Journaliste américaine pionnière, Nellie Bly s'est illustrée par son journalisme d'investigation undercover, notamment en se faisant interner dans un asile psychiatrique pour en dénoncer les conditions. En 1889, elle réalise le tour du monde en 72 jours, battant le record fictif de Phileas Fogg.
Nellie Bly(1864 — 1922)
Nellie Bly
États-Unis
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« I said I could and I would. And I did.»
« Energy rightly applied and directed will accomplish anything.»
Faits marquants
- 1887 : s'infiltre sous couverture dans l'asile de Blackwell's Island à New York et publie 'Ten Days in a Mad-House', provoquant une réforme du système psychiatrique
- 1889-1890 : effectue le tour du monde en 72 jours, 6 heures et 11 minutes pour le New York World de Joseph Pulitzer
- Débute sa carrière au Pittsburgh Dispatch vers 1885, imposant ses sujets sur les conditions de vie des ouvrières
- 1913 : couvre la Première Guerre mondiale sur le front autrichien, l'une des rares femmes correspondantes de guerre de l'époque
- 1920 : milite activement pour le droit de vote des femmes, obtenu la même année par le 19e amendement
Œuvres & réalisations
Récit de son infiltration dans l'asile de Blackwell's Island, publié d'abord dans le New York World puis en livre. Ce chef-d'œuvre du journalisme d'investigation entraîna une réforme immédiate du système psychiatrique new-yorkais et resta une référence mondiale du genre.
Relation de son tour du monde en 72 jours accomplie seule en 1889-1890, battant le record fictif de Phileas Fogg. Le livre connut un succès phénoménal et fit de Nellie Bly une célébrité internationale.
Reportage issu de ses séjours au Mexique, où elle enquêta sur les conditions de vie des populations et la politique de Porfirio Díaz. Ce livre témoigne de son intérêt précoce pour le journalisme social à l'international.
Roman feuilleton publié dans le New York World, montrant que Nellie Bly ne se limitait pas au reportage mais expérimentait aussi la fiction populaire.
Série d'articles undercover sur les conditions de travail des femmes dans les usines et ateliers de New York. Ces textes pionniers contribuèrent aux débats sur le droit du travail et les droits des femmes.
Anecdotes
En 1887, Nellie Bly se fait passer pour folle afin d'être internée dans l'asile de Blackwell's Island à New York. Pendant dix jours, elle subit les mauvais traitements infligés aux patientes : nourriture immonde, bains glacés, violence des gardiens. Son reportage publié dans le New York World provoque un scandale national et entraîne une réforme immédiate du système psychiatrique américain.
En novembre 1889, Nellie Bly part de New York avec l'intention de faire le tour du monde en moins de 80 jours, défiant le héros fictif de Jules Verne. Elle voyage seule, avec une seule valise, en bateau, train et rickshaw. Elle boucle le trajet en 72 jours, 6 heures et 11 minutes, battant le record imaginé par Verne, qui lui envoie un télégramme de félicitations.
Durant son voyage autour du monde, Nellie Bly fait un détour par Amiens pour rencontrer Jules Verne en personne. L'écrivain, curieux et admiratif, l'accueille chez lui et suit avec passion son aventure sur une carte murale. Cette rencontre entre la journaliste réelle et le romancier de la fiction illustre à merveille la porosité entre rêve et réalité à la fin du XIXe siècle.
Avant de se lancer dans le journalisme, Nellie Bly — de son vrai nom Elizabeth Jane Cochran — envoie une lettre indignée au Pittsburgh Dispatch en réponse à un article sexiste affirmant que les femmes n'avaient leur place qu'au foyer. Le rédacteur en chef, au lieu de l'ignorer, lui propose un emploi. Elle a alors 18 ans et n'a aucune expérience professionnelle.
En 1914, à plus de 50 ans, Nellie Bly part couvrir la Première Guerre mondiale depuis le front autrichien pour le New York Evening Journal. Elle est l'une des premières femmes correspondantes de guerre de l'histoire américaine, transmettant des reportages depuis des zones de conflit alors que peu de femmes osaient s'aventurer aussi loin du cadre traditionnel assigné à leur sexe.
Sources primaires
I said to myself that I would succeed in getting committed to the insane ward at Blackwell's Island. I had little belief in my ability to deceive the doctors, and yet I determined to try.
I always have a comfortable feeling that nothing is impossible if one applies a certain amount of energy in the right direction. When I want things done, which is always at the last moment, I get them done.
I have been reading your paper for some time past and have always enjoyed it very much, but I must say that your article on 'What Girls Are Good For' is a disgrace to your paper.
The insane asylum on Blackwell's Island is a human rat-trap. It is easy to get in, but once there it is impossible to get out.
Lieux clés
C'est dans cet établissement psychiatrique sinistre que Nellie Bly fut internée de force pendant dix jours en 1887. Son reportage sur les conditions d'internement y changea durablement la politique de santé mentale américaine.
Dans ce journal fondé par Joseph Pulitzer, Nellie Bly devint l'une des premières grandes journalistes d'investigation. C'est d'ici que partirent toutes ses missions les plus célèbres.
Lors de son tour du monde, Nellie Bly fit un détour par Amiens pour rencontrer Jules Verne, dont le roman avait inspiré son défi. Cette escale symbolique réunit la fiction et la réalité.
C'est dans cette ville industrielle que Nellie Bly grandit et débuta sa carrière au Pittsburgh Dispatch. Elle y découvrit les inégalités sociales qui allaient alimenter toute son œuvre journalistique.
Étape asiatique de son tour du monde, Nellie Bly fit escale au Japon en décembre 1889. Elle y observa avec curiosité une culture radicalement différente et y acheta un singe qui l'accompagna jusqu'en Amérique.
Objets typiques

Outil indispensable de la journaliste, Nellie Bly prenait des notes en secret lors de ses infiltrations, mémorisant les détails pour les retranscrire le soir. Son écriture rapide et précise était la marque des correspondants de presse de l'ère victorienne.

Pour son tour du monde, Nellie Bly n'emporta qu'un seul petit sac de voyage, prouvant qu'une femme pouvait voyager seule et légèrement. Ce bagage minimal devint un symbole de son indépendance et de son audace.

Les paquebots à vapeur étaient le principal moyen de traverser les océans à la fin du XIXe siècle. Nellie Bly en usa abondamment lors de son tour du monde, embarquant sur des navires reliant New York, Southampton, Port Saïd, Colombo, Hong Kong et San Francisco.

Le journal de Joseph Pulitzer fut la tribune qui rendit Nellie Bly célèbre. Ses articles paraissaient en une avec de grands titres sensationnels, lus par des centaines de milliers de New-Yorkais chaque matin.

Lors de son tour du monde, chaque minute comptait : Nellie Bly consultait régulièrement sa montre pour s'assurer de respecter ses correspondances et battre le record des 80 jours. Le temps était à la fois son ennemi et son allié.
📷 CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons ↗
Nellie Bly portait des vêtements fonctionnels adaptés au voyage, rompant avec la mode encombrante de l'époque victorienne. Sa robe de voyage simple et robuste, sans corset excessif, illustrait son rapport pragmatique à la féminité.
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Vie quotidienne
Matin
Nellie Bly se levait tôt dans son appartement new-yorkais, lisait les journaux concurrents pour repérer les sujets non traités, puis se rendait à la rédaction du New York World. Elle discutait avec son rédacteur en chef des enquêtes à mener, souvent des missions d'infiltration qui exigeaient une préparation minutieuse.
Après-midi
Ses après-midis étaient consacrées à l'enquête de terrain : elle se glissait parmi les ouvrières d'usine, les immigrants des tenements, ou elle interviewait des personnalités politiques. Elle prenait des notes discrètes, parfois de mémoire quand l'usage d'un carnet aurait éveillé les soupçons.
Soir
Le soir, de retour à la rédaction ou chez elle, elle rédigeait ses articles à la lueur d'une lampe à gaz, avec un souci constant de la précision des faits et de l'impact émotionnel sur le lecteur. Elle corrigeait ses textes jusqu'à tard dans la nuit avant de les remettre aux composeurs.
Alimentation
Comme beaucoup de New-Yorkaises de la classe moyenne à la fin du XIXe siècle, Nellie Bly mangeait simplement : pain, viande froide, légumes cuits et café fort. Lors de ses voyages, elle s'adaptait aux cuisines locales, notant avec curiosité les plats japonais ou indiens rencontrés lors de son tour du monde.
Vêtements
Nellie Bly portait des robes de laine sombre à col montant, pratiques et sobres, évitant les crinolines encombrantes à la mode. Pour voyager, elle privilégiait une tenue unique et robuste qui ne la gênait pas dans ses déplacements rapides, rompant avec les conventions vestimentaires féminines de son époque.
Habitat
Elle vivait dans un appartement de location à Manhattan, dans le quartier animé de Midtown, à proximité de la rédaction du New York World. Son logement, modeste mais fonctionnel, témoignait de son statut de femme indépendante et salariée, rare pour l'époque, sans la domesticité que possédaient les familles bourgeoises.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Esthétique victorienne tardive américaine : presse illustrée en noir et sépia, rues industrielles de New York sous les becs de gaz, voyage en paquebot sur fond de vastes horizons marins.
Ambiance sonore
Ambiance sonore du New York industriel de la fin du XIXe siècle, entre le brouhaha d'une rédaction de presse et les bruits de la rue animée, ponctuée des sons d'un voyage en paquebot à vapeur.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Ten Days in a Mad-House
1887
Around the World in Seventy-Two Days
1890
Six Months in Mexico
1888
The Mystery of Central Park
1889
Reportages sur les ouvrières new-yorkaises
1887-1888






