Biographie

Réalisateur français (1932-1995), figure majeure du cinéma d'auteur. Proche de la Nouvelle Vague sans en faire officiellement partie, il signe des œuvres audacieuses comme Lacombe Lucien (1974) et Au revoir les enfants (1987), abordant la mémoire de l'Occupation.

Louis Malle(1932 — 1995)

Louis Malle

France

9 min de lecture

SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceXXe siècleFrance du XXe siècle, ère du cinéma d'auteur et de la Nouvelle Vague

Questions fréquentes

Louis Malle (1932-1995) est un réalisateur français qui a marqué le cinéma d'auteur par sa liberté de ton et sa capacité à passer du documentaire sous-marin (Le Monde du silence, Palme d'or à 23 ans) à des fictions intimes sur la mémoire de l'Occupation (Au revoir les enfants, Lion d'or). Ce qui le rend singulier, c'est qu'il navigue entre la Nouvelle Vague – sans en faire officiellement partie – et une carrière américaine tout aussi reconnue, devenant l'un des rares cinéastes à être aussi acclamé des deux côtés de l'Atlantique. Ce qu'il faut retenir, c'est que son œuvre interroge sans cesse la liberté individuelle face à l'histoire.

Citations célèbres

« Je ne fais pas de films pour plaire, je fais des films parce que j'ai quelque chose à dire.»

Faits marquants

  • Né en 1932 à Thumeries, il coréalise Le Monde du silence avec Jacques-Yves Cousteau (Palme d'or 1956).
  • Ascenseur pour l'échafaud (1958) marque ses débuts remarqués avec une bande originale de Miles Davis.
  • Lacombe Lucien (1974) provoque la controverse en traitant de la collaboration sous l'Occupation nazie.
  • Au revoir les enfants (1987), récit autobiographique sur la déportation d'enfants juifs, remporte le Lion d'or à Venise.
  • Il mène une carrière internationale entre la France et les États-Unis, décédé à Los Angeles en 1995.

Œuvres & réalisations

Le Monde du silence (1956)

Documentaire co-réalisé avec Cousteau sur les fonds marins, Palme d'Or à Cannes et Oscar du meilleur documentaire. Un exploit technique et artistique signé par un cinéaste de 23 ans.

Ascenseur pour l'échafaud (1958)

Premier long métrage de fiction de Malle, film noir avec Jeanne Moreau dont la bande originale improvisée par Miles Davis est devenue légendaire. Le film annonce le renouveau du cinéma français.

Les Amants (1958)

Film avec Jeanne Moreau censuré pour obscénité dans plusieurs pays et au cœur d'une affaire judiciaire remontée jusqu'à la Cour suprême américaine. Il confirme l'audace et la liberté de ton caractéristiques de Malle.

Le Feu follet (1963)

Portrait d'un homme au bord du suicide, adapté de Drieu la Rochelle. Considéré comme l'un des films les plus intenses de Malle, il reçoit le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise.

Lacombe Lucien (1974)

Écrit avec Patrick Modiano, ce film interroge la collaboration ordinaire sous l'Occupation à travers un jeune paysan sans idéologie. Nommé aux Oscars, il provoque une vive controverse en France sur la mémoire de la guerre.

Atlantic City (1980)

Film américano-canadien primé dans les grands festivals internationaux, nommé à cinq Oscars. Il confirme la capacité de Malle à s'emparer de la réalité américaine avec autant d'acuité que de la française.

Au revoir les enfants (1987)

Film autobiographique sur l'arrestation d'un élève juif dans une école catholique sous l'Occupation. Lion d'or à Venise, sept César : l'œuvre la plus personnelle et la plus célébrée de Malle, étudiée dans de nombreux lycées français.

Anecdotes

À 23 ans à peine, Louis Malle co-réalise avec Jacques-Yves Cousteau Le Monde du silence (1956), un documentaire sur les fonds marins tourné en plongée autonome. Le film décroche la Palme d'Or au Festival de Cannes et l'Oscar du meilleur documentaire, faisant d'un inconnu l'un des cinéastes les plus récompensés de l'année.

Son film Les Amants (1958) provoque un scandale retentissant à sa sortie : jugé obscène dans plusieurs États américains, il est poursuivi en justice. L'affaire remonte jusqu'à la Cour suprême des États-Unis, qui statue en 1964 que le film n'est pas pornographique — une décision historique pour la liberté d'expression cinématographique.

Au revoir les enfants (1987) est directement inspiré d'un souvenir douloureux que Malle porte depuis l'enfance : en 1944, dans son école catholique d'Avon, il assiste impuissant à l'arrestation de son camarade Jean Kippelstein, élève juif caché sous une fausse identité, emmené par la Gestapo devant toute la classe. Ce traumatisme le hante quarante ans avant qu'il ne parvienne à le mettre en images.

Pour écrire Lacombe Lucien (1974), Malle s'associe au jeune romancier Patrick Modiano, futur Prix Nobel de littérature (2014). Le film, qui montre un jeune paysan collaborant avec la Milice sans idéologie ni culpabilité apparente, déclenche une vive polémique en France : certains accusent les auteurs de banaliser la collaboration. Il est pourtant nommé aux Oscars du meilleur film en langue étrangère.

Louis Malle est l'un des rares cinéastes français à avoir mené une carrière de premier plan des deux côtés de l'Atlantique. Installé aux États-Unis à partir des années 1970, il réalise des films aussi différents qu'Atlantic City (1980), salué par la critique internationale, et My Dinner with Andre (1981), construit entièrement autour de deux hommes qui dînent et conversent — une forme radicale qui déroute autant qu'elle fascine.

Sources primaires

Entretien avec Louis Malle — Les Cahiers du cinéma, à propos d'Au revoir les enfants (1987)
J'ai mis quarante ans à faire ce film. C'était quelque chose qui m'obsédait depuis l'enfance, depuis ce matin de janvier 1944 où j'ai vu Jean Bonnet emporté par la Gestapo devant toute l'école. Je me suis demandé toute ma vie si j'aurais pu faire quelque chose.
Conférence de presse — Festival de Cannes (Le Monde du silence) (1956)
Avec Cousteau, nous avons plongé dans un monde encore inexploré. La caméra sous-marine nous imposait une lenteur, une patience qui n'existait pas dans le cinéma de surface. Filmer les fonds marins, c'était inventer une grammaire visuelle nouvelle.
Déclaration de Louis Malle sur Lacombe Lucien — Le Monde (1974)
Lacombe Lucien n'est ni une apologie ni une condamnation. C'est la tentative de comprendre comment un jeune homme ordinaire peut se retrouver du mauvais côté de l'histoire sans même s'en rendre compte. C'est cela qui me semble le plus inquiétant.
Louis Malle on Louis Malle — entretiens avec Philip French (Faber and Faber) (1993)
Je me sens autant américain que français maintenant. Ce n'est pas une trahison : c'est une façon de rester libre, de ne pas être prisonnier d'une seule culture, d'un seul cinéma national. La liberté, c'est ce qui m'a toujours guidé.
Discours de réception du César du meilleur réalisateur pour Au revoir les enfants (1988)
Ce film est dédié à Jean, à tous ceux qui ont été arrachés à leur enfance. Je n'ai pas fait ce film pour juger, mais pour ne pas oublier — et pour que les jeunes spectateurs d'aujourd'hui comprennent ce que signifie la complicité du silence.

Lieux clés

Thumeries (Nord, France)

Ville natale de Louis Malle, où sa famille possède une sucrerie. Cette enfance bourgeoise dans le Nord industriel marque durablement sa sensibilité aux questions sociales et à la condition humaine.

Paris — IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques)

École de cinéma où Malle se forme au début des années 1950. Il y acquiert les bases techniques et théoriques du cinéma avant de partir travailler avec Cousteau.

Petit Collège d'Avon (Seine-et-Marne)

École catholique près de Fontainebleau où le jeune Louis Malle fut scolarisé pendant l'Occupation. C'est là qu'il assista en 1944 à l'arrestation de son camarade juif Jean Kippelstein, scène directement reconstituée dans Au revoir les enfants.

Festival de Cannes (Cannes, France)

Lieu de consécration internationale pour Malle dès ses débuts : il y obtient la Palme d'Or pour Le Monde du silence en 1956. Cannes incarne la reconnaissance internationale du cinéma d'auteur français.

Beverly Hills / Los Angeles (États-Unis)

Malle s'installe aux États-Unis à partir des années 1970, y réalise plusieurs films majeurs et y décède en novembre 1995 des suites d'un lymphome, à l'âge de 63 ans.

Voir aussi