Saint Ambroise de Milan(339 — 397)
Ambroise de Milan
Rome antique
9 min de lecture
Évêque de Milan de 374 à 397, Ambroise est l'un des quatre Pères de l'Église latine. Figure spirituelle et politique de l'Antiquité tardive, il imposa une pénitence publique à l'empereur Théodose Ier et baptisa Augustin d'Hippone en 387.
Citations célèbres
« Ubi Petrus, ibi Ecclesia. (Là où est Pierre, là est l'Église.) »
« Non in dialectica complacuit Deo salvum facere populum suum. (Ce n'est pas par la dialectique qu'il a plu à Dieu de sauver son peuple.) »
Faits marquants
- Né vers 340 à Trèves, dans une famille de la haute aristocratie romaine
- Élu évêque de Milan en 374 par acclamation populaire alors qu'il n'était pas encore baptisé
- Baptisa Augustin d'Hippone le 24 avril 387, influençant décisivement sa conversion
- Imposa une pénitence publique à l'empereur Théodose Ier après le massacre de Thessalonique (390), affirmant l'autorité morale de l'Église sur le pouvoir politique
- Proclamé Docteur de l'Église ; fête le 7 décembre, date de sa consécration épiscopale
Œuvres & réalisations
Ambroise est considéré comme l'inventeur de l'hymnodie latine rythmique. Il composa des hymnes chantés en alternance par deux chœurs (antiphonie) pour soutenir le moral de ses fidèles lors du siège des basiliques par Justine ; certains sont encore chantés dans la liturgie catholique.
Traité en cinq livres adressé à l'empereur Théodose pour le guider vers l'orthodoxie nicéenne contre l'arianisme. Ouvrage doctrinal majeur qui contribua à convaincre l'empereur de proclamer l'Édit de Thessalonique en 380.
Traité d'éthique chrétienne directement inspiré du De Officiis de Cicéron, adapté aux devoirs du clergé. Première grande œuvre d'éthique systématique chrétienne en latin, elle influença la pensée morale médiévale pendant des siècles.
Traité théologique affirmant la divinité du Saint-Esprit, complétant sa défense du dogme trinitaire contre l'arianisme. Rédigé peu après le Concile de Constantinople (381) qui avait officiellement défini la doctrine.
Catéchèse mystagogique destinée aux néophytes fraîchement baptisés, expliquant le sens symbolique des sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie. Document précieux pour comprendre la liturgie chrétienne du IVe siècle.
Corpus de quatre-vingt-dix-huit lettres adressées à empereurs, évêques, fidèles et sœur Marcelline, couvrant théologie, politique et pastorale. Source historique irremplaçable sur la vie politique et religieuse de la fin du IVe siècle.
Anecdotes
En 374, Ambroise n'était encore que gouverneur de la province de Ligurie-Émilie, non baptisé, quand il se rendit à la basilique de Milan pour calmer la foule assemblée pour élire un évêque. La foule se mit soudain à crier : « Ambroise, évêque ! » Stupéfait, il tenta de fuir la ville à plusieurs reprises, mais fut chaque fois ramené. Contraint d'accepter, il reçut le baptême, puis toutes les ordinations en huit jours, passant de simple laïc à évêque.
En 390, l'empereur Théodose Ier fit massacrer plusieurs milliers d'habitants de Thessalonique en représailles d'une émeute. Ambroise lui écrivit une lettre ferme : un chrétien coupable de massacres ne pouvait communier. Il refusa l'entrée de la basilique à l'empereur lui-même. Théodose, l'homme le plus puissant du monde, se soumit et accomplit une pénitence publique de plusieurs mois — un acte sans précédent dans l'histoire de l'Église face au pouvoir impérial.
Au printemps 387, dans le baptistère de la cathédrale de Milan, Ambroise baptisa un professeur de rhétorique venu d'Afrique du Nord nommé Augustin. Ce moment allait changer le cours de l'histoire : Augustin d'Hippone deviendrait l'un des plus grands théologiens chrétiens, et il consacra plusieurs pages de ses Confessions à décrire l'impression que lui fit Ambroise, lisant en silence — habitude rarissime à l'époque — sans se laisser déranger par personne.
Vers 385-386, l'impératrice Justine, régente de l'Empire d'Occident et partisane de l'arianisme, réclama plusieurs basiliques de Milan pour les Ariens. Ambroise refusa catégoriquement et s'enferma avec ses fidèles dans la basilique assiégée par des soldats impériaux. Pendant des jours et des nuits, il composa des hymnes que la foule chantait en chœur pour maintenir le moral. L'impératrice finit par renoncer : la résistance pacifique d'Ambroise, par le chant et la prière, avait tenu tête à l'armée.
La tradition hagiographique rapporte que, bébé couché dans son berceau dans le jardin familial à Trèves, un essaim d'abeilles vint se poser sur ses lèvres sans le piquer, puis s'envola vers le ciel. Son père, effrayé, aurait dit : 'Si cet enfant vit, il accomplira quelque chose de grand.' Les abeilles et la ruche sont depuis lors les attributs iconographiques d'Ambroise, symboles de son éloquence dorée et de sa capacité à rassembler les fidèles comme une reine rassemble son essaim.
Sources primaires
« Je vous écris ce que je dois écrire à un empereur… Un homme qui a tué tant d'innocents doit faire pénitence. Ne recevez pas le sacrifice de vos mains ; n'approchez pas de l'autel avant d'avoir déposé votre pourpre. »
« Ce qui est honnête est utile, et ce qui est utile est honnête ; car Dieu n'a pas voulu que ces deux choses fussent séparées chez les serviteurs de l'Église. »
« Créateur éternel des êtres, qui gouvernes la nuit et le jour, qui accordes les temps à des règles variées pour soulager la fatigue… »
« Lorsqu'il fut couché dans son berceau, un essaim d'abeilles vola sur son visage et sur sa bouche. Cela présageait, disait-on, l'éloquence divine qui coulerait de ses lèvres. »
« Quand il lisait, ses yeux parcouraient les pages et son cœur en sondait le sens, mais sa voix et sa langue se reposaient. Souvent, quand nous étions présents, nous le voyions lire ainsi en silence, car il ne lisait jamais à voix haute. »
Lieux clés
Ville natale d'Ambroise, vers 339, alors résidence fréquente des empereurs romains d'Occident et siège de la préfecture du prétoire des Gaules dirigée par son père.
Ville où Ambroise fut gouverneur, puis évêque de 374 à 397. Capitale impériale de facto de l'Occident romain, elle fut le théâtre de ses confrontations avec Justine et Théodose, et le lieu où il baptisa Augustin.
Basilique construite par Ambroise lui-même à partir de 379, initialement appelée Basilica Martyrum. Il y fit déposer les reliques des martyrs Gervais et Protais et y fut inhumé en 397 ; elle est encore aujourd'hui un lieu de pèlerinage.
Ville où Ambroise reçut sa formation rhétorique et juridique après la mort de son père, dans la grande tradition de l'aristocratie romaine, avant d'entrer dans l'administration impériale.
Bien qu'Ambroise ne s'y soit pas rendu, le massacre ordonné par Théodose en 390 dans cette ville fut le déclencheur de la plus célèbre confrontation de sa carrière, qui redéfinit les rapports entre le pouvoir impérial et l'autorité ecclésiastique.
