Biographie

Réalisateur français (1907-1977), surnommé le « Hitchcock français », Clouzot est l'auteur de thrillers psychologiques majeurs du cinéma français. Ses films se distinguent par une tension narrative implacable et une vision sombre de l'humanité.

Henri-Georges Clouzot(1907 — 1977)

Henri-Georges Clouzot

France

8 min de lecture

SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceXXe siècleCinéma français du milieu du XXe siècle, de l'Occupation aux années 1970

Questions fréquentes

Henri-Georges Clouzot (1907-1977) est un réalisateur français de thrillers psychologiques, actif de l'Occupation aux années 1970. Ce qui rend ce surnom significatif, c'est qu'il partageait avec Alfred Hitchcock un art du suspense implacable et une vision sombre de l'humanité. Toutefois, contrairement à Hitchcock, Clouzot a produit une œuvre plus courte (seulement une dizaine de films) mais d'une intensité rare, marquée par des tournages sous tension et une exigence extrême envers ses acteurs. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a imposé un style de cinéma noir français qui a influencé des générations de cinéastes.

Faits marquants

  • Né le 20 novembre 1907 à Niort, mort le 12 janvier 1977 à Paris
  • Réalise Le Corbeau (1943), film controversé tourné sous l'Occupation
  • Tourne Le Salaire de la peur (1953), Palme d'or et Grand Prix du jury à Cannes
  • Réalise Les Diaboliques (1955), considéré comme l'un des meilleurs thrillers de l'histoire du cinéma
  • Tourne Le Mystère Picasso (1956), documentaire sur Pablo Picasso, Palme d'or spéciale à Cannes

Œuvres & réalisations

Le Corbeau (1943)

Thriller psychologique sur un village empoisonné par des lettres anonymes. Film le plus controversé de Clouzot, interdit à la Libération, il est aujourd'hui reconnu comme un chef-d'œuvre du cinéma noir français.

Quai des Orfèvres (1947)

Polar tourné dans les couloirs de la Préfecture de Paris, avec Louis Jouvet. Primé au Festival de Venise, il marque le retour triomphal de Clouzot après son interdiction et révèle son génie du portrait humain.

Le Salaire de la peur (1953)

Thriller haletant sur quatre hommes condamnés à transporter de la nitroglycérine dans des camions défaillants sur des routes de montagne. Grand Prix à Cannes, considéré comme l'un des films de suspense les plus intenses de l'histoire du cinéma.

Les Diaboliques (1955)

Film de suspense d'une tension extrême adapté de Boileau-Narcejac, qui influença directement Alfred Hitchcock. Immense succès international, le film reste l'une des œuvres les plus angoissantes du cinéma mondial.

Le Mystère Picasso (1956)

Documentaire expérimental unique filmant Pablo Picasso en train de peindre à travers une toile translucide. Trésor national français depuis 1984, il révolutionne le regard sur la création artistique en la filmant de l'intérieur.

La Vérité (1960)

Drame judiciaire avec Brigitte Bardot dans le rôle d'une jeune femme accusée de meurtre, qui interroge la justice et la morale bourgeoise. Grand succès public révélant les capacités dramatiques insoupçonnées de la star.

L'Enfer (inachevé) (1964)

Projet expérimental sur la jalousie maladive, abandonné suite à une crise cardiaque de Clouzot en cours de tournage. Les rushes retrouvés, visuellement avant-gardistes, ont été présentés dans un documentaire de Serge Bromberg en 2009.

Anecdotes

En 1943, Clouzot réalise 'Le Corbeau', un film sur un village terrorisé par des lettres anonymes diffamatoires. Produit par Continental Films, société contrôlée par l'occupant allemand, le film déclenche un scandale à la Libération : accusé d'avoir servi la propagande nazie en donnant une image sombre de la France, Clouzot est interdit de tournage pendant plusieurs années. Il vécut cette mise à l'écart comme une profonde injustice, estimant n'avoir fait qu'exercer son art sans intention politique.

Apprenant qu'Alfred Hitchcock convoitait les droits du roman 'Celle qui n'était plus' de Boileau et Narcejac, Clouzot fit racheter les droits en urgence pour en tirer 'Les Diaboliques' (1955). Hitchcock, dépité d'avoir été devancé, acheta un autre roman du même duo et en fit 'Vertigo' (1958). Les deux maîtres du suspense se livraient ainsi une concurrence féroce, puisant aux mêmes sources littéraires.

En 1956, Clouzot tourne 'Le Mystère Picasso', documentaire unique où il filme Pablo Picasso en train de peindre à travers une toile translucide, laissant la caméra saisir le geste créatif de l'intérieur. Le film reçoit le Prix du jury à Cannes et est classé trésor national français en 1984. Picasso, séduit par l'expérience, décida de détruire une grande partie des toiles peintes durant le tournage afin que le film reste leur seule trace.

En 1964, Clouzot entame un tournage expérimental et très ambitieux, 'L'Enfer', avec Romy Schneider dans le rôle d'une femme traquée par la jalousie maladive de son mari. Les essais visuels psychédéliques, totalement novateurs pour l'époque, nécessitent des semaines de préparation. Mais après quelques semaines de tournage, Clouzot est victime d'une grave crise cardiaque et doit interrompre le projet. Des centaines de boîtes de pellicule resteront dans des archives pendant 45 ans, jusqu'au documentaire de Serge Bromberg en 2009.

Clouzot était réputé pour sa rigueur implacable sur ses plateaux, parfois jusqu'à la limite du supportable pour ses acteurs. Sur 'Les Diaboliques', il poussa sa propre épouse Véra à jouer une femme cardiaque avec une véritable angoisse, exploitant délibérément sa fragilité réelle pour obtenir une performance authentique. Cette méthode lui permit d'atteindre une intensité dramatique rare, mais lui valut durablement une réputation de réalisateur tyrannique.

Sources primaires

Entretien avec Henri-Georges Clouzot, Cahiers du Cinéma n°111 (1960)
Je ne fais pas des films pour distraire les gens. Je fais des films pour les obliger à regarder ce qu'ils ne veulent pas voir d'eux-mêmes.
Déclaration de Clouzot lors de la conférence de presse de 'Le Salaire de la peur', Festival de Cannes (1953)
Ce film parle d'hommes acculés, qui n'ont plus rien à perdre. C'est peut-être la situation la plus honnête qui soit : quand on n'a plus rien, on voit enfin clairement ce que l'on est vraiment.
Note de production de 'Le Mystère Picasso', archives Filmsonor (1955)
Picasso accepte que la caméra pénètre dans le secret de sa création à condition que la toile soit translucide. Nous filmons depuis l'autre côté, comme si nous regardions naître un tableau de l'intérieur.
Arrêté du Comité de Libération du Cinéma français concernant Henri-Georges Clouzot (1944)
M. Clouzot Henri-Georges est frappé d'une interdiction d'exercer dans l'industrie cinématographique française, en raison de sa collaboration avec la société Continental Films au cours de l'Occupation.

Lieux clés

Niort, Deux-Sèvres

Ville natale d'Henri-Georges Clouzot, où il naquit le 20 novembre 1907. Il grandit dans cette ville de province avant de rejoindre Paris pour faire ses débuts dans le monde du spectacle et du cinéma.

Paris — Studios de Billancourt et Joinville

Capitale culturelle où Clouzot fit l'essentiel de sa carrière et tourna la quasi-totalité de ses films en intérieur. Les grands studios parisiens de l'époque furent ses lieux de travail permanents.

Festival de Cannes

Clouzot y triompha avec 'Le Salaire de la peur' (Grand Prix, 1953) et 'Le Mystère Picasso' (Prix du jury, 1956), s'imposant comme l'une des figures majeures du cinéma mondial sur la Croisette.

Midi de la France (tournage du Salaire de la peur)

Des décors du sud de la France furent utilisés pour reconstituer les paysages d'Amérique latine dans 'Le Salaire de la peur' (1953), donnant au film son atmosphère étouffante de chaleur et de poussière.

Côte d'Azur — Studios de la Victorine, Nice

C'est dans cette région que fut tourné 'Le Mystère Picasso' (1956), en collaboration avec Picasso qui résidait alors sur la Côte d'Azur. Les studios de la Victorine à Nice accueillirent le dispositif unique de caméra à travers toile.

Voir aussi