Iseult aux Blanches Mains

Iseult aux Blanches Mains

6 min de lecture

MythologieLettresMoyen ÂgeLégende arthurienne de la matière de Bretagne, mise en forme aux XIIe et XIIIe siècles

Princesse de Bretagne, fille du duc Hoël, dans la légende médiévale de Tristan et Iseult. Tristan l'épouse à cause de la ressemblance de son nom avec celui d'Iseult la Blonde, son véritable amour, mais ne consomme jamais le mariage.

Questions fréquentes

Iseult aux Blanches Mains est une princesse bretonne, fille du duc Hoël, que Tristan épouse par dépit, uniquement parce qu'elle porte le même prénom que son véritable amour, Iseult la Blonde. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'est pas une simple faire-valoir : son mariage blanc, jamais consommé, incarne le conflit entre l'amour courtois idéal et la réalité sociale du mariage arrangé au XIIe siècle. La clef de son personnage, c'est qu'elle subit passivement la passion qui la dépasse, mais son mensonge final sur la couleur des voiles en fait un rouage tragique du destin.

Faits marquants

  • Personnage de la légende de Tristan et Iseult, fixée par écrit au XIIe siècle (Béroul, Thomas d'Angleterre)
  • Fille du duc Hoël de Bretagne et sœur de Kaherdin
  • Épousée par Tristan en raison de l'homonymie avec Iseult la Blonde, qu'il aime véritablement
  • Le mariage reste blanc (non consommé), Tristan restant fidèle à son amour pour Iseult la Blonde
  • Selon la version de Thomas, elle ment à Tristan mourant sur la couleur des voiles du navire, provoquant sa mort

Œuvres & réalisations

Tristan de Thomas d'Angleterre (vers 1170)

Version courtoise qui fixe le rôle d'Iseult aux Blanches Mains et son mariage blanc avec Tristan.

Tristan de Béroul (vers 1180)

Version « commune » plus archaïque, centrée sur la passion de Tristan et Iseult la Blonde.

Tristrant d'Eilhart von Oberg (vers 1170-1190)

Première version allemande complète, conservant l'épisode de l'épouse bretonne.

Lai du Chèvrefeuille de Marie de France (vers 1185)

Bref poème lyrique sur l'amour de Tristan et Iseult, image du chèvrefeuille enlaçant le noisetier.

Tristan de Gottfried de Strasbourg (vers 1210)

Sommet de la littérature courtoise allemande, où Isolde aux Blanches Mains incarne l'amour non partagé.

Saga de Tristram et Ísönd (1226)

Traduction norroise qui transmet la légende dans le monde scandinave.

Tristan en prose (vers 1230)

Vaste roman français rattachant Tristan à la Table ronde, largement diffusé jusqu'à la Renaissance.

Anecdotes

Dans la légende, Tristan épouse Iseult aux Blanches Mains uniquement parce qu'elle porte le même prénom que son véritable amour, Iseult la Blonde, reine de Cornouailles. Ce mariage par dépit ne sera jamais consommé : Tristan reste fidèle de cœur à l'autre Iseult.

Son surnom « aux Blanches Mains » sert à la distinguer d'Iseult la Blonde dans les récits. Les conteurs médiévaux multipliaient ce genre d'épithètes (la Blonde, aux Blanches Mains) pour différencier des personnages portant le même nom.

Le moment le plus tragique de la légende lui revient : alors que Tristan, blessé mortellement, attend un navire aux voiles blanches qui annoncerait la venue d'Iseult la Blonde venue le guérir, Iseult aux Blanches Mains, jalouse, lui ment et dit que les voiles sont noires. Tristan se laisse alors mourir de désespoir.

Dans le poème de Thomas d'Angleterre (vers 1170), Iseult aux Blanches Mains est tiraillée entre son amour pour Tristan et l'humiliation d'un mariage blanc. Sa jalousie n'est pas pure méchanceté mais le fruit d'une douleur intime, ce qui en fait un personnage nuancé pour l'époque.

Son frère Kaherdin est l'ami fidèle de Tristan : c'est lui qui, dans plusieurs versions, part chercher Iseult la Blonde en hissant les voiles blanches. La famille bretonne du duc Hoël est ainsi étroitement liée au destin tragique du héros.

Sources primaires

Tristan (Thomas d'Angleterre) (vers 1170)
Tristan épouse Iseult aux Blanches Mains pour la beauté de son nom et de sa personne, espérant oublier par ce mariage l'amour qui le consume pour Iseult la reine.
Tristan (Béroul) (vers 1180)
Le récit met en scène l'amour interdit de Tristan et d'Iseult la Blonde, autour duquel gravite la figure de l'épouse bretonne délaissée.
Tristrant (Eilhart von Oberg) (vers 1170-1190)
Tristan prend pour femme Isolde aux Blanches Mains, fille du roi de Bretagne, mais son cœur demeure tout entier à l'autre Isolde.
Saga de Tristram et Ísönd (Frère Robert) (1226)
Adaptation norroise commandée par le roi Haakon IV, qui conserve l'épisode du mariage de Tristram avec Ísodd aux Blanches Mains, fille du duc de Bretagne.

Lieux clés

Bretagne (Armorique)

Duché du père d'Iseult, le duc Hoël, où Tristan trouve refuge et épouse la princesse aux blanches mains.

Carhaix

Cité bretonne traditionnellement associée à la cour du duc Hoël et au domaine de Kaherdin, frère d'Iseult.

Cornouailles

Royaume du roi Marc et patrie d'Iseult la Blonde, rivale qui hante le cœur de Tristan et empêche tout véritable mariage.

Tintagel

Château légendaire de Cornouailles lié à la cour du roi Marc et aux amours de Tristan et Iseult la Blonde.

Manoir de Tristan en Bretagne

Demeure où Tristan, blessé, attend le navire d'Iseult la Blonde ; c'est là qu'Iseult aux Blanches Mains prononce son mensonge fatal sur la couleur des voiles.

Voir aussi