Maud Menten(1879 — 1960)

Maud Menten

Canada

8 min de lecture

SciencesXXe siècleDébut du XXe siècle, âge d'or de la biochimie moderne et des premières femmes scientifiques

Maud Menten (1879-1960) est une biochimiste et médecin canadienne pionnière. Elle est co-auteure de la loi de cinétique enzymatique Michaelis-Menten (1913), fondamentale en biochimie. Elle fut l'une des premières femmes canadiennes à obtenir un doctorat en médecine.

Questions fréquentes

Maud Menten (1879-1960) est une biochimiste et médecin canadienne dont le nom est associé à l'équation de Michaelis-Menten, publiée en 1913. Ce qu'il faut retenir, c'est que cette équation décrit mathématiquement comment la vitesse d'une réaction enzymatique dépend de la concentration du substrat, une loi fondamentale encore enseignée aujourd'hui dans toutes les filières scientifiques. Elle a aussi révolutionné l'histochimie en inventant une technique de coloration des enzymes dans les tissus, utilisée dans les laboratoires du monde entier.

Faits marquants

  • 1879 : naissance à Port Lambton, Ontario, Canada
  • 1913 : publication de la loi de cinétique enzymatique avec Leonor Michaelis à Berlin
  • 1916 : obtention d'un doctorat en biochimie à l'Université de Chicago
  • Pionnière : l'une des premières femmes canadiennes autorisées à pratiquer la médecine
  • 1960 : décès à Toronto, laissant un héritage scientifique majeur en enzymologie

Œuvres & réalisations

Die Kinetik der Invertinwirkung (1913)

Article co-écrit avec Leonor Michaelis, publié dans la Biochemische Zeitschrift. Il introduit l'équation fondamentale V = Vmax[S]/(Km+[S]) décrivant la vitesse des réactions enzymatiques, référence incontournable de la biochimie mondiale.

Technique de couplage azoïque pour la détection de la phosphatase alcaline (1944)

Méthode histochimique inventée par Menten permettant de localiser visuellement les enzymes dans les coupes de tissus grâce à des colorants azoïques. Cette technique est encore utilisée dans les laboratoires du monde entier.

Études sur les effets biologiques du radium (1911)

Premiers travaux de recherche de Menten portant sur les effets du rayonnement radioactif sur les cellules embryonnaires, menés à l'Université de Chicago à une époque pionnière de la physique nucléaire appliquée à la biologie.

Recherches sur l'anhydrase carbonique (1932)

Étude sur cette enzyme clé de la respiration cellulaire, contribuant à la compréhension des mécanismes enzymatiques dans les échanges gazeux de l'organisme.

Applications des traceurs radioactifs en biologie cellulaire (1944)

Menten fut parmi les premières scientifiques à utiliser des isotopes radioactifs comme traceurs pour suivre des réactions biochimiques dans les cellules vivantes, préfigurant les techniques modernes de biologie moléculaire et d'imagerie médicale.

Anecdotes

En 1912, Maud Menten dut quitter le Canada pour se rendre à Berlin afin de travailler avec le biochimiste Leonor Michaelis. À cette époque, les femmes n'étaient pas autorisées à mener des recherches dans la plupart des institutions canadiennes. Loin d'y voir un obstacle, elle traversa l'Atlantique seule et s'installa dans la capitale allemande pour une année de recherche intense qui allait changer l'histoire de la biochimie.

L'équation de Michaelis-Menten, publiée en 1913, est devenue l'une des formules les plus citées de toute l'histoire de la biologie. Pourtant, pendant des décennies, Maud Menten ne reçut qu'une reconnaissance limitée, son nom étant souvent éclipsé par celui de son co-auteur masculin. Ce n'est que tardivement que la communauté scientifique reconnut pleinement l'ampleur de sa contribution personnelle aux expériences.

Maud Menten était une personnalité hors du commun : polyglotte parlant au moins six langues dont le russe et l'allemand, peintre aquarelliste reconnue, alpiniste et cantatrice amateur. Elle incarnait l'idéal de la femme de sciences éprise d'arts et d'aventure, à une époque où les femmes étaient encore largement exclues des universités et des laboratoires.

À l'Université de Pittsburgh, où elle travailla de 1918 à 1950, Menten développa une technique de coloration histochimique — le couplage azoïque — encore utilisée aujourd'hui dans les laboratoires du monde entier pour visualiser des enzymes dans les tissus biologiques. Elle fut également parmi les premières à utiliser des traceurs radioactifs en biologie.

Malgré une carrière brillante et des découvertes majeures, Maud Menten n'obtint jamais de poste de professeure titulaire à l'Université de Pittsburgh, se heurtant aux mêmes barrières institutionnelles que toutes les femmes scientifiques de son époque. Elle retourna au Canada à la fin de sa vie et mourut en 1960 à Leamington, Ontario, laissant un héritage scientifique considérable.

Sources primaires

Die Kinetik der Invertinwirkung (1913)
Wir haben die Kinetik der Invertinwirkung systematisch untersucht und gefunden, dass die Reaktionsgeschwindigkeit von der Substratkonzentration in einer charakteristischen Weise abhängt, die sich durch eine einfache mathematische Formel ausdrücken lässt.
A new diazonium method for the histochemical demonstration of alkaline phosphatase (avec Jans et Green) (1944)
A method is described for demonstrating the localization of alkaline phosphatase in tissue sections by means of the coupling of a diazonium salt with naphthol liberated by the enzyme, producing a visible colored precipitate at the exact site of enzyme activity.
The effect of radium emanation on the rate of cell division in the early sea-urchin embryo (1911)
The influence of radium emanation upon cell division was investigated. Results indicate a marked inhibitory effect upon the rate of division proportional to the concentration of radium applied.
Carbonic anhydrase — its preparation and properties (co-auteurs Davenport et Wilhelmi) (1932)
Carbonic anhydrase was isolated and its kinetic properties examined. The enzyme was found to catalyse the reversible hydration of carbon dioxide at a rate far exceeding any known chemical catalyst.

Lieux clés

Port Lambton, Ontario, Canada

Village natal de Maud Menten, situé au bord du lac Sainte-Claire. C'est dans ce cadre rural canadien qu'elle grandit avant d'entamer un parcours académique exceptionnel.

Université de Toronto, Canada

Institution où Maud Menten obtint son Bachelor of Medicine en 1907 et son doctorat en médecine en 1911, parmi les premières femmes admises en sciences médicales au Canada.

Berlin, Allemagne — laboratoire de Michaelis

C'est dans ce laboratoire berlinois que Menten et Michaelis menèrent en 1912-1913 les expériences décisives sur la cinétique enzymatique de l'invertine, donnant naissance à leur équation fondatrice.

Université de Chicago, États-Unis

Maud Menten y réalisa ses premiers travaux de recherche sur le radium dès 1910, puis y soutint son doctorat en biochimie en 1916, approfondissant sa formation scientifique.

Université de Pittsburgh, États-Unis

Principal lieu de sa carrière scientifique de 1918 à 1950, où elle conduisit d'importantes recherches en histochimie et développa la technique de couplage azoïque qui porte encore aujourd'hui son influence.

Voir aussi