Kara Walker est une artiste afro-américaine née en 1969, célèbre pour ses silhouettes découpées en papier noir qui mettent en scène avec violence et ironie l'histoire de l'esclavage et du racisme aux États-Unis. Son œuvre interroge la mémoire, le pouvoir et les représentations raciales.
Kara Walker(1969 — ?)
Kara Walker
États-Unis
6 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née le 26 novembre 1969 à Stockton (Californie)
- Reçoit la prestigieuse bourse MacArthur (« Genius Grant ») en 1997, à seulement 28 ans
- S'impose dans les années 1990 avec ses fresques murales de silhouettes noires découpées
- Réalise en 2014 l'installation monumentale « A Subtlety » (le « Sphinx de sucre ») dans l'ancienne raffinerie Domino à New York
- Représente les États-Unis et expose dans les plus grands musées internationaux (MoMA, Tate)
Œuvres & réalisations
Première grande fresque de silhouettes qui révèle Walker au monde de l'art. Elle y détourne l'imagerie romantique du Sud pour exposer la violence de l'esclavage.
Installation de silhouettes accompagnée de projections de couleur, où l'ombre des spectateurs s'invite dans une scène de révolte d'esclaves.
Grande installation murale combinant découpages et lumière projetée, qui plonge le visiteur au cœur d'un paysage de l'imaginaire raciste américain.
Sphinx géant recouvert de sucre dans la raffinerie Domino. L'une de ses œuvres les plus célèbres, vue par des dizaines de milliers de visiteurs.
Fontaine monumentale de 13 mètres pour la Tate Modern, qui retrace l'histoire de la traite atlantique en parodiant les monuments impériaux.
Série de gravures historiques de la guerre de Sécession sur lesquelles Walker superpose ses propres silhouettes, révélant les Noirs absents du récit officiel.
Anecdotes
En 1994, à seulement 24 ans et fraîchement sortie de l'école d'art, Kara Walker présente à New York une fresque murale de silhouettes noires intitulée « Gone ». L'œuvre fait sensation et lance immédiatement sa carrière : trois ans plus tard, elle devient l'une des plus jeunes artistes à recevoir la prestigieuse bourse MacArthur, surnommée la « bourse des génies ».
Le succès rapide de Kara Walker provoque une vive polémique. En 1997, l'artiste afro-américaine Betye Saar, plus âgée, lance une campagne de lettres accusant Walker de complaire aux clichés racistes en mettant en scène esclaves et maîtres dans des situations dégradantes. Walker défend son travail en expliquant qu'elle force le spectateur à regarder en face une violence que l'Amérique préfère oublier.
En 2014, Walker installe dans une ancienne raffinerie de sucre de Brooklyn une gigantesque sculpture de sphinx, « A Subtlety », recouverte de sucre blanc et représentant une femme noire aux traits de caricature. L'œuvre, qui rappelle que le sucre fut récolté par des esclaves, attire des dizaines de milliers de visiteurs avant la démolition du bâtiment.
Walker a choisi la silhouette découpée, une technique de portrait populaire et bon marché au 19e siècle, précisément parce qu'elle évoque l'époque de l'esclavage. De loin, ses scènes ressemblent à de jolies frises décoratives ; de près, le spectateur découvre des images de violence et d'oppression, ce contraste étant au cœur de sa démarche.
En 2019, Walker conçoit pour le grand hall de la Tate Modern à Londres une fontaine monumentale de 13 mètres de haut, « Fons Americanus ». Elle détourne le style des fontaines impériales britanniques pour raconter l'histoire de la traite des esclaves à travers l'Atlantique.
Sources primaires
Kara Walker explore les questions de race, de genre, de sexualité et de pouvoir à travers des silhouettes découpées grandeur nature qui mettent en scène l'histoire du sud antebellum des États-Unis.
Un hommage aux artisans non rémunérés et surmenés qui ont raffiné notre sucre des champs de canne aux cuisines du Nouveau Monde.
Cette fontaine s'inspire de la tradition des monuments commémoratifs publics pour interroger les récits du pouvoir, en explorant l'histoire interconnectée de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Europe.
La silhouette dit beaucoup avec peu d'informations : c'est une forme qui réduit une personne à un type, à une ombre, exactement comme le racisme réduit les individus.
Lieux clés
Ville natale de Kara Walker, où elle passe son enfance avant le déménagement familial vers le Sud.
Ville où Walker grandit à partir de 13 ans et étudie l'art ; elle y découvre le racisme persistant du Sud américain.
École d'art où Walker obtient son master en 1994 et développe sa technique de la silhouette.
Ancienne usine de sucre où Walker installe « A Subtlety » en 2014, juste avant la démolition du bâtiment.
Musée d'art moderne dont le Turbine Hall accueille sa fontaine monumentale « Fons Americanus » en 2019.
Ville où Walker vit et travaille, et où elle enseigne notamment à l'université Columbia.
Objets typiques

Figure grandeur nature taillée dans du papier noir et collée au mur, technique signature de Walker. Elle reprend un art de portrait populaire du 19e siècle pour raconter l'esclavage.

Outil de découpe à lame fine que l'artiste manie pour tailler les contours nets de ses silhouettes. Sa précision permet le détail des profils caricaturaux.

Appareil de projection lumineuse que Walker utilise pour baigner ses installations de couleurs et inscrire l'ombre des visiteurs dans la scène. Le spectateur devient ainsi partie de l'œuvre.

Sculpture géante en forme de sphinx recouverte de sucre blanc, créée pour « A Subtlety ». Le sucre y symbolise le travail forcé des esclaves dans les plantations.

Carnet où l'artiste dessine ses figures et compose ses scènes avant la découpe. Walker est aussi une dessinatrice prolifique au fusain et à l'encre.

Sculpture-fontaine en plâtre et résine de 13 mètres conçue pour la Tate Modern. Elle détourne les monuments impériaux pour évoquer la traite atlantique.
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Vie quotidienne
Matin
Comme beaucoup d'artistes contemporains, Walker partage son temps entre l'atelier et l'enseignement. La matinée peut commencer par la lecture de documents historiques sur l'esclavage et par des recherches d'archives qui nourrissent ses œuvres.
Après-midi
L'après-midi se passe à l'atelier : dessins au fusain, composition de scènes, puis longue et minutieuse découpe du papier noir au cutter. Le travail demande patience et précision.
Soir
Le soir, elle peut préparer ses cours, échanger avec des galeries et conservateurs, ou réfléchir à la mise en espace de ses grandes installations. La vie d'une artiste reconnue mêle création et obligations publiques.
Alimentation
Walker mène la vie d'une citadine américaine du 21e siècle, à New York. Son alimentation est celle d'une grande métropole, diverse et internationale, sans particularité liée à son métier.
Vêtements
Elle porte des vêtements contemporains ordinaires, souvent des tenues de travail confortables et tachées d'encre ou de poussière de papier lorsqu'elle est à l'atelier.
Habitat
Walker vit et travaille à New York, dans un environnement urbain associant logement et vaste atelier nécessaire à la fabrication de ses installations de grande taille.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Insurrection! (Our Tools Were Rudimentary, Yet We Pressed On)
2000
Darkytown Rebellion
2001
A Subtlety, or the Marvelous Sugar Baby
2014
Fons Americanus
2019
Harper's Pictorial History of the Civil War (Annotated)
2005






