Biographie

Réalisateur français (1905-1934), figure majeure du cinéma poétique. Auteur de L'Atalante et Zéro de conduite, il révolutionne le cinéma français par un style lyrique et anarchiste avant de mourir à 29 ans.

Jean Vigo(1905 — 1934)

Jean Vigo

France

8 min de lecture

SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceXXe siècleEntre-deux-guerres, âge d'or du cinéma muet et parlant

Questions fréquentes

Jean Vigo (1905-1934) est un réalisateur français dont l'œuvre, bien que réduite à quatre films, a marqué durablement le cinéma mondial. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a inventé un style mêlant réalisme social et poésie onirique, préfigurant le courant du réalisme poétique des années 1930. Ses films Zéro de conduite et L'Atalante sont aujourd'hui considérés comme des chefs-d'œuvre, influençant des cinéastes aussi différents que François Truffaut ou Lindsay Anderson. Il meurt à 29 ans de la tuberculose, laissant une œuvre fulgurante et inachevée.

Faits marquants

  • Né le 26 avril 1905 à Paris, fils du militant anarchiste Miguel Almereyda
  • Réalise À propos de Nice en 1930, documentaire social satirique
  • Tourne Zéro de conduite en 1933, film censuré pour son esprit de révolte à l'école
  • Réalise L'Atalante en 1934, considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma poétique
  • Meurt de la tuberculose le 5 octobre 1934 à l'âge de 29 ans

Œuvres & réalisations

À propos de Nice (1930)

Documentaire satirique muet dénonçant les inégalités sociales entre riches vacanciers et classe ouvrière niçoise. Film fondateur du style de Vigo, influencé par le cinéma soviétique et le regard poétique de Boris Kaufman, frère du grand Dziga Vertov.

Taris, roi de l'eau (1931)

Court métrage poétique commandé par Gaumont sur le champion de natation Jean Taris. Vigo y expérimente des techniques visuelles inédites — ralenti, image inversée, plongée sous-marine — qui préfigurent les recherches du cinéma expérimental.

Zéro de conduite (1933)

Œuvre semi-autobiographique sur la révolte d'élèves dans un internat oppressif, censuré treize ans en France. Film culte du cinéma mondial, il influença directement François Truffaut (Les 400 Coups) et Lindsay Anderson (If…).

L'Atalante (1934)

Chef-d'œuvre du cinéma poétique français, suivant les amours tumultueux d'un couple de mariniers sur une péniche. Régulièrement classé parmi les dix plus grands films de l'histoire du cinéma, il mêle réalisme populaire et onirisme avec une grâce et une liberté incomparables.

Anecdotes

Jean Vigo était le fils de l'anarchiste Miguel Almereyda, mort dans des circonstances troubles en prison en 1917 alors que Jean n'avait que 12 ans. Ce deuil traumatisant et cet héritage politique marquèrent profondément l'esprit rebelle et anti-autoritaire de toute son œuvre cinématographique.

Zéro de conduite (1933), film sur la révolte des élèves dans un internat oppressif, fut interdit par la censure française dès sa sortie pour son caractère jugé « antimilitariste et susceptible de troubler l'ordre public ». Il resta censuré pendant plus de treize ans, jusqu'à la Libération en 1945.

Souffrant de tuberculose depuis l'enfance, Jean Vigo tourna L'Atalante dans des conditions physiques épuisantes, souvent fiévreux sur le plateau. Il mourut d'une septicémie le 5 octobre 1934, à seulement 29 ans, quelques jours après la sortie commerciale de son chef-d'œuvre.

Le distributeur Gaumont, jugeant le film trop difficile à vendre, remonta L'Atalante à l'insu de Vigo, changea son titre en Le Chaland qui passe et remplaça la musique originale par une chanson populaire. La version authentique ne fut reconstituée qu'après des décennies de travail d'archivistes, à partir de copies éparpillées dans le monde entier.

Orphelin placé sous un faux nom dans plusieurs internats après la mort de son père, Jean Vigo grandit en portant une identité d'emprunt pour échapper à l'opprobre liée au nom paternel. Cette expérience humiliante de l'enfance cachée et de la discipline scolaire rigide nourrit directement l'écriture autobiographique de Zéro de conduite.

Sources primaires

Vers un cinéma social (conférence au Vieux-Colombier) (14 février 1930)
Un film social sera avant tout le film de ceux qui n'ont pas accès à la parole. Ce cinéma ne cherche pas à distraire mais à éveiller les consciences en montrant le réel tel qu'il est, avec ses inégalités et ses révoltes.
Lettre de Jean Vigo à Boris Kaufman, directeur de la photographie (vers 1932)
La caméra doit surprendre, aller chercher ce que l'œil ordinaire ne voit pas encore. Il faut filmer le réel dans ses moments de vérité, sans se laisser enfermer dans les conventions du cinéma de studio.
Notes préparatoires de Zéro de conduite (carnet de travail) (1932)
Les enfants se révoltent. Pas parce qu'ils le décident froidement, mais parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. La liberté s'impose à eux comme une nécessité physique. C'est cela qu'il faut montrer.
Témoignage de Jean Dasté (acteur principal) sur le tournage de L'Atalante (1934, recueilli après la mort de Vigo)
Vigo était épuisé mais jamais découragé. Il improvisait constamment, nous demandait de vivre les scènes plutôt que de les jouer. On sentait qu'il travaillait contre la montre, comme s'il savait que le temps lui manquait.

Lieux clés

Paris, 9e arrondissement

Lieu de naissance de Jean Vigo le 26 avril 1905 et ville où il mourut le 5 octobre 1934. Paris fut le centre de ses activités cinématographiques et le foyer des milieux d'avant-garde artistique et militant qu'il fréquentait assidûment.

Nice, Promenade des Anglais

Ville de la Côte d'Azur où fut tourné À propos de Nice (1930), premier film de Vigo. Il y filma le contraste saisissant entre les riches estivants et les travailleurs misérables, dénonçant les inégalités sociales avec une caméra proche du cinéma soviétique de l'époque.

Canal de l'Ourcq et Seine (région parisienne)

Voies navigables françaises sur lesquelles fut principalement tourné L'Atalante (1934). La péniche et ses canaux constituent le décor vivant du film, transformant le paysage industriel et populaire en espace d'une poésie visuelle unique dans l'histoire du cinéma.

Sanatorium de Vence (Alpes-Maritimes)

Établissement médical du sud de la France où Jean Vigo fut soigné à plusieurs reprises pour sa tuberculose. Sa maladie chronique l'obligeait à alterner séjours en cure et périodes de tournage intensif, dans une course contre la mort qu'il perdit à 29 ans.

Salle du Vieux-Colombier (Paris, 6e)

Théâtre et salle de cinéma d'avant-garde parisienne où Jean Vigo présenta À propos de Nice le 14 février 1930, accompagné de sa conférence fondatrice Vers un cinéma social. Ce fut son entrée officielle dans le monde du cinéma d'auteur.

Voir aussi