Pierre Paul Rubens(1577 — 1640)

Pierre Paul Rubens

Pays-Bas espagnols

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PolitiqueArts visuelsArtistePolitiqueRenaissanceRenaissance tardive et début de l'époque baroque (fin XVIe – début XVIIe siècle), période de la Contre-Réforme catholique et des grandes monarchies européennes

Peintre flamand du XVIIe siècle, Rubens est l'un des maîtres du baroque européen. Diplomate autant qu'artiste, il travaille pour les plus grandes cours d'Europe. Son œuvre monumentale, riche en couleurs et en mouvement, influence durablement la peinture occidentale.

Questions fréquentes

Pour comprendre Rubens, il faut imaginer un artiste qui n'était pas seulement peintre mais aussi diplomate, humaniste et chef d'entreprise. Ce qui le distingue des autres peintres de son temps, c'est sa capacité à mêler la monumentalité italienne à la couleur flamande, créant un style baroque dynamique et sensuel. Il travailla pour les plus grandes cours d'Europe – France, Espagne, Angleterre – et son atelier d'Anvers fonctionnait comme une véritable manufacture. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne parfaitement l'artiste de la Contre-Réforme, mettant son génie au service de l'Église et des monarchies pour émouvoir et convaincre.

Faits marquants

  • 1577 : naissance à Siegen (Westphalie), grandit à Anvers
  • 1600-1608 : séjour en Italie, découverte de Michel-Ange, Titien et Caravage
  • 1622-1625 : réalisation du cycle de Marie de Médicis (24 tableaux, Louvre)
  • 1629-1630 : mission diplomatique en Angleterre et en Espagne pour négocier la paix
  • 1640 : mort à Anvers, laissant une œuvre de plus de 1 500 peintures

Œuvres & réalisations

L'Élévation de la Croix (1610-1611)

Triptyque commandé pour la cathédrale Notre-Dame d'Anvers, cette œuvre monumentale révèle la maîtrise de Rubens dans la représentation des corps en mouvement et la dramatisation baroque. Elle est encore visible en place aujourd'hui.

La Descente de Croix (1612-1614)

Considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de Rubens, ce triptyque peint pour la cathédrale d'Anvers illustre la maîtrise absolue de la lumière et de l'anatomie. Il fit de Rubens la référence absolue de la peinture religieuse du Nord de l'Europe.

Le Cycle de Marie de Médicis (1622-1625)

Ensemble de 24 tableaux commandés par la reine mère de France pour son palais du Luxembourg à Paris. Mêlant histoire réelle et allégorie mythologique, ce cycle est la démonstration la plus éclatante du génie narratif et décoratif de Rubens.

Les Trois Grâces (vers 1635)

Ce tableau du Prado, d'une sensualité sereine, représente les trois déesses de la beauté dans un paysage bucolique. Il illustre le style tardif de Rubens, plus intime, et la fascination du peintre pour la beauté féminine incarnée par Hélène Fourment.

Le Jardin de l'Amour (vers 1633)

Grande composition allégorique célébrant l'amour courtois et la vie heureuse, peuplée de personnages élégants dans un jardin baroque. Rubens s'y représente lui-même avec Hélène Fourment, témoignage du bonheur retrouvé après son remariage.

Allégorie de la Paix et de la Guerre (1629-1630)

Peint lors de sa mission diplomatique à Londres et offert au roi Charles Ier, ce tableau est un plaidoyer pictural pour la paix en Europe. Il illustre parfaitement le double rôle de Rubens, artiste et diplomate au service des grandes causes de son temps.

Anecdotes

Rubens était aussi diplomate que peintre : en 1629, il fut envoyé en mission secrète à Londres par la cour d'Espagne pour négocier la paix entre l'Angleterre et les Pays-Bas espagnols. Le roi Charles Ier fut tellement impressionné qu'il le fit chevalier, lui remettant lui-même son épée.

Son atelier d'Anvers fonctionnait comme une véritable manufacture : des dizaines d'apprentis et collaborateurs, dont le jeune Antoine van Dyck, y travaillaient. Rubens concevait la composition, peignait les visages et les parties nobles, laissant le reste à ses assistants — une organisation assumée et connue de ses commanditaires.

Rubens se remaria à 53 ans avec Hélène Fourment, une jeune femme de 16 ans qu'il aimait profondément. Il la représenta de nombreuses fois, notamment dans le tableau dit 'Le Petit Pelisson' où elle pose nue enveloppée d'un manteau de fourrure. À sa mort, il demanda par testament que ce tableau ne soit jamais exposé au public.

Atteint de goutte à la fin de sa vie, Rubens souffrait tellement de ses mains qu'il pouvait à peine tenir un pinceau. Pourtant, il continua à peindre et à diriger son atelier jusqu'à ses dernières années, produisant encore des œuvres d'une grande qualité picturale.

Sa bibliothèque comptait plus de mille volumes en plusieurs langues — latin, grec, italien, espagnol, français, flamand. Rubens correspondait avec les grands érudits de son temps et était considéré par ses contemporains comme un humaniste accompli autant qu'un peintre de génie.

Sources primaires

Lettres de Rubens à Pierre Dupuy (1627)
Je suis homme de paix et je déteste la guerre par-dessus tout ; je sais qu'elle ne se conclut jamais sans la ruine des deux partis. Toutefois il y a des nécessités auxquelles on ne peut résister.
Lettre de Rubens à Francis Junius sur la peinture des Anciens (1637)
Les Anciens peignaient avec une telle vérité que les oiseaux venaient becqueter les raisins peints par Zeuxis. Ce n'est pas là une fable, mais un témoignage de la parfaite imitation de la nature qu'ils avaient atteinte.
Contrat pour le cycle de la Galerie Médicis (1622)
Ledit sieur Rubens s'engage à peindre de sa propre main vingt-quatre tableaux représentant la vie et les actions glorieuses de la très haute et très illustre reine Marie de Médicis.
Testament de Pierre Paul Rubens (1640)
Je lègue à ma femme bien-aimée Hélène Fourment le tableau dit 'la petite pelisse', afin qu'il ne soit jamais vu ni montré en public, et qu'il reste entre les mains de ma famille.

Lieux clés

Maison Rubens, Anvers (Belgique)

Rubens fit construire cette somptueuse demeure entre 1610 et 1616, mêlant architecture flamande et italienne. C'est là que se trouvait son grand atelier où il travailla et forma des générations de peintres, dont Antoine van Dyck.

Palais du Luxembourg, Paris (France)

C'est pour la grande galerie de ce palais que Marie de Médicis commanda à Rubens son cycle le plus ambitieux : 24 tableaux monumentaux retraçant sa vie et son règne, aujourd'hui conservés au Louvre.

Rome, Italie

Rubens séjourna à Rome entre 1601 et 1608, étudiant les fresques de Michel-Ange et de Raphaël, les sculptures antiques et les œuvres de Caravage. Ce séjour fondateur forgea son style baroque.

Madrid, Espagne

En mission diplomatique en 1628, Rubens fut reçu à la cour de Philippe IV d'Espagne. Il y rencontra le jeune Velázquez et passa des mois à copier les Titiens du palais royal, approfondissant sa maîtrise de la couleur.

Château de Steen, Elewijt (Belgique)

Rubens acquit ce domaine rural en 1635, cherchant la tranquillité loin de la ville. C'est là qu'il peignit ses grands paysages de Flandre, genre nouveau pour lui, dans les dernières années de sa vie.

Voir aussi