Figure centrale de la résistance maronne en Jamaïque au XVIIIe siècle, Nanny dirigeait les Marrons de l'Est depuis leur forteresse dans les Blue Mountains. Guerrière et cheffe spirituelle d'origine akan (Ghana actuel), elle mena pendant des décennies la lutte contre l'esclavage colonial britannique. Héroïne nationale jamaïcaine, sa vie est transmise principalement par la tradition orale maronne.
Nanny des Marrons
Nanny des Marrons (Queen Nanny)
Ghana, colonie de Jamaïque
11 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« « Liberté ou mort. » (parole attribuée par la tradition orale maronne, formule non vérifiée par source écrite contemporaine)»
Faits marquants
- Vers 1686 : naissance probable, vraisemblablement en Afrique de l'Ouest (peuple Akan/Ashanti, actuel Ghana) — date et origine issues de la tradition orale maronne
- Années 1720–1739 : dirige les Marrons de l'Est (Windward Maroons) depuis Nanny Town dans les Blue Mountains de Jamaïque
- 1739 : signature d'un traité de paix entre les Marrons et les Britanniques accordant des terres et une autonomie — Nanny est mentionnée dans un document officiel comme bénéficiaire de terres
- Vers 1740 : fondation ou consolidation de New Nanny Town (Moore Town), communauté maronne encore existante
- Vers 1755 : date de décès supposée selon les traditions orales ; en 1976, elle est proclamée héroïne nationale officielle de la Jamaïque
Œuvres & réalisations
Nanny établit et dirige pendant plusieurs décennies un village fortifié autonome dans les Blue Mountains, véritable État maroon indépendant capable de résister militairement à la puissance coloniale britannique. Cette réalisation politique et militaire constitue son œuvre centrale.
Nanny coordonne les opérations de guérilla contre les troupes britanniques pendant la Première Guerre maronne, développant des tactiques d'embuscade et de défense du territoire adaptées au terrain montagneux, qui influenceront durablement l'art de la guérilla coloniale.
La tradition orale attribue à Nanny la libération de plusieurs centaines d'esclaves des plantations environnantes, qu'elle intègre à la communauté maronne en leur offrant une place sociale et une identité collective fondée sur la résistance et l'héritage africain.
À l'issue de la Première Guerre maronne, Nanny ou ses représentants négocient avec les autorités britanniques la reconnaissance de l'autonomie maronne et l'attribution d'un territoire de 500 acres — fondation légale de Moore Town, communauté maronne qui existe encore aujourd'hui.
Nanny joue un rôle central dans la préservation et l'adaptation des traditions spirituelles, musicales et linguistiques akan au sein de la communauté maronne jamaïcaine, jetant les bases d'une identité culturelle distinctive qui perdure dans les cérémonies de Moore Town.
Anecdotes
Selon la tradition orale maronne, Nanny possédait le pouvoir de déjouer les balles de mousquet envoyées par les soldats britanniques : certains récits affirment qu'elle les attrapait avec son corps ou ses vêtements et les renvoyait contre l'ennemi. Bien que relevant du mythe, cet attribut témoigne du prestige spirituel et militaire extraordinaire qu'elle exerçait sur les Marrons et de la terreur qu'elle inspirait aux Britanniques.
Nanny Town, le village fortifié que Nanny dirigeait dans les Blue Mountains, était réputé imprenable. Perché à plus de 900 mètres d'altitude dans des gorges de la rivière Rio Grande, il était protégé par des pièges dissimulés, des sentinelles cachées dans la végétation dense et des signaux sonores à base de cornes — le 'abeng', corne en bois utilisée par les guerriers akan — permettant de coordonner la défense sur de longues distances.
On attribue à Nanny la libération d'environ 800 esclaves en l'espace de quelques années au début du XVIIIe siècle, qu'elle intégrait à la communauté maronne et organisait en soldats ou en cultivateurs. Cette capacité à transformer des fugitifs traumatisés en combattants aguerris faisait d'elle autant une cheffe politique qu'une mère fondatrice pour les Marrons de l'Est.
En 1740, un an après le traité de paix entre les Marrons et les Britanniques, des archives coloniales mentionnent qu'une femme appelée 'Nanny' reçut officiellement une concession de terre de 500 acres nommée 'New Nanny Town', aujourd'hui Moore Town. C'est l'un des rares documents écrits attestant indirectement de son existence réelle au-delà de la tradition orale.
Les Marrons de l'Est pratiquaient une spiritualité syncrétique mêlant croyances akan et adaptations caribéennes. Nanny était considérée comme une 'obeah woman', c'est-à-dire une praticienne des arts spirituels akan, et sa légitimité de cheffe reposait autant sur son autorité religieuse que sur ses qualités militaires — une double fonction rappelant le rôle des prêtresses-guerrières dans les royaumes Ashanti d'Afrique de l'Ouest.
Sources primaires
Un acte officiel colonial de 1740 mentionne l'attribution de 500 acres de terre à une femme maronne désignée sous le nom de 'Nanny' et à sa communauté, en reconnaissance de leur participation aux négociations de paix suivant le traité de 1739.
Les articles du traité de 1739 reconnaissent l'autonomie des communautés maronnes des Blue Mountains, leur accordant des terres et le droit de se gouverner elles-mêmes en échange de la cessation des hostilités contre la colonie britannique.
Les aînés maroons décrivent Nanny comme une guerrière et prêtresse akan qui guidait son peuple par la force spirituelle autant que par les armes, et dont les pouvoirs lui permettaient de déjouer les assauts des soldats britanniques dans les gorges des Blue Mountains.
Plusieurs rapports envoyés à Londres entre 1720 et 1739 décrivent les difficultés des troupes royales à localiser et attaquer les villages marrons perchés dans les montagnes orientales de la Jamaïque, évoquant des embuscades mortelles et une résistance organisée.
Les chants rituels transmis oralement dans la communauté de Moore Town invoquent Nanny comme ancêtre fondatrice et protectrice spirituelle, mêlant des mots d'origine akan à des formules caribéennes issues de la tradition maronne jamaïcaine.
Lieux clés
Village fortifié fondé par Nanny dans les gorges escarpées de la rivière Rio Grande, à plus de 900 mètres d'altitude. Centre de commandement de la résistance maronne de l'Est, il fut détruit par les Britanniques en 1734 mais ses ruines restent un site sacré pour les Marrons de Moore Town.
Village maroon fondé après le traité de 1739 sur les terres attribuées à Nanny, situé dans la paroisse de Portland. Capitale des Marrons de l'Est jusqu'à aujourd'hui, il conserve les traditions culturelles, linguistiques et spirituelles héritées de Nanny et de la résistance akan.
Massif montagneux culminant à plus de 2 200 mètres, théâtre principal de la guerre maronne et refuge naturel des communautés dirigées par Nanny. La densité de la forêt tropicale et la complexité du terrain rendaient les opérations militaires britanniques extrêmement difficiles.
Site funéraire traditionnel où la tradition orale maronne situe la sépulture de Nanny, au cœur du village de Moore Town. C'est un lieu de mémoire et de pèlerinage pour la communauté maronne, qui y honore régulièrement son ancêtre fondatrice.
Région d'Afrique de l'Ouest d'où serait originaire Nanny, selon la tradition orale qui la dit née dans un royaume akan. Cette origine forge son identité culturelle, ses pratiques spirituelles et ses techniques de guerre, transplantées en Jamaïque dans un contexte de résistance à l'esclavage.
Objets typiques

Instrument de communication fabriqué à partir d'une corne de bœuf, utilisé par les guerriers maroons pour transmettre des signaux à longue distance dans les montagnes. Nanny en aurait fait un usage stratégique pour coordonner les défenses de Nanny Town lors des attaques britanniques.

Lame courte et épaisse indispensable dans la forêt dense des Blue Mountains, utilisée aussi bien pour défricher que pour combattre. Les guerriers maroons maîtrisaient une forme de combat rapproché avec la machette qui les rendait redoutables en terrain boisé.

Récipient taillé dans une courge séchée, utilisé dans les cérémonies spirituelles akan et maronnes. En tant qu'obeah woman, Nanny aurait utilisé des calebasses remplies de plantes médicinales et de substances rituelles pour soigner les blessés et renforcer le moral des combattants.

Les Marrons d'origine akan portaient des étoffes aux motifs géométriques colorés, similaires aux tissus kente ghanéens, mêlés à des adaptations locales en coton et fibres végétales. Ces tenues constituaient un marqueur identitaire fort de leur origine africaine.

Nanny était réputée pour sa connaissance des plantes de la forêt jamaïcaine, qu'elle utilisait pour soigner les blessures de combat et préparer des décoctions protectrices. Ce savoir ethnobotanique, hérité des traditions akan et enrichi des connaissances locales, était central à son rôle de cheffe spirituelle.

La tradition orale maronne évoque un grand chaudron bouillant sans feu apparent, placé à l'entrée de Nanny Town pour attirer les soldats britanniques et les précipiter dans un piège. Bien que relevant du mythe, cet objet symbolise la ruse tactique et les pouvoirs surnaturels attribués à Nanny.
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Vie quotidienne
Matin
Nanny se lève avant l'aube avec les sentinelles, guidée par les rapports nocturnes sur les mouvements britanniques dans la vallée. Elle commence la journée par une prière rituelle akan — invocation des ancêtres et des orishas protecteurs — avant de superviser les tours de garde et d'inspecter les fortifications naturelles du camp.
Après-midi
Les après-midis sont consacrés à l'entraînement militaire des guerriers : techniques d'embuscade, signaux à l'abeng, déplacement silencieux en forêt. Nanny supervise également les travaux agricoles communautaires — jardins vivriers de tubercules, bananes et plantes médicinales — qui garantissent l'autosuffisance du village maroon face aux blocus britanniques.
Soir
Au coucher du soleil, Nanny préside les cérémonies communautaires : palabres pour régler les différends, rituels de guérison pour les blessés, sessions de chant et de danse kumina qui maintiennent le lien avec les ancêtres akan. Son rôle de cheffe spirituelle s'exprime pleinement dans ces moments qui soudent l'identité collective des Marrons de l'Est.
Alimentation
L'alimentation des Marrons est entièrement autosuffisante : ignames, patates douces, maïs, bananes plantains cultivés dans des jardins cachés en altitude, complétés par la chasse au sanglier (porcs marrons retournés à l'état sauvage), la pêche en rivière de montagne et la cueillette de fruits tropicaux et d'herbes médicinales. Les épices comme le piment jamaïcain (allspice) relèvent des préparations issues des traditions culinaires akan adaptées aux ressources locales.
Vêtements
Nanny porte des pagnes aux motifs géométriques d'inspiration akan, teints avec des plantes locales en ocre, rouge et indigo, associés à des colliers de graines, d'os et d'amulettes à valeur protectrice. Sa tenue de cheffe spirituelle comprend des éléments décoratifs signalant son statut : plumes, coquillages et motifs adinkra brodés ou peints sur l'étoffe. En situation de combat, elle adopte un vêtement plus sobre permettant la mobilité en forêt.
Habitat
Nanny réside dans une case ronde de style akan, construite en bois de la forêt et recouverte d'un toit de feuilles de palmier, intégrée à l'architecture défensive de Nanny Town. L'intérieur abrite un espace rituel avec objets cérémoniels, herbes séchées et représentations symboliques des ancêtres. Le village entier est organisé autour de positions défensives naturelles — rochers, précipices, passages étroits — qui le rendent quasi imprenable aux assauts frontaux.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Peinture épique mêlant art akan et tradition caribéenne : Nanny, figure de pouvoir spirituel et militaire, se détache des forêts brumeuses des Blue Mountains dans des coloris profonds de vert, ocre et or.
Ambiance sonore
Forêt tropicale dense des Blue Mountains jamaïcaines, ponctuée de signaux de corne abeng et de tambours cérémoniels maroons résonnant dans les gorges de la rivière Rio Grande.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Fondation et organisation de Nanny Town
vers 1700–1734
Libération et intégration d'esclaves fugitifs
vers 1700–1739
Négociation du traité de paix et obtention des terres de Moore Town
1739–1740
Transmission de la culture akan en Jamaïque
XVIIIe siècle






