Nestis

Nestis

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MythologieSpiritualitéAvant J.-C.Grèce antique, période présocratique (Ve siècle av. J.-C.)

Nestis est une divinité de la mythologie grecque associée à l'eau, mentionnée par le philosophe Empédocle (Ve siècle av. J.-C.) comme l'une des quatre racines fondamentales de l'univers. Parfois identifiée à Perséphone, elle personnifie l'élément aquatique dans la cosmologie empédocléenne.

Questions fréquentes

Nestis est une divinité aquatique mentionnée uniquement par le philosophe Empédocle au Ve siècle av. J.-C., dans son poème Sur la Nature. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'est pas une déesse du panthéon traditionnel comme Athéna ou Poséidon : elle représente l'eau comme l'une des quatre « racines » divines de l'univers, au même titre que Zeus (le feu), Héra (la terre) et Hadès (l'air). Ce qui rend cette figure originale, c'est qu'elle n'existe que dans le système philosophique d'Empédocle, où les éléments sont personnifiés.

Faits marquants

  • Citée par Empédocle dans son poème philosophique «De la Nature» (v. 450 av. J.-C.) comme personnification de l'eau
  • L'une des quatre «racines» (rhizomata) du monde selon Empédocle, aux côtés du feu (Zeus), de l'air (Héra) et de la terre (Hadès)
  • Associée à la Sicile, région d'origine d'Empédocle, où des cultes locaux de l'eau existaient
  • Parfois identifiée à Perséphone dans l'interprétation allégorique des dieux comme forces naturelles

Œuvres & réalisations

Empédocle, Sur la Nature (Peri Physeos) — Fragment B6 (c. 460 av. J.-C.)

Seul texte antique à mentionner Nestis par son nom. Ce fragment poétique présente les quatre racines divines de l'univers, faisant de Nestis la personnification sacrée de l'eau.

Empédocle, Les Purifications (Katharmoi) (c. 460 av. J.-C.)

Second grand poème d'Empédocle, à caractère religieux et orphique, où les divinités interviennent dans la destinée des âmes et les cycles de réincarnation, prolongeant l'univers cosmologique où Nestis prend place.

Aristote, Métaphysique (IVe s. av. J.-C.)

Discussion critique de la théorie des quatre éléments d'Empédocle. Aristote y analyse le système cosmologique dans lequel Nestis est l'une des quatre racines fondamentales de toute réalité.

Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote (VIe s. apr. J.-C.)

Source principale de transmission du fragment B6 d'Empédocle mentionnant Nestis. Sans ce commentaire byzantin, la divinité aquatique empédocléenne aurait pu être entièrement perdue.

Diels & Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker (1903 (1re éd.))

Édition critique moderne classant tous les fragments présocratiques. Le fragment B6 d'Empédocle, mentionnant Nestis, y est recensé et commenté, le rendant accessible à tous les chercheurs contemporains.

Anecdotes

Empédocle d'Agrigente, philosophe sicilien du Ve siècle av. J.-C., fut le seul auteur antique à mentionner Nestis par son nom. Dans son poème cosmologique, il la place aux côtés de Zeus (le feu), Héra (la terre) et Hadès (l'air) comme l'une des quatre « racines » de toute chose. C'est grâce à ce seul fragment poétique que Nestis est connue de nous.

Nestis est souvent identifiée à Perséphone, déesse des Enfers et de la végétation. Cette identification repose sur la mention de ses « larmes » qui « humectent les sources mortelles » dans le texte d'Empédocle, faisant écho au mythe de Perséphone pleurant lors de son enlèvement par Hadès dans les profondeurs de la terre.

Le nom « Nestis » serait d'origine sicilienne ou punique selon certains commentateurs anciens, ce qui rappelle qu'Empédocle vivait en Grande Grèce. Il aurait ainsi puisé dans des traditions religieuses locales pour nommer les forces élémentaires qui, selon lui, composent l'univers entier.

Dans le système d'Empédocle, les quatre racines — dont Nestis — ne se créent ni ne se détruisent : elles s'assemblent et se séparent sous l'effet de deux forces cosmiques opposées, l'Amour (Philia) et la Discorde (Neikos). Nestis, en tant qu'eau, est présente dans chaque être vivant, invisible mais absolument indispensable à la vie.

Le philosophe Simplicius, au VIe siècle après J.-C., cita intégralement le fragment d'Empédocle mentionnant Nestis dans son commentaire sur la Physique d'Aristote, préservant ainsi pour la postérité l'un des rares textes originaux d'Empédocle. Sans ce commentateur byzantin tardif, le nom même de Nestis aurait pu disparaître à jamais de la mémoire humaine.

Sources primaires

Empédocle, Sur la Nature (Peri Physeos) — Fragment B6 (Diels-Kranz) (Vers 460 av. J.-C.)
« Écoute d'abord les quatre racines de toutes choses : Zeus éclatant, Héra vivifiante, Hadès, et Nestis qui de ses larmes humecte les sources mortelles. »
Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote (In Phys. 158, 1) (VIe siècle apr. J.-C.)
Simplicius cite et transmet le fragment B6 d'Empédocle, précisant que Nestis représente l'élément eau parmi les quatre racines fondamentales du cosmos.
Aristote, Métaphysique (I, 4, 985a) (IVe siècle av. J.-C.)
Aristote analyse la théorie des quatre éléments d'Empédocle et leurs dénominations divines, décrivant le système cosmologique dans lequel s'inscrit la figure de Nestis.
Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres (VIII, 76) (IIIe siècle apr. J.-C.)
Diogène Laërce rapporte des éléments biographiques sur Empédocle et mentionne son œuvre cosmologique, dans laquelle des divinités servent à désigner les éléments primordiaux de l'univers.

Lieux clés

Agrigente (Akragas), Sicile

Ville natale d'Empédocle, fondée par des colons grecs au VIe siècle av. J.-C. C'est ici qu'Empédocle développa sa cosmologie et nomma Nestis comme racine aqueuse de l'univers dans ses poèmes philosophiques.

Enfers (Hadès), lieu mythique

Si Nestis est identifiée à Perséphone, les Enfers constituent son domaine partagé avec Hadès. Les rivières infernales — Styx, Léthé, Achéron — font de l'inframonde un espace aquatique chargé de sens cosmologique.

Éleusis, Grèce

Sanctuaire des Mystères éleusiniens, consacré à Déméter et Perséphone. Si Nestis est une forme de Perséphone, Éleusis est le lieu sacré central de son culte, où les initiés célébraient annuellement le cycle de la mort et de la renaissance.

Rivière Acis, Sicile orientale

Les sources et rivières mythiques de Sicile, liées à des nymphes et divinités aquatiques locales, constituent le terreau culturel dans lequel s'inscrit la figure de Nestis. L'Acis illustre ce rapport entre eau et divin propre à la Grande Grèce.

Voir aussi