Jules Ferry(1832 — 1893)

Jules Ferry

France

8 min de lecture

PolitiquePolitiqueJuristeXIXe siècleXIXe siècle (Second Empire, IIIe République)

Homme d'État français (1832-1893) qui a transformé l'école française en tant que ministre de l'Instruction publique. Il est à l'origine des lois scolaires fondamentales rendant l'école gratuite, laïque et obligatoire, jetant les bases de l'école publique moderne en France.

Questions fréquentes

Jules Ferry (1832-1893) est l'homme d'État qui a façonné l'école républicaine en France. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'en tant que ministre de l'Instruction publique sous la IIIe République, il a fait voter trois lois fondamentales entre 1881 et 1886 : la gratuité, l'obligation scolaire et la laïcité des programmes. Avant lui, l'école était souvent payante, réservée aux garçons et sous influence religieuse. Ferry a transformé l'instruction en un service public gratuit, obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans, et neutre vis-à-vis des religions. C'est ce socle qui a permis de réduire massivement l'analphabétisme et de former des citoyens éclairés, ce qui explique pourquoi on parle encore aujourd'hui de « l'école de Jules Ferry ».

Citations célèbres

« Celui qui tient l'école tient la société. »
« Le budget de l'instruction publique est le plus fructueux des placements. »

Faits marquants

  • 1879-1885 : Ministre de l'Instruction publique, période des grandes réformes scolaires
  • 1881 : Loi Jules Ferry rendant l'enseignement primaire gratuit
  • 1882 : Loi Jules Ferry rendant l'enseignement primaire obligatoire et laïque
  • 1884 : Suppression de l'enseignement religieux dans les écoles publiques
  • 1885-1889 : Président du Conseil (chef du gouvernement)

Œuvres & réalisations

Loi sur la gratuité de l'enseignement primaire public (16 juin 1881)

Cette loi supprime les frais de scolarité dans toutes les écoles primaires publiques françaises, permettant aux enfants pauvres d'accéder à l'instruction. C'est la première des trois grandes lois scolaires de Ferry.

Loi sur l'obligation scolaire et la laïcité des programmes (28 mars 1882)

Elle rend l'instruction obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans et retire l'enseignement religieux des programmes des écoles publiques. Les crucifix sont retirés des salles de classe, remplacés par des symboles républicains.

Loi sur la laïcisation du personnel enseignant (30 octobre 1886)

Prolongement des lois de 1881-1882, elle impose que tout le personnel enseignant dans les écoles publiques soit laïc, excluant progressivement les congrégations religieuses. Elle complète l'édifice de l'école républicaine.

Lettre aux instituteurs (17 novembre 1883)

Circulaire fondatrice dans laquelle Ferry définit la mission morale des instituteurs : enseigner une morale laïque universelle, sans référence religieuse. Ce texte reste une référence de la philosophie éducative républicaine française.

Discours et Opinions de Jules Ferry (recueil posthume) (1893-1898)

Recueil en plusieurs volumes de ses principaux discours parlementaires et textes politiques. Indispensable pour comprendre sa pensée sur l'école, la laïcité, le colonialisme et la République.

Création des écoles normales d'instituteurs dans chaque département (1879-1882)

Ferry organisa et développa les écoles normales pour former une armée d'instituteurs laïcs, surnommés 'les hussards noirs de la République'. Cette infrastructure forma pendant des décennies les maîtres de l'école publique française.

Anecdotes

Jules Ferry était surnommé 'Ferry-Famine' par les Parisiens lors du siège de Paris en 1870-1871 : en tant que maire de la capitale, il était chargé de gérer les maigres rations alimentaires distribuées à la population affamée. Ce surnom injuste lui colla à la peau, mais Ferry continua à exercer ses fonctions avec rigueur malgré l'hostilité populaire.

Lorsque Jules Ferry fit retirer les crucifix des salles de classe et les religieux des écoles publiques, il reçut des milliers de lettres d'insultes et fut même menacé de mort. Imperturbable, il déclara que la laïcité n'était pas une guerre contre la religion mais une garantie de liberté pour tous les enfants de France, quelle que soit leur foi.

Ferry était passionné de littérature et admirait profondément Auguste Comte, le père du positivisme. Il appliqua directement la philosophie positiviste à sa politique scolaire : l'école devait reposer sur la raison et la science, non sur la foi ou la tradition. Ses adversaires le surnommèrent 'le positiviste' avec ironie, mais lui en était fier.

En 1884, alors qu'il était président du Conseil, Jules Ferry dut affronter une violente campagne parlementaire menée par Georges Clemenceau après des revers militaires au Tonkin. Renversé par la Chambre, Ferry quitta le pouvoir sous les huées. Pourtant, quelques années plus tard, ses lois scolaires étaient saluées comme le fondement de la République moderne.

Jules Ferry mourut en 1893 en laissant comme dernier vœu que ses cendres soient enterrées face à l'Alsace-Lorraine, provinces perdues en 1871 après la défaite contre la Prusse. Ce geste symbolique illustrait son attachement viscéral à la patrie et sa conviction que l'école républicaine formerait les générations qui rendraient ces territoires à la France.

Sources primaires

Discours sur l'égalité d'éducation, prononcé à la salle Molière (10 avril 1870)
Il faut que la société moderne se décide à choisir : il faut qu'elle choisisse entre l'Église qui la tient par les générations naissantes, et l'école qui peut seule la régénérer.
Lettre aux instituteurs, circulaire ministérielle (17 novembre 1883)
Vous êtes les auxiliaires et, en quelque sorte, les substituts du père de famille ; parlez à l'enfant comme vous voudriez qu'on parlât au vôtre ; avec bonté, avec gravité, au besoin avec sévérité, mais avant tout avec cette conviction profonde que vous faites, dans ces humbles fonctions, l'œuvre même de la civilisation.
Discours au Sénat sur la politique coloniale (28 juillet 1885)
Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… elles ont le devoir de civiliser les races inférieures.
Rapport sur le projet de loi relatif à l'enseignement primaire obligatoire (1880)
L'instruction primaire obligatoire est une dette de la société envers l'enfant ; c'est aussi une nécessité pour l'État démocratique, qui ne peut se maintenir que par des citoyens éclairés.

Lieux clés

Saint-Dié-des-Vosges

Ville natale de Jules Ferry dans les Vosges, marquée par la proximité de l'Alsace-Lorraine que la France perdra en 1871. Ce contexte géographique nourrit tout au long de sa vie son patriotisme républicain.

Ministère de l'Instruction publique, Paris

C'est depuis ce ministère, rue de Grenelle à Paris, que Ferry orchestra ses grandes réformes scolaires entre 1879 et 1883. Il y rédigea les fameuses lois qui transformèrent durablement l'école française.

Palais Bourbon (Assemblée nationale), Paris

Lieu où Ferry prononça ses grands discours parlementaires défendant la laïcité, l'obligation scolaire et la politique coloniale. Il y fut aussi triomphalement renversé en 1885 après les revers du Tonkin.

Hôtel de Ville de Paris

Ferry en fut maire pendant le siège de Paris (1870-1871), gérant une ville affamée sous les bombardements prussiens. Cette expérience traumatisante forga son caractère inflexible et son sens du devoir républicain.

Saint-Dié-des-Vosges, tombe face à l'Alsace

Sur sa demande, Jules Ferry fut inhumé dans sa ville natale, avec sa tombe orientée vers l'Alsace-Lorraine occupée. Ce vœu ultime témoigne de son attachement à la patrie et à la mémoire de la défaite de 1871.

Liens externes & ressources

Œuvres

Loi sur la gratuité de l'enseignement primaire public

16 juin 1881

Loi sur l'obligation scolaire et la laïcité des programmes

28 mars 1882

Loi sur la laïcisation du personnel enseignant

30 octobre 1886

Discours et Opinions de Jules Ferry (recueil posthume)

1893-1898

Création des écoles normales d'instituteurs dans chaque département

1879-1882

Voir aussi