Manal al-Sharif(1979 — ?)

Manal al-Sharif

Arabie saoudite

8 min de lecture

SociétéPolitiqueActivisteÉcrivain(e)XXIe siècleDébut du XXIe siècle, période de contestations des droits civiques dans le monde arabe et d'essor des réseaux sociaux comme outil de militantisme

Militante saoudienne des droits des femmes, elle est devenue célèbre en 2011 en postant une vidéo d'elle-même conduisant une voiture en Arabie Saoudite, défiant l'interdiction faite aux femmes. Son arrestation a déclenché un mouvement international pour le droit de conduire.

Citations célèbres

« Ce n'est pas une question de conduite. C'est une question de liberté. »

Faits marquants

  • 2011 : elle publie une vidéo la montrant conduire en Arabie Saoudite et est arrêtée
  • 2011 : lancement de la campagne Women2Drive sur les réseaux sociaux
  • 2013 : elle reçoit le prix Oslo Freedom Forum
  • 2018 : l'Arabie Saoudite lève officiellement l'interdiction de conduire pour les femmes
  • 2017 : publication de son autobiographie 'Daring to Drive'

Œuvres & réalisations

Vidéo au volant postée sur YouTube (19 mai 2011)

Acte fondateur de son militantisme : filmée par son frère, Manal conduit et commente la situation des femmes saoudiennes. Visionnée des millions de fois, la vidéo déclenche le mouvement Women2Drive.

Campagne Women2Drive (2011)

Mouvement de désobéissance civile organisé sur les réseaux sociaux, appelant les femmes saoudiennes à prendre le volant le 17 juin 2011. Première campagne féministe saoudienne d'ampleur internationale.

Discours à l'Oslo Freedom Forum (2012)

Manal al-Sharif reçoit le prix Václav Havel du Forum de la liberté d'Oslo et y prononce un discours remarqué sur la désobéissance civile non-violente et le militantisme numérique.

Conférence TED « A Saudi woman who dared to drive » (2013)

Conférence internationale diffusée mondialement, dans laquelle elle raconte son parcours et appelle à reconnaître les femmes arabes comme actrices de leur propre émancipation.

Daring to Drive: A Saudi Woman's Awakening (mémoire) (2017)

Autobiographie traduite dans de nombreuses langues, retraçant son enfance à La Mecque, son éveil féministe et son combat pour le droit de conduire. Ouvrage de référence sur le féminisme saoudien contemporain.

Fondation de l'association SEAT (Saudi Expat Association for Transparency) (2015)

Organisation de soutien aux Saoudiens de la diaspora et aux militantes des droits humains, créée depuis l'Australie pour maintenir une pression internationale sur le royaume.

Anecdotes

Le 19 mai 2011, Manal al-Sharif prend le volant à Khobar, en Arabie Saoudite, pendant que son frère filme la scène. Elle poste la vidéo sur YouTube le soir même. En moins de 24 heures, la vidéo est vue des millions de fois dans le monde entier, avant que les autorités saoudiennes ne la fassent retirer.

Arrêtée deux jours après la publication de la vidéo, Manal est détenue neuf jours dans une prison pour femmes. Pendant son incarcération, ses collègues de Saudi Aramco — l'entreprise pétrolière nationale où elle travaillait comme experte en cybersécurité — organisent une pétition pour réclamer sa libération.

Avant de passer à l'acte, Manal al-Sharif s'était inspirée de Rosa Parks, l'Américaine qui avait refusé de céder sa place dans un bus en 1955. Elle dira plus tard : « Je voulais être la Rosa Parks saoudienne. » Cette référence au mouvement des droits civiques américain lui permet de connecter son combat à une histoire militante universelle.

Après sa libération, Manal est contrainte de signer un document s'engageant à ne plus conduire et à ne pas parler à la presse. Elle quitte néanmoins l'Arabie Saoudite quelques années plus tard et s'installe en Australie, d'où elle continue son activisme à l'échelle internationale, notamment en fondant une association de soutien aux femmes du monde arabe.

Le 24 juin 2018, l'Arabie Saoudite lève officiellement l'interdiction de conduire pour les femmes. Manal al-Sharif, alors en Australie, apprend la nouvelle à distance. Elle savoure cette victoire mais déplore que plusieurs militantes qui avaient mené le même combat — dont Loujain al-Hathloul — soient arrêtées quelques semaines avant la levée du décret, en mai 2018.

Sources primaires

Daring to Drive: A Saudi Woman's Awakening (mémoire autobiographique) (2017)
I was not only fighting for the right to drive. I was fighting for the right to exist as a full human being — to make my own choices, to live my own life.
Conférence TED : « A Saudi woman who dared to drive » (2013)
The day I got behind the wheel was the day I stopped being afraid. Fear is the real prison, not the cell they put me in.
Pétition « Women2Drive » publiée sur les réseaux sociaux (Juin 2011)
Nous, femmes saoudiennes, réclamons le droit de conduire sur nos propres terres, conformément aux droits reconnus par la charia et aux engagements internationaux de notre pays.
Déclaration publique après sa libération de prison (Mai 2011)
J'ai été arrêtée non pas parce que j'avais enfreint la loi, mais parce que j'avais osé montrer que la loi était injuste. Je ne regrette rien.
Discours à l'Oslo Freedom Forum (2012)
Social media gave us a weapon that no autocracy had faced before: the ability to show the world what they were trying to hide. My camera was my most powerful tool.

Lieux clés

La Mecque, Arabie Saoudite

Ville natale de Manal al-Sharif, lieu saint de l'islam où elle grandit dans un contexte d'éducation religieuse conservatrice qu'elle remettra en question à l'âge adulte.

Khobar (Al-Khobar), Arabie Saoudite

Ville de la province orientale où Manal al-Sharif vit et travaille en 2011, et où elle prend le volant pour filmer sa vidéo historique sur la route côtière.

Dhahran — Siège de Saudi Aramco, Arabie Saoudite

Manal al-Sharif y travaille comme spécialiste en sécurité informatique. C'est dans ce cadre professionnel qu'elle développe ses compétences numériques, outils de son militantisme.

Prison pour femmes de Dammam, Arabie Saoudite

Lieu de détention de Manal al-Sharif pendant neuf jours en mai 2011 après la publication de sa vidéo. Son incarcération déclenche une mobilisation internationale.

Sydney, Australie

Ville où Manal al-Sharif s'installe en exil à partir de 2013, et d'où elle continue son combat pour les droits des femmes saoudiennes depuis l'étranger.

Voir aussi