Pianiste et chanteuse de jazz d'origine trinidadienne et américaine, virtuose connue pour ses arrangements mêlant musique classique et swing. Star des clubs et du cinéma, elle fut aussi une militante des droits civiques qui refusa de se produire devant des publics ségrégués.
Hazel Scott(1920 — 1981)
Hazel Scott
États-Unis
6 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née le 11 juin 1920 à Port of Spain (Trinité), elle émigre enfant à New York et entre très jeune à la Juilliard School
- Dans les années 1930-1940, elle devient une vedette des clubs de jazz de New York, célèbre pour ses interprétations « swinguées » de Bach, Chopin ou Liszt
- Elle exige par contrat de ne pas se produire devant des publics ségrégués et refuse des rôles de cinéma stéréotypés
- En 1950, elle est la première femme afro-américaine à animer sa propre émission de télévision, « The Hazel Scott Show »
- Accusée de sympathies communistes durant le maccarthysme, son émission est annulée la même année ; elle décède le 2 octobre 1981 à New York
Œuvres & réalisations
Son style signature mêlant grands compositeurs classiques et jazz, qui fit sa célébrité et son originalité.
Films comme « The Heat's On » et « Rhapsody in Blue », où elle imposa de jouer son propre rôle plutôt que des personnages de servante.
Première émission de télévision nationale présentée par une Afro-Américaine aux États-Unis.
Déclaration courageuse dénonçant les listes noires anticommunistes et la calomnie des artistes.
Album de jazz réputé enregistré avec Charles Mingus à la contrebasse et Max Roach à la batterie.
Tournées et concerts à Paris et en Europe, où elle se produit librement devant des publics non ségrégués.
Anecdotes
À huit ans, Hazel Scott passe une audition à la prestigieuse école Juilliard de New York. Elle est trop jeune pour y être admise officiellement, mais un professeur, ébloui par son oreille parfaite, lui accorde une bourse et des cours particuliers.
Sur la scène du Café Society, elle commençait un morceau de Bach ou de Chopin tout à fait sérieusement, puis le transformait soudain en boogie-woogie endiablé. Le public adorait ce passage de la musique « savante » au swing. Il lui arrivait même de jouer sur deux pianos à queue en même temps.
À Hollywood, où les actrices noires n'avaient souvent droit qu'à des rôles de servantes, Hazel Scott exigea par contrat de n'apparaître que dans son propre rôle, élégante, au piano. Sur le tournage de « The Heat's On » en 1943, elle refusa que des figurantes noires portent des tabliers sales et bloqua la production jusqu'à obtenir des costumes dignes.
En 1950, elle devient la première Afro-Américaine à présenter sa propre émission de télévision nationale, « The Hazel Scott Show ». Mais quelques semaines plus tard, en plein maccarthysme, son nom est cité dans un pamphlet anticommuniste et l'émission est brutalement annulée.
Hazel Scott inscrivait dans ses contrats qu'elle refusait de jouer devant des salles où Noirs et Blancs étaient séparés. En 1949, dans l'État de Washington, on lui refuse un service dans un restaurant à cause de sa couleur de peau : elle décide alors de porter plainte.
Sources primaires
Les acteurs, musiciens, artistes et compositeurs, tous les hommes et femmes des arts, sont impatients d'aider et de servir. Notre pays a plus que jamais besoin de nous. Nous ne devrions pas être rayés des listes par les calomnies haineuses d'hommes petits et mesquins.
Ce pamphlet anticommuniste dresse la liste de 151 artistes — dont Hazel Scott — soupçonnés de sympathies communistes, sans apporter de preuve. Sa publication entraîne le renvoi de nombreux artistes de la radio et de la télévision.
Quelques jours après le témoignage de la pianiste devant le HUAC, la chaîne DuMont met fin à son émission. La presse rapporte la disparition soudaine du programme de la première animatrice noire de la télévision américaine.
Lieux clés
Ville natale de Hazel Scott, dans les Caraïbes alors sous domination britannique.
Quartier afro-américain où sa famille s'installe et où elle grandit au sein d'un milieu musical ; elle meurt à New York en 1981.
Conservatoire prestigieux où, enfant prodige, elle est repérée et formée grâce à une bourse exceptionnelle.
Premier night-club non ségrégué de New York, où elle devient une vedette du jazz à la fin des années 1930.
Restaurant où elle se voit refuser un service à cause de sa couleur de peau en 1949, ce qui la pousse à porter plainte.
Ville où elle s'installe à la fin des années 1950, acclamée par le public européen loin de la ségrégation américaine.
Objets typiques

Son instrument de prédilection, sur lequel elle passait de Bach au boogie-woogie ; lors de numéros spectaculaires, elle jouait sur deux pianos à la fois.
📷 CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons ↗
Élégantes robes longues qu'elle portait sur scène et à l'écran pour affirmer la dignité et le glamour d'une artiste noire.

Œuvres de Bach, Chopin ou Liszt qu'elle revisitait en les « swinguant » devant le public.

Celle de « The Hazel Scott Show », symbole à la fois de sa percée historique et de la brutalité de son interdiction.
📷 CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons ↗
La brochure anticommuniste qui la fit accuser sans preuve et brisa sa carrière à la télévision.

Microsillon de jazz de 1955, salué par la critique, qu'elle enregistra avec Charles Mingus et Max Roach.
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Vie quotidienne
Matin
Le matin, Hazel Scott consacrait de longues heures à travailler son piano : gammes, œuvres classiques de Bach ou de Chopin, puis recherche de nouveaux arrangements en swing. La discipline héritée de sa formation classique restait au cœur de ses journées.
Après-midi
L'après-midi pouvait être rempli de répétitions avec ses musiciens, de séances d'enregistrement en studio ou, dans les années 1940, de tournages à Hollywood. Elle veillait aussi à ses contrats et à leurs clauses contre la ségrégation.
Soir
Le soir, elle montait sur scène, notamment au Café Society, devant un public mêlant Noirs et Blancs. Vêtue d'une robe de soirée, elle enchaînait classiques revisités et boogie-woogie jusque tard dans la nuit.
Alimentation
Comme la bourgeoisie new-yorkaise de son temps, elle fréquentait les restaurants et clubs de Manhattan et de Harlem. D'origine caribéenne, elle gardait le goût des saveurs de Trinité, mais la ségrégation lui rappelait sans cesse que tous les établissements ne l'accueillaient pas.
Vêtements
Sur scène et à l'écran, elle portait d'élégantes robes longues, des bijoux et des coiffures soignées. Ce raffinement était aussi un choix politique : montrer une femme noire glamour et digne, à rebours des rôles de servantes imposés à Hollywood.
Habitat
Enfant, elle vit dans un appartement de Harlem avec sa mère, elle-même musicienne. Devenue star puis épouse du député Adam Clayton Powell Jr., elle connaît une vie plus aisée entre New York et une grande maison, avant de s'installer dans un appartement à Paris à la fin des années 1950.






