Louis Faidherbe(1818 — 1889)

Louis Faidherbe

France

8 min de lecture

MilitairePolitiqueExplorationChef militaireXIXe siècleSecond Empire et IIIe République naissante, apogée de l'expansion coloniale française en Afrique

Général et administrateur colonial français, gouverneur du Sénégal de 1854 à 1865. Il étend la présence française en Afrique de l'Ouest, modernise Dakar et fonde des institutions durables. Il commande également une armée du Nord lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Questions fréquentes

Louis Faidherbe (1818-1889) est un général et administrateur colonial français, surtout connu comme gouverneur du Sénégal de 1854 à 1865, sous le Second Empire. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a profondément transformé la colonie en y implantant des institutions durables : il a fondé le corps des Tirailleurs sénégalais en 1857, modernisé Dakar comme port stratégique, et créé l'École des otages (future École William Ponty) pour former une élite administrative locale. Son action a posé les bases de l'Afrique-Occidentale française (AOF) tout en suscitant des débats sur les méthodes de colonisation.

Faits marquants

  • 1818 : naissance à Lille
  • 1854-1861 : premier mandat de gouverneur du Sénégal, expansion territoriale vers le fleuve Sénégal
  • 1857 : fondation de Dakar comme base navale stratégique
  • 1857 : création du corps des tirailleurs sénégalais
  • 1870-1871 : commande l'armée du Nord lors de la guerre franco-prussienne, tient Lille
  • 1889 : mort à Paris

Œuvres & réalisations

Fondation du corps des Tirailleurs sénégalais (1857)

Faidherbe créa cette unité militaire composée de soldats africains encadrés par des officiers français. Les Tirailleurs sénégalais devinrent l'une des forces les plus célèbres de l'armée française, combattant jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Le Sénégal. La France dans l'Afrique occidentale (1889)

Ouvrage de synthèse publié l'année de sa mort, dans lequel Faidherbe retrace l'histoire, la géographie, les populations et l'administration du Sénégal. C'est une source primaire essentielle pour comprendre la colonisation française en Afrique de l'Ouest.

Langues sénégalaises : wolof, arabe-hassania, soninké, sérère (1887)

Travail linguistique remarquable réunissant notions grammaticales, vocabulaires et phrases de plusieurs langues d'Afrique de l'Ouest, fruit de ses observations directes au contact des populations locales.

Fondation de l'École des otages de Saint-Louis (1857)

École destinée aux fils des chefs africains alliés, visant à former une élite administrative bilingue. Rebaptisée École William Ponty, elle forma pendant des décennies les intellectuels et fonctionnaires de toute l'Afrique occidentale française.

Projet du pont de Saint-Louis (Pont Faidherbe) (1865 (projet), 1897 (inauguration))

Faidherbe projeta un pont reliant l'île de Saint-Louis à la rive continentale. Réalisé après sa mort, le Pont Faidherbe est classé monument historique et reste un symbole durable de la présence française au Sénégal.

Commandement de l'Armée du Nord (guerre franco-prussienne) (1870-1871)

Faidherbe prit la tête de cette armée de conscription levée à la hâte pour défendre le nord de la France. Sa victoire à Bapaume (janvier 1871) lui valut une réputation nationale de résistant face à l'envahisseur prussien.

Anecdotes

Faidherbe était un linguiste autodidacte hors du commun : pendant son séjour au Sénégal, il apprit le wolof et plusieurs langues locales afin de négocier directement avec les chefs africains sans interprète. Cette maîtrise des langues locales lui permit de nouer des alliances diplomatiques qu'un officier ordinaire n'aurait jamais pu obtenir.

En 1857, Faidherbe créa les Tirailleurs sénégalais, un corps militaire composé de soldats africains recrutés localement. Cette unité, née dans les savanes du Sénégal, allait connaître une destinée extraordinaire : soixante ans plus tard, des centaines de milliers de leurs successeurs combattraient sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale.

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, Faidherbe fut rappelé d'urgence pour commander l'Armée du Nord. En janvier 1871, il remporta la bataille de Bapaume contre les Prussiens, l'une des rares victoires françaises de toute la guerre. Malgré cet exploit, les conditions de paix imposées par Bismarck restèrent humiliantes pour la France.

Faidherbe était également passionné d'archéologie et d'anthropologie : il étudia les mégalithes sénégambiens et les inscriptions berbères, publiant plusieurs travaux scientifiques qui firent de lui un membre respecté des sociétés savantes européennes — un général-savant assez rare pour l'époque.

Avant de quitter définitivement le Sénégal en 1865, Faidherbe fonda l'École des otages de Saint-Louis, destinée à éduquer les fils des chefs africains alliés. Cette institution, rebaptisée plus tard École William Ponty, forma pendant des décennies les élites administratives et intellectuelles de toute l'Afrique occidentale française.

Sources primaires

Le Sénégal. La France dans l'Afrique occidentale (1889)
Nous avons cherché, dans notre administration du Sénégal, à nous appuyer sur les populations indigènes plutôt qu'à les combattre, à développer leur commerce et leur agriculture, à leur assurer la paix et la sécurité dont elles avaient besoin pour prospérer.
Rapport au ministre de la Marine sur la situation du Sénégal (1857)
La création d'un corps de tirailleurs indigènes me paraît indispensable pour assurer la défense et l'extension de notre domaine en Afrique occidentale. Ces hommes, acclimatés et connaissant le terrain, seront bien supérieurs aux soldats européens pour la guerre dans la brousse.
Langues sénégalaises : wolof, arabe-hassania, soninké, sérère — notions grammaticales, vocabulaires et phrases (1887)
La connaissance des langues indigènes est, pour l'administrateur colonial, un instrument aussi nécessaire que le sabre ou le fusil. Sans elle, point de compréhension véritable des peuples que l'on gouverne.
Dépêche officielle sur la résistance du fort de Médine (1857)
Le fort de Médine a résisté héroïquement aux attaques d'El Hadj Omar. Sa garnison, composée en majorité de tirailleurs sénégalais, a montré une bravoure et une discipline dont je rends compte avec fierté au département.

Lieux clés

Lille, France

Ville natale de Louis Faidherbe, né en 1818 dans ce chef-lieu industriel du Nord. Il y resta attaché toute sa vie et y représenta plus tard sa circonscription comme sénateur.

Saint-Louis du Sénégal

Capitale administrative du Sénégal colonial et siège du gouvernement de Faidherbe. Il y fit construire des bâtiments publics, une école et un hôpital, transformant cette île du fleuve Sénégal en vrai centre urbain.

Dakar, Sénégal

Faidherbe fut l'un des premiers à reconnaître le potentiel stratégique de la presqu'île du Cap-Vert. Il contribua à l'établissement de Dakar comme port militaire, jetant les bases de ce qui deviendrait la capitale du Sénégal indépendant.

Fort de Médine, Sénégal

Poste avancé construit sur le fleuve Sénégal pour bloquer l'expansion d'El Hadj Omar Tall vers l'ouest. En 1857, la garnison résista héroïquement au siège jusqu'à l'arrivée de Faidherbe en personne à la tête d'une colonne de secours.

Bapaume, Pas-de-Calais, France

Lieu de la victoire de Faidherbe contre les Prussiens le 3 janvier 1871, lors de la guerre franco-prussienne. Cette bataille fut l'une des rares offensives françaises couronnées de succès durant ce conflit.

Paris, France

Faidherbe y vécut ses dernières années et y mourut le 28 septembre 1889. Ses funérailles nationales témoignèrent de la reconnaissance de la République pour ses services militaires et coloniaux.

Voir aussi