Poète et écrivain français (1896-1966), cofondateur et théoricien du surréalisme. Il rédige les Manifestes du surréalisme et rassemble autour de lui une génération d'artistes et d'écrivains révolutionnaires.
André Breton(1896 — 1966)
André Breton
France
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« La beauté sera convulsive ou ne sera pas.»
« Je cherche l'or du temps.»
« Laissez tout. Laissez Dada. Laissez votre femme. Laissez votre maîtresse.»
Faits marquants
- 1896 : Naissance à Tinchebray (Orne)
- 1924 : Publication du premier Manifeste du surréalisme
- 1928 : Publication de Nadja, roman surréaliste majeur
- 1938 : Rencontre avec Trotsky et Diego Rivera au Mexique, manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant
- 1966 : Mort à Paris, figure tutélaire du surréalisme mondial
Œuvres & réalisations
Premier texte entièrement rédigé par écriture automatique, considéré comme l'acte de naissance du surréalisme. Les deux auteurs écrivirent à toute vitesse pendant plusieurs jours sans relire ni corriger, laissant l'inconscient parler librement.
Texte fondateur dans lequel Breton définit le surréalisme, ses méthodes et ses ambitions. Ce manifeste, l'un des plus influents du XXe siècle, donna au mouvement son nom, sa théorie et son programme artistique et philosophique.
Roman autobiographique retraçant la rencontre de Breton avec une jeune femme mystérieuse et visionnaire dans les rues de Paris. Ce livre est une méditation sur la folie, l'amour fou et le hasard objectif, illustré de photographies.
Radicalisation théorique et politique du mouvement surréaliste, avec un rapprochement revendiqué avec le marxisme. Breton y règle ses comptes avec les membres qu'il a exclus et approfondit la notion de 'point suprême' où les contraires se réconcilient.
Essai lyrique consacré à l'amour comme force révolutionnaire capable de transformer la réalité. On y trouve la célèbre formule sur 'la beauté convulsive' et une réflexion sur le hasard objectif illustrée par la rencontre de Breton avec Jacqueline Lamba.
Écrit durant l'exil en Amérique du Nord, ce texte poétique et philosophique évoque l'amour, la liberté et la résistance face à la barbarie nazie. Breton y développe le symbole de l'étoile comme figure d'espoir et de renouveau.
Anecdotes
En 1924, André Breton publie le premier Manifeste du surréalisme, dans lequel il définit le surréalisme comme un 'automatisme psychique pur'. Pour prouver sa théorie, il pratique avec ses amis l'écriture automatique : ils s'installent, ferment les yeux et laissent couler les mots sans contrôle de la raison, produisant des textes parfois étranges, parfois poétiques, toujours surprenants.
Breton invente avec ses amis le jeu du 'cadavre exquis' : chaque participant écrit une partie d'une phrase ou dessine une partie d'un corps sur une feuille, puis plie le papier pour cacher sa contribution avant de passer à son voisin. Le premier résultat donna : 'Le cadavre exquis boira le vin nouveau', ce qui donna son nom au jeu. Ces expériences collectives visaient à libérer l'inconscient.
En 1938, Breton se rend au Mexique et rencontre Léon Trotski, le révolutionnaire russe en exil. Ensemble, ils rédigent un manifeste intitulé 'Pour un art révolutionnaire indépendant', plaidant pour une liberté totale de la création artistique, contre les régimes totalitaires qui voulaient mettre l'art au service de la propagande. Diego Rivera cosigne le texte pour protéger Trotski.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Breton fuit l'Europe occupée et s'exile à New York de 1941 à 1946. Il y anime des émissions de radio en français, rencontre des artistes européens également réfugiés comme Marcel Duchamp et Max Ernst, et contribue à faire rayonner le surréalisme aux États-Unis, influençant durablement la génération des expressionnistes abstraits américains.
Breton était un collectionneur passionné d'objets insolites, d'art primitif et de curiosités. Son atelier parisien au 42 rue Fontaine était surnommé 'la caverne d'Ali Baba' : des masques africains côtoyaient des œuvres de Picasso, des pierres étranges, des poupées kachina des Indiens Hopi et des milliers de livres. Cet espace lui servait de laboratoire d'idées et de manifeste vivant du surréalisme.
Sources primaires
SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.
Qui suis-je ? Si par exception je m'en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je 'hante' ? Je dois avouer que cette dernière expression m'égare, tendant à établir entre certains êtres et moi des rapports plus singuliers, moins évitables, plus troublants que je ne pensais.
Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement. Or c'est en vain qu'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de détermination de ce point.
La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas.
Nous voulons : l'indépendance de l'art — pour la révolution ; la révolution — pour la libération définitive de l'art. […] Dans la lutte révolutionnaire comme dans la création artistique, nous n'avons à demander qu'une chose : la liberté.
Lieux clés
Atelier et appartement de Breton à Montmartre, surnommé 'la caverne d'Ali Baba', où il reçut pendant des décennies poètes, artistes et intellectuels du monde entier. Ce lieu fut le véritable quartier général du mouvement surréaliste.
Lieu de réunion quotidien du groupe surréaliste dans les années 1920-1930, où Breton et ses amis jouaient au cadavre exquis, débattaient de théories et expulsaient solennellement les membres jugés déviants. Ce café était le parlement informel du surréalisme.
Ville d'exil de Breton durant la Seconde Guerre mondiale, où il anima des émissions de radio en français sur Voice of America et contribua à implanter le surréalisme en Amérique. Sa présence influença directement la naissance de l'expressionnisme abstrait américain.
Breton s'y rendit en 1938 et rencontra Trotski réfugié chez Diego Rivera, ainsi que la peintre Frida Kahlo qu'il qualifia de 'surréaliste naturelle'. Ce voyage donna naissance au manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant.
Ville natale d'André Breton, né le 19 février 1896. Il y passa son enfance avant de monter à Paris pour ses études de médecine, milieu dans lequel il découvrit les théories freudiennes.
Objets typiques

Breton et ses amis utilisaient des cahiers pour pratiquer l'écriture automatique, laissant la plume courir sans contrôle de la raison. Ces cahiers étaient les laboratoires du surréalisme, remplis de phrases étranges et d'images inattendues surgies de l'inconscient.

Grand collectionneur d'art primitif, Breton entourait son bureau de masques africains, de sculptures océaniennes et d'objets amérindiens. Il voyait dans ces œuvres une puissance magique que l'art occidental avait perdue.

Fasciné par la culture des Indiens Hopi d'Amérique du Nord, Breton collectionnait leurs poupées kachina, figurines rituelles représentant des esprits. Ces objets symbolisaient pour lui la capacité des cultures non occidentales à unir le monde réel et le monde des esprits.

Durant son exil à New York, Breton créa avec des artistes amis un nouveau tarot surréaliste remplaçant les figures traditionnelles par des personnages symboliques du mouvement. Le tarot incarnait pour lui le hasard objectif et les forces cachées qui gouvernent la vie.

Breton dirigeait et annotait soigneusement chaque numéro de la revue du groupe, véritable manifeste imprimé du mouvement. Ces revues diffusaient poèmes, rêves, photographies et théories auprès d'un public d'avant-garde.

Breton collectionnait des pierres aux formes étranges, des objets trouvés dans les marchés aux puces ou lors de promenades, qu'il appelait 'objets surréalistes'. Pour lui, le hasard pouvait révéler dans n'importe quel objet banal une poésie cachée.
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Vie quotidienne
Matin
Breton se levait rarement tôt, fidèle au rythme bohème des artistes de Montmartre. Il consacrait ses matinées à la lecture — Freud, Marx, poètes symbolistes — et à la rédaction dans ses cahiers, parfois en pratiquant l'écriture automatique dès le réveil pour saisir les images du rêve avant qu'elles ne s'effacent.
Après-midi
Les après-midis étaient souvent consacrées aux réunions du groupe surréaliste dans les cafés de la Place Blanche ou du boulevard Montparnasse. On y débattait de théories, on pratiquait les jeux collectifs, on décidait des exclusions ou des adhésions, et Breton présidait ces séances avec une autorité quasi pontificale.
Soir
Les soirées se prolongeaient souvent très tard dans les cafés ou dans l'atelier de la rue Fontaine, transformé en salon littéraire et artistique. Breton recevait peintres, poètes et intellectuels, organisait des lectures publiques et des expositions improvisées, entouré de ses collections d'art primitif et d'objets insolites.
Alimentation
Breton vivait modestement, particulièrement dans sa jeunesse, et fréquentait les restaurants populaires du quartier de Montmartre. Durant son exil américain, il découvrit la cuisine des Caraïbes et des États-Unis, mais resta attaché aux habitudes françaises : café fort, pain, vins de table et repas partagés en longues tablées amicales.
Vêtements
Breton affectionnait une mise soignée mais sobre : costume sombre, souvent un manteau large et un chapeau. Il se distinguait par une présence physique imposante — grand, les cheveux en crinière — qui donnait à son allure quelque chose de légèrement dramatique et autoritaire, en accord avec son rôle de chef de mouvement.
Habitat
L'atelier du 42 rue Fontaine à Paris était à la fois son logement et son musée personnel, encombré d'œuvres d'art, de masques, de livres et d'objets insolites disposés avec soin. Durant l'exil new-yorkais, il vécut dans un appartement modeste du Village, recréant autant que possible l'atmosphère de son repaire parisien.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Le style visuel de l'univers de Breton convoque l'esthétique surréaliste : juxtapositions oniriques, réalisme troublant, objets déplacés de leur contexte et atmosphères nocturnes et mystérieuses.
Ambiance sonore
L'univers sonore de Breton est celui des cafés parisiens bourdonnants de débats, des soirées animées à Montmartre, entrecoupées du silence concentré de l'écriture automatique.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Les Champs magnétiques (avec Philippe Soupault)
1919
Manifeste du surréalisme
1924
Second manifeste du surréalisme
1930
L'Amour fou
1937
Arcane 17
1944






