Ranavalona III(1861 — 1917)

Ranavalona III

Royaume merina

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PolitiqueMonarquePolitiqueRésistant(e)XIXe siècleFin du XIXe siècle, période du « partage de l'Afrique » lors duquel les puissances européennes colonisent le continent. Madagascar est l'un des derniers royaumes africains à succomber à l'impérialisme français.

Dernière reine de Madagascar, Ranavalona III régna de 1883 à 1897 sur le royaume Merina. Malgré sa résistance diplomatique, elle ne put empêcher la colonisation française. Déposée et exilée, elle mourut à Alger en 1917, symbole de la souveraineté malgache perdue.

Questions fréquentes

Ranavalona III (1861-1917) fut la dernière reine du royaume Merina à Madagascar, régnant de 1883 à 1897. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne la résistance diplomatique face à l'impérialisme français lors du « partage de l'Afrique ». Moins une souveraine guerrière qu'une stratège de la négociation, elle tenta par tous les moyens – envoi de délégations en Europe, protestations officielles – de préserver l'indépendance de son royaume. Son importance historique tient à ce qu'elle symbolise la souveraineté malgache perdue, et son exil à Alger jusqu'à sa mort en 1917 en fait une figure de la dignité royale bafouée.

Faits marquants

  • 1883 : Elle monte sur le trône et devient la dernière reine de Madagascar
  • 1885 : Signature du traité de Tamatave, imposant un protectorat français sur Madagascar
  • 1895 : Expédition militaire française — les troupes coloniales s'emparent de la capitale Antananarivo
  • 1896 : Madagascar est officiellement annexée comme colonie française
  • 1897 : Ranavalona III est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917

Œuvres & réalisations

Résistance diplomatique à la colonisation française (1883-1895) (1883-1895)

Ranavalona III mena une politique de résistance active par la diplomatie, envoyant des délégations en Europe pour défendre la souveraineté malgache auprès des grandes puissances et de la presse internationale.

Modernisation de l'administration royale (1883-1895)

La reine soutint le développement de l'éducation, des infrastructures et de la justice moderne à Madagascar, s'appuyant sur les missionnaires protestants pour former des cadres malgaches instruits.

Mission diplomatique à Paris et Londres (1895)

Envoi d'une délégation officielle en Europe pour plaider la cause de l'indépendance malgache auprès des gouvernements français et britannique, peu avant l'invasion militaire.

Protestation officielle contre l'annexion (1896)

Document solennel adressé aux puissances européennes contestant la légalité de l'annexion française, premier acte de résistance institutionnelle à la colonisation conservé dans les archives diplomatiques.

Maintien de la dignité royale en exil (1897-1917)

Ranavalona III continua à se comporter en souveraine légitime pendant son exil, recevant des délégations malgaches et maintenant vivante l'identité nationale malgache aux yeux de son peuple.

Anecdotes

Ranavalona III monta sur le trône à seulement 22 ans en 1883, après avoir été choisie par le Premier ministre Rainilaiarivony, qui l'épousa aussitôt selon la tradition malgache. Elle devint ainsi la troisième reine consécutive à épouser ce puissant homme d'État, qui exerçait le pouvoir réel. Cette situation inédite fit d'elle à la fois une figure symbolique de la royauté et un enjeu politique majeur.

Lors de l'invasion française de 1895, Ranavalona III refusa catégoriquement de fuir Antananarivo malgré les combats qui approchaient. Elle resta dans son palais, revêtue de ses habits royaux, attendant les soldats français avec une dignité remarquable. Cette attitude impressionna les officiers français eux-mêmes, qui rapportèrent son calme souverain dans leurs mémoires.

Exilée à l'île de La Réunion en 1897 après l'annexion de Madagascar par la France, la reine fut ensuite transférée à Alger en 1899. Elle y vécut modestement mais conserva toujours sa noblesse et reçut des délégations de compatriotes malgaches qui venaient lui témoigner leur fidélité, au grand embarras des autorités coloniales françaises.

Ranavalona III mourut à Alger le 23 mai 1917, loin de sa patrie. Ses restes ne furent rapatriés à Madagascar qu'en 1938, soit vingt et un ans après sa mort, à la suite d'une longue campagne de la population malgache. Son retour posthume fut salué comme un acte de justice nationale et elle fut inhumée dans le mausolée royal de Rova d'Antananarivo.

Pendant son règne, Ranavalona III chercha à moderniser Madagascar tout en préservant son indépendance. Elle encouragea l'éducation, soutint les missions protestantes qui avaient développé l'imprimerie, et tenta de négocier directement avec les puissances européennes pour éviter la colonisation, envoyant même une délégation diplomatique à Paris et à Londres en 1895.

Sources primaires

Traité du Protectorat franco-malgache (1885)
Sa Majesté la Reine de Madagascar reconnaît et accepte le protectorat de la France. Le gouvernement français représentera Madagascar dans toutes ses relations extérieures.
Lettre de Ranavalona III au Président de la République française Félix Faure (1896)
Je proteste solennellement contre l'annexion de mon royaume. Mon peuple n'a jamais consenti à devenir sujet français et je ne puis accepter la suppression de la souveraineté malgache.
Rapport du général Duchesne sur la prise d'Antananarivo (1895)
La reine nous a reçus avec une dignité parfaite. Elle a demandé à être traitée avec les égards dus à son rang et a refusé de signer tout document portant atteinte à la souveraineté de Madagascar.
Décret d'annexion de Madagascar par la France (Août 1896)
Madagascar et ses dépendances sont déclarées territoire français. La royauté malgache est supprimée. La reine Ranavalona III sera conduite hors du territoire.

Lieux clés

Rova d'Antananarivo (Palais de la Reine)

Complexe palatial sur la colline d'Antananarivo où Ranavalona III résida et gouverna. C'est là qu'elle reçut les soldats français en 1895 et que ses restes furent inhumés en 1938.

Antananarivo

Capitale du royaume de Madagascar et cœur politique du pouvoir Merina. C'est dans cette ville que se joua le destin de la souveraineté malgache face à la colonisation française.

Saint-Denis, île de La Réunion

Premier lieu d'exil de Ranavalona III à partir de 1897. Elle y vécut deux années dans un relatif isolement avant d'être transférée en Algérie.

Alger

Ville où Ranavalona III passa les dix-huit dernières années de sa vie en exil. Elle y mourut en 1917 et y fut inhumée jusqu'au rapatriement de ses restes en 1938.

Majunga (Mahajanga)

Port du nord-ouest de Madagascar par lequel débarqua l'expédition française du général Duchesne en 1895. Ce point d'entrée colonial marqua le début de la fin de l'indépendance malgache.

Voir aussi