Marguerite Perey(1909 — 1975)

Marguerite Perey

France

8 min de lecture

SciencesXXe siècleXXe siècle — âge d'or de la physique nucléaire et de la chimie des éléments radioactifs

Chimiste française (1909-1975), collaboratrice de Marie Curie à l'Institut du Radium. Elle découvrit en 1939 le francium, dernier élément naturel découvert, et devint la première femme élue à l'Académie des sciences française en 1962.

Questions fréquentes

Marguerite Perey (1909-1975) est une chimiste française qui a découvert le francium en 1939, le dernier élément naturel du tableau périodique. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle est la première femme à avoir découvert un élément chimique, et ce, alors qu'elle n'était qu'une technicienne sans diplôme universitaire à l'Institut du Radium. Pour comprendre cela, il faut se rappeler qu'elle travaillait sous la direction de Marie Curie, puis seule, en purifiant de l'actinium-227. Son parcours illustre le rôle des femmes dans la science à une époque où elles étaient souvent cantonnées à des postes subalternes.

Faits marquants

  • 1909 : naissance à Villemomble, France
  • 1929 : entre à l'Institut du Radium comme assistante personnelle de Marie Curie
  • 1939 : découvre le francium (élément 87), dernier élément naturel découvert
  • 1962 : première femme élue membre de l'Académie des sciences française
  • 1975 : décède d'un cancer, probablement lié à son exposition prolongée à la radioactivité

Œuvres & réalisations

Découverte du francium (élément 87) (1939)

La contribution scientifique majeure de Perey : l'identification du dernier élément naturel du tableau périodique, dérivé de la désintégration de l'actinium-227. Elle est la première femme à avoir découvert un élément chimique.

Sur un élément 87, dérivé de l'actinium — article fondateur (1939)

Publication dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences décrivant la découverte du francium. Cet article de deux pages est l'un des textes les plus importants de la chimie nucléaire du XXe siècle.

Contribution à l'étude de l'actinium-K — thèse de doctorat (1946)

Thèse soutenue à l'Université de Paris, synthétisant ses recherches sur les propriétés chimiques et physiques du francium. Elle y établit que le francium est le dernier membre de la famille des métaux alcalins.

Fondation du laboratoire de chimie nucléaire de Strasbourg (1949)

En rejoignant l'Université de Strasbourg, Perey crée et dirige un laboratoire spécialisé en chimie nucléaire, formant des générations d'étudiants et contribuant au rayonnement scientifique français de l'après-guerre.

Série de publications sur la chimie analytique du francium (1950-1965)

Ensemble d'articles publiés depuis Strasbourg approfondissant les propriétés du francium : comportement chimique en solution, analogies avec le césium, et méthodes de séparation radiochimique.

Anecdotes

Marguerite Perey entre à l'Institut du Radium de Paris en 1929, à seulement 19 ans, sans diplôme universitaire, engagée comme technicienne personnelle de Marie Curie. Elle prépare les échantillons radioactifs, entretient les instruments et accompagne la grande scientifique jusqu'à sa mort en 1934. Cette relation de confiance lui ouvre la voie d'une carrière scientifique exceptionnelle, dans une époque où les femmes accèdent difficilement aux laboratoires.

En janvier 1939, en purifiant un échantillon d'actinium-227, Perey remarque une anomalie dans la courbe de désintégration radioactive : un rayonnement inattendu trahit la présence d'un élément inconnu. Après plusieurs semaines de vérifications minutieuses, elle identifie l'élément 87, le dernier élément naturel jamais découvert. Elle lui donne le nom de « francium » en hommage à sa patrie.

En 1962, Marguerite Perey est élue à l'Académie des sciences française, devenant la première femme à y siéger en trois cents ans d'histoire. L'ironie est cruelle : Marie Curie, sa mentor et modèle, avait été refusée à cette même institution en 1911, malgré ses deux prix Nobel. Cinquante ans séparent le refus de Curie de l'élection de Perey.

Des années d'exposition aux rayonnements radioactifs — sans les protections que l'on connaît aujourd'hui — ont laissé des traces irréparables dans le corps de Marguerite Perey. Elle développe un cancer des os dans les années 1960, qui la contraint progressivement à réduire ses activités. Elle meurt en 1975, lucide sur le prix de sa vocation scientifique, en ayant déclaré que la découverte du francium valait tout ce sacrifice.

Bien qu'elle ait découvert le francium en 1939, Perey ne soutient sa thèse de doctorat qu'en 1946, à 37 ans, à l'Université de Paris. Elle avait travaillé pendant des années comme technicienne, sans le titre académique correspondant à ses contributions. Sa thèse porte précisément sur les propriétés de l'actinium-K, nom initial qu'elle avait donné au francium avant de le rebaptiser.

Sources primaires

Sur un élément 87, dérivé de l'actinium (1939 — Comptes rendus de l'Académie des sciences, vol. 208, p. 97-99)
En étudiant les courbes de décroissance de l'actinium, j'ai relevé la présence d'un rayonnement alpha que je n'avais pu attribuer qu'à un élément nouveau, produit de la désintégration de l'actinium lui-même.
L'élément 87 : AcK, dérivé de l'actinium (1939 — Journal de Physique et le Radium, vol. 10, p. 435-438)
L'élément 87, que je propose d'appeler francium, est l'isotope le plus lourd du groupe des alcalins. Sa période est de 21 minutes environ. Il est émis lors de la désintégration alpha de l'actinium-227.
Contribution à l'étude de l'actinium-K (thèse de doctorat) (1946 — Université de Paris)
Les propriétés chimiques du francium, dernier alcalin naturel, ont pu être partiellement déterminées malgré la très faible quantité disponible et sa courte période radioactive. Le francium se comporte comme un analogue lourd du césium.
Lettre de Marguerite Perey à Irène Joliot-Curie (Vers janvier 1939 — Archives de l'Institut Curie, Paris)
Je vous soumets mes premières observations sur l'anomalie constatée dans la désintégration de l'actinium. Je crois avoir affaire à un élément nouveau, mais je n'ose encore l'affirmer sans vos conseils.

Lieux clés

Institut du Radium (actuel Institut Curie), Paris

Fondé par Marie Curie, c'est dans ce laboratoire du 5e arrondissement que Perey passe l'essentiel de sa carrière de 1929 à 1949, et qu'elle découvre le francium en 1939. Le bâtiment, classé monument historique, abrite encore les archives et l'ancien laboratoire de Marie Curie.

Université de Strasbourg — Centre de Recherches Nucléaires

Perey s'y installe en 1949 comme professeure et fonde le laboratoire de chimie nucléaire, qu'elle dirige jusqu'à sa retraite. C'est là qu'elle poursuit ses recherches sur le francium et forme une nouvelle génération de chercheurs.

Académie des sciences, Institut de France, Paris

Institution prestigieuse où Marguerite Perey est élue le 12 mars 1962, devenant la première femme membre en 300 ans d'histoire. Cette élection symbolique répare en partie l'injustice infligée à Marie Curie, refusée par la même institution en 1911.

Villemomble, Seine-Saint-Denis

Commune de la banlieue est de Paris où naît Marguerite Perey le 19 octobre 1909. Elle grandit dans un milieu modeste, sans accès facile aux études supérieures, ce qui rend son parcours scientifique d'autant plus remarquable.

Voir aussi