Portrait de Miriam Makeba

Miriam Makeba

Miriam Makeba

1932 — 2008

Algérie, Afrique du Sud

MusiqueSociétéChanteur/seActivisteXXe siècleMama Africa, voix de la lutte anti-apartheid

chanteuse de jazz et militante politique sud-africaine

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Faits marquants

    Œuvres & réalisations

    Miriam Makeba (premier album) (1960)

    Premier album enregistré aux États-Unis, produit par Harry Belafonte. Il révèle au monde occidental la musique africaine traditionnelle et fait de Makeba une artiste internationale reconnue.

    Pata Pata (1967)

    Chanson populaire du township de Johannesburg, devenue un tube mondial. Son succès inattendu redonne à Makeba une visibilité internationale et popularise la musique africaine dans le monde entier.

    An Evening with Belafonte/Makeba (1965)

    Album live enregistré avec Harry Belafonte, récompensé par un Grammy Award. Il consacre Miriam Makeba comme l'une des grandes voix du mouvement pour les droits civiques à l'échelle mondiale.

    Discours Ă  l'ONU contre l'apartheid (1964)

    Témoignage historique prononcé devant le Comité spécial contre l'apartheid des Nations Unies, qui vaut à Makeba la révocation de son passeport sud-africain et l'établit comme figure politique majeure.

    The World of Miriam Makeba (1963)

    Album qui synthétise les musiques traditionnelles africaines, le jazz et les chants engagés, constituant une œuvre musicale et militante fondatrice de son répertoire.

    Sangoma (1988)

    Album enregistré en exil, entièrement dédié aux chants traditionnels xhosa et aux musiques de guérisseurs. Témoignage rare et précieux de la tradition orale africaine, il est considéré comme son œuvre la plus personnelle.

    Graceland Tour (avec Paul Simon) (1987)

    Tournée mondiale accompagnant l'album 'Graceland' de Paul Simon, qui remet Miriam Makeba sous les feux de la rampe internationale et introduit les musiques africaines à toute une nouvelle génération d'auditeurs.

    Anecdotes

    En 1960, Miriam Makeba témoigne devant le Comité spécial de l'ONU contre l'apartheid, devenant la première artiste noire à prendre la parole sur cette scène internationale. Le gouvernement sud-africain lui retire aussitôt son passeport, la condamnant à un exil qui durera 31 ans.

    Sa chanson 'Pata Pata', enregistrée en 1967 aux États-Unis, devient un succès mondial inattendu. Miriam Makeba ne comprenait pas au départ pourquoi les Américains l'adoraient autant : pour elle, c'était simplement une chanson dansante de son township natal de Johannesburg.

    En 1968, après son mariage avec le militant des Black Panthers Stokely Carmichael, Miriam Makeba perd tous ses contrats aux États-Unis. Les maisons de disques l'abandonnent et les salles de concert annulent ses spectacles sous la pression politique. Elle s'installe alors en Guinée avec son mari.

    En 1990, Nelson Mandela, libéré après 27 ans de prison, appelle personnellement Miriam Makeba pour lui demander de rentrer en Afrique du Sud. Son retour est triomphant : des milliers de personnes l'accueillent à l'aéroport de Johannesburg, les larmes aux yeux.

    Le 9 novembre 2008, à l'âge de 76 ans, Miriam Makeba s'effondre sur scène à Castel Volturno en Italie, quelques minutes après avoir chanté 'Pata Pata'. Elle décède d'une crise cardiaque lors d'un concert en solidarité avec l'écrivain Roberto Saviano, menacé par la Camorra. Elle chantait jusqu'à son dernier souffle.

    Sources primaires

    Discours de Miriam Makeba devant le Comité spécial contre l'apartheid, Nations Unies (1964)
    Je suis une victime de l'apartheid, et je parle au nom de tous ceux qui souffrent sous ce régime. Mon peuple est privé de droits fondamentaux, de dignité et de liberté. Je vous demande de soutenir notre combat pour la justice.
    Makeba : My Story (autobiographie) (1987)
    Quand on m'a dit que mon passeport avait été révoqué et que je ne pourrais pas rentrer chez moi, j'ai compris que le gouvernement essayait de me réduire au silence. Mais ma voix n'appartient pas à l'apartheid.
    Interview accordée au journal Le Monde lors de son retour en Afrique du Sud (1990)
    Pendant trente et un ans, j'ai chanté pour mon pays depuis l'extérieur. Aujourd'hui je rentre, et ma musique rentre avec moi. L'Afrique du Sud n'est plus celle que j'ai quittée.
    Discours lors de la cérémonie des Grammy Lifetime Achievement Award (2002)
    La musique est l'arme des pauvres. Quand on n'a plus rien, on chante. Et parfois, ce chant change le monde.

    Lieux clés

    Township de Sophiatown, Johannesburg

    Quartier vibrant et cosmopolite de Johannesburg où Miriam Makeba grandit et fit ses premières armes musicales dans les clubs de jazz. Détruit par le régime d'apartheid en 1955, Sophiatown reste un symbole de la résistance culturelle noire.

    Nations Unies, New York

    C'est devant l'assemblée générale de l'ONU que Miriam Makeba prononça ses discours contre l'apartheid en 1964, devenant la première artiste noire à porter cette cause sur la scène diplomatique mondiale.

    Conakry, Guinée

    Ville où Miriam Makeba vécut en exil de 1968 à 1986, sous la protection du président Sékou Touré. Elle y développa ses liens avec la musique africaine francophone et représenta la Guinée à l'ONU.

    Johannesburg, Afrique du Sud

    Ville natale et lieu de son triomphal retour en 1990 après 31 ans d'exil. Makeba y fut accueillie comme une héroïne nationale lors des premières élections libres de 1994.

    Castel Volturno, Italie

    Petite ville près de Naples où Miriam Makeba s'effondra sur scène le 9 novembre 2008 lors d'un concert de solidarité, et décéda quelques heures plus tard. Un lieu devenu symbole de son dévouement jusqu'au dernier instant.

    Objets typiques

    Robe traditionnelle xhosa

    Miriam Makeba portait fièrement les tenues colorées et les coiffures de son peuple xhosa sur toutes les scènes du monde. Ces vêtements étaient pour elle un acte politique affirmant la beauté et la dignité de la culture africaine face au mépris colonial.

    Microphone de scène

    Outil central de sa vie, le microphone fut pour Miriam Makeba une arme pacifique. C'est grâce à lui qu'elle porta la voix des opprimés sud-africains dans les plus grandes salles internationales.

    Passeport révoqué

    En 1960, le gouvernement sud-africain lui retira son passeport, la condamnant Ă  l'exil. Ce document devenu inutilisable symbolise la violence administrative de l'apartheid contre ceux qui osaient parler.

    Disque vinyle de 'Pata Pata'

    Enregistré en 1967, ce 45 tours fut un succès mondial inattendu, introduisant la musique africaine dans des millions de foyers à travers le monde. Il reste son titre le plus emblématique.

    Tambour djembé

    Les rythmes traditionnels africains étaient au cœur des performances de Miriam Makeba. Elle les réintroduisait sur scène pour rappeler les racines culturelles africaines que l'apartheid cherchait à effacer.

    Correspondances diplomatiques onusiennes

    Ses lettres et discours à l'ONU entre 1964 et 1975 constituent un corpus unique mêlant art et diplomatie. Ils témoignent de son rôle d'ambassadrice informelle de la cause anti-apartheid.

    Programmes scolaires

    Vocabulaire & tags

    Vocabulaire clé

    Tags

    societechanteuractiviste

    Vie quotidienne

    Matin

    Miriam Makeba commençait ses journées tôt, souvent par des exercices vocaux et des chants traditionnels xhosa appris dans son enfance. En exil à Conakry, elle préparait le thé et lisait les journaux pour suivre les nouvelles d'Afrique du Sud, pensant constamment à son pays natal.

    Après-midi

    Ses après-midis étaient consacrés aux répétitions avec ses musiciens et à la composition. Elle accordait aussi du temps aux activités politiques : rédaction de discours, rencontres avec des militants et des diplomates africains qui faisaient étape à Conakry.

    Soir

    Les soirées étaient le temps des concerts et des performances. Dans les clubs ou sur les grandes scènes, elle chantait souvent plusieurs heures, terminant ses récitals en sueur et épuisée mais rayonnante. Après les spectacles, elle aimait partager un repas convivial avec ses musiciens.

    Alimentation

    Miriam Makeba attachait beaucoup d'importance à la cuisine africaine traditionnelle. Elle cuisinait volontiers du mealie pap (bouillie de maïs sud-africaine), des ragoûts de légumes et des plats guinéens à base de riz et de sauce d'arachide lors de son exil à Conakry.

    VĂŞtements

    Sur scène, elle portait systématiquement des tenues traditionnelles africaines : robes et pagnes xhosa aux motifs géométriques, coiffures enveloppées dans des tissus colorés. Dans la vie quotidienne, elle alternait entre tenues africaines et vêtements élégants à l'occidentale lors de ses apparitions diplomatiques.

    Habitat

    En exil, Miriam Makeba vécut dans différentes capitales africaines et occidentales. À Conakry, elle résidait dans une villa mise à sa disposition par le président Sékou Touré, entourée de compatriotes exilés et de musiciens africains. Elle décorait ses intérieurs d'œuvres d'artisanat africain pour garder un lien avec ses racines.

    Frise contextuelle

    1932Naissance de Miriam Makeba à Johannesburg, dans le township de Prospect, sous le régime de ségrégation raciale en Afrique du Sud.
    1948Instauration officielle de l'apartheid en Afrique du Sud par le Parti national afrikaner, durcissant les lois de ségrégation raciale.
    1956Miriam Makeba rejoint le groupe vocal The Manhattan Brothers, puis les Skylarks, se faisant connaître dans les clubs de jazz de Johannesburg.
    1959Elle joue dans le film musical 'Come Back, Africa' de Lionel Rogosin, documentaire clandestin dénonçant l'apartheid, présenté à la Mostra de Venise.
    1960Massacre de Sharpeville : la police sud-africaine tue 69 manifestants noirs pacifiques. Miriam Makeba témoigne à l'ONU ; l'Afrique du Sud lui retire son passeport.
    1963Elle chante à la fête d'anniversaire du président Kennedy à New York, invitée par Harry Belafonte, et devient une personnalité internationale.
    1966Miriam Makeba reçoit le Grammy Award du meilleur album de folk avec Harry Belafonte pour 'An Evening with Belafonte/Makeba'.
    1968Mariage avec Stokely Carmichael, leader des Black Panthers. Les pressions politiques aux États-Unis la poussent à s'exiler en Guinée.
    1975Elle représente la Guinée à l'ONU en tant que déléguée, combinant art et engagement diplomatique.
    1986Participation à la tournée mondiale 'Graceland' de Paul Simon, qui la remet sous les feux de la rampe internationale après des années de relatif oubli.
    1990Libération de Nelson Mandela (11 février). Miriam Makeba rentre en Afrique du Sud après 31 ans d'exil, accueillie en héroïne nationale.
    1994Premières élections multiraciales en Afrique du Sud. Nelson Mandela élu président. Makeba chante lors des célébrations de la nouvelle démocratie.
    2001L'Union africaine lui décerne le titre de 'Mère de l'Afrique', reconnaissant son rôle de symbole continental de la dignité et de la liberté.
    2008Miriam Makeba décède sur scène en Italie lors d'un concert de solidarité. Des funérailles nationales lui sont accordées en Afrique du Sud.

    Vocabulaire d'époque

    Apartheid — Mot afrikaner signifiant 'séparation'. Régime légal de ségrégation raciale en vigueur en Afrique du Sud de 1948 à 1991, qui séparait les populations selon leur race et privait les Noirs de droits fondamentaux.
    Township — Quartier urbain périphérique créé par le régime d'apartheid pour y reléguer les populations noires, métisses et indiennes loin des centres-villes réservés aux Blancs. Johannesburg comptait plusieurs townships dont Sophiatown et Soweto.
    Mbaqanga — Genre musical sud-africain né dans les townships dans les années 1950, mêlant jazz américain et musiques traditionnelles africaines. Style musical emblématique de la résistance culturelle noire sous l'apartheid.
    ANC (African National Congress) — Parti politique sud-africain fondé en 1912 pour défendre les droits des populations noires. Interdit en 1960 après le massacre de Sharpeville, il dirigea la résistance à l'apartheid jusqu'à la libération de Nelson Mandela en 1990.
    Exil politique — Situation de personnes contraintes de quitter leur pays pour fuir des persécutions politiques. Pour de nombreux opposants à l'apartheid comme Miriam Makeba, l'exil dura des décennies et signifiait l'interdiction de rentrer chez soi.
    Xhosa — Peuple d'Afrique du Sud australe dont Miriam Makeba était issue. La langue xhosa est célèbre pour ses consonnes 'clics' caractéristiques, que Makeba utilisait dans ses chants traditionnels, fascinant les audiences occidentales.
    Passe (pass book) — Document d'identité que les Noirs sud-africains étaient obligés de porter en permanence sous l'apartheid. L'absence de ce laissez-passer pouvait entraîner l'arrestation immédiate. Le massacre de Sharpeville eut lieu lors d'une manifestation contre ces lois.
    Décolonisation — Processus historique par lequel les pays africains et asiatiques accèdent à l'indépendance après des décennies de domination coloniale européenne. Dans les années 1960, la vague de décolonisation transforme le continent africain et inspire les mouvements de droits civiques dans le monde entier.
    Black Panthers — Mouvement politique américain fondé en 1966 par des Afro-Américains pour défendre les droits civiques et lutter contre la violence policière. Stokely Carmichael, que Miriam Makeba épousa en 1968, en fut l'une des figures principales.
    Marabi — Style musical sud-africain né à Johannesburg dans les années 1920, ancêtre du mbaqanga. Mêlant influences africaines et américaines, le marabi était la musique des fêtes populaires des townships, souvent joué sur des pianos dans des shebeens (bars clandestins).

    Galerie

    Miriam Makeba 2011

    Miriam Makeba 2011

    Miriam makeba 01

    Miriam makeba 01

    Miriam Makeba (1968)

    Miriam Makeba (1968)

    Miriam Makeba (1969)

    Miriam Makeba (1969)

    Miriam Makeba, Bestanddeelnr 922-1835 (cropped)

    Miriam Makeba, Bestanddeelnr 922-1835 (cropped)

    BJO (programmaboekje)

    BJO (programmaboekje)

    Attributing Creative Commons Content - A guide

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    Style visuel

    L'esthétique visuelle de Miriam Makeba allie les tissus traditionnels xhosa aux lumières de scène dorées des grands concerts internationaux, dans un contraste saisissant entre l'Afrique du Sud en noir et blanc de l'apartheid et la chaleur colorée de l'exil africain.

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    Prompt IA
    1960s South African township aesthetic meets international jazz stage, warm earthy tones of African savanna, deep indigo and gold of traditional Xhosa clothing, bold geometric patterns of African textiles, black and white documentary photography of apartheid-era Johannesburg, vintage spotlight on a powerful woman singer on stage, rich red and ochre of African soil, elegant yet defiant posture, United Nations marble hall in cool grey and white, Conakry tropical lush greens, candid press photography in high contrast black and white, 1960s jazz album cover design with warm amber tones

    Ambiance sonore

    L'univers sonore de Miriam Makeba mêle le jazz des townships sud-africains, les rythmes mbaqanga et les chants traditionnels xhosa, portés par une voix puissante qui résonnait aussi bien dans les clubs de Johannesburg que dans les salles onusiennes de New York.

    Prompt IA
    South African township jazz from the 1950s and 1960s, marabi piano rhythms, mbaqanga bass lines, women's choral harmonies in Xhosa language with click consonants, distant sounds of Johannesburg streets, African percussion with hand drums and shakers, vibrant nightclub atmosphere with glasses clinking, crowd murmurs and applause in a small smoky jazz club, outdoor African evening sounds with crickets and distant drumming, United Nations assembly hall acoustic with microphone feedback, vinyl record crackling, gospel-influenced vocal improvisations

    Source du portrait

    Wikimedia Commons