de nous. Nous ne devrions pas être rayés des listes par les calomnies haineuses d'hommes petits et mesquins.
Red Channels: The Report of Communist Influence in Radio and Television (juin 1950)
Ce pamphlet anticommuniste dresse la liste de 151 artistes — dont Hazel Scott — soupçonnés de sympathies communistes, sans apporter de preuve. Sa publication entraîne le renvoi de nombreux artistes de la radio et de la télévision.
Articles de presse sur l'annulation de « The Hazel Scott Show » (septembre 1950)
Quelques jours après le témoignage de la pianiste devant le HUAC, la chaîne DuMont met fin à son émission. La presse rapporte la disparition soudaine du programme de la première animatrice noire de la télévision américaine.

Lieux clés

Port of Spain, Trinité

Ville natale de Hazel Scott, dans les Caraïbes alors sous domination britannique.

Harlem, New York

Quartier afro-américain où sa famille s'installe et où elle grandit au sein d'un milieu musical ; elle meurt à New York en 1981.

Juilliard School, New York

Conservatoire prestigieux où, enfant prodige, elle est repérée et formée grâce à une bourse exceptionnelle.

Café Society, Greenwich Village

Premier night-club non ségrégué de New York, où elle devient une vedette du jazz à la fin des années 1930.

Pasco, État de Washington

Restaurant où elle se voit refuser un service à cause de sa couleur de peau en 1949, ce qui la pousse à porter plainte.

Paris, France

Ville où elle s'installe à la fin des années 1950, acclamée par le public européen loin de la ségrégation américaine.

Voir aussi