Saint Philippe (apôtre)

Philippe de Bethsaïde

9 min de lecture

SpiritualitéAntiquitéPremier siècle de l'ère chrétienne, dans le contexte du judaïsme du Second Temple et des débuts du christianisme sous l'Empire romain

L'un des douze apôtres de Jésus, originaire de Bethsaïde en Galilée. Il fut parmi les premiers appelés et joua un rôle de médiateur entre Jésus et des Grecs venus le rencontrer. La tradition le dit martyr à Hiérapolis en Phrygie.

Questions fréquentes

Philippe de Bethsaïde est l'un des douze apôtres de Jésus, originaire de la même ville que Pierre et André, sur les rives du lac de Tibériade. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'est pas seulement un disciple passif : il est le premier à agir comme missionnaire en allant chercher son ami Nathanaël pour le présenter à Jésus, avec cette formule devenue célèbre : « Viens et vois. » Dans l'Évangile de Jean, il joue aussi un rôle de médiateur entre Jésus et des pèlerins grecs, ce qui montre son importance comme pont entre le monde juif et le monde hellénistique. Moins connu que Pierre ou Jean, il n'en est pas moins un acteur clé des premiers temps de l'Église.

Citations célèbres

« Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. (Jean 14,8) »
« Nous avons trouvé celui dont Moïse a écrit dans la Loi, et qu'ont annoncé les prophètes : c'est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth. (Jean 1,45) »

Faits marquants

  • Originaire de Bethsaïde (Galilée), même ville que Pierre et André — mentionné en Jean 1,44
  • Appelé directement par Jésus parmi les premiers apôtres (Jean 1,43)
  • Présent lors de la multiplication des pains ; interrogé par Jésus sur la manière de nourrir la foule (Jean 6,5-7)
  • Sert d'intermédiaire entre des pèlerins grecs et Jésus lors de l'entrée à Jérusalem (Jean 12,21-22)
  • Selon la tradition, évangélise la Phrygie (Asie Mineure) et meurt martyr à Hiérapolis, fêté le 3 mai

Œuvres & réalisations

Appel de Nathanaël (Barthélemy) (vers 27-28 apr. J.-C.)

Premier acte apostolique de Philippe rapporté dans les Évangiles : il convainc son ami Nathanaël de « venir et voir » Jésus, devenant ainsi lui-même un premier missionnaire actif, avant même que le groupe des Douze ne soit constitué.

Médiation avec les pèlerins grecs à Jérusalem (vers 30 apr. J.-C.)

Philippe sert d'intermédiaire entre des Grecs venus pour la Pâque et Jésus (Jean 12, 20-22), illustrant sa fonction symbolique de pont entre le monde hellénistique et la communauté judéo-chrétienne — rôle facilité par son prénom grec.

Mission apostolique en Phrygie (vers 50-80 apr. J.-C.)

Selon les Actes apocryphes de Philippe et la tradition ecclésiastique, Philippe aurait évangélisé plusieurs décennies en Asie Mineure, fondant des communautés chrétiennes à Hiérapolis et dans ses environs avant son martyre.

Évangile de Philippe (texte gnostique de Nag Hammadi) (IIe-IIIe siècle apr. J.-C.)

Texte gnostique découvert en Égypte en 1945, attribué à Philippe de façon pseudépigraphique. Ce document révèle l'importance symbolique de l'apôtre dans certains courants chrétiens marginaux des premiers siècles, notamment autour des sacrements.

Actes de Philippe (texte apocryphe) (IVe siècle apr. J.-C.)

Long récit apocryphe décrivant les miracles, voyages et martyre de Philippe en Phrygie. Bien que non canonique, ce texte a fortement influencé la dévotion populaire et l'iconographie de l'apôtre au Moyen Âge occidental et oriental.

Anecdotes

Selon l'Évangile de Jean (1, 43-46), Philippe est l'un des premiers disciples appelés directement par Jésus qui lui dit simplement : « Suis-moi. » Immédiatement convaincu, Philippe court chercher son ami Nathanaël et lui annonce qu'ils ont trouvé le Messie prédit par Moïse. Quand Nathanaël ironise — « De Nazareth, peut-il venir quelque chose de bon ? » — Philippe répond par une formule devenue célèbre dans la tradition chrétienne : « Viens et vois. »

Lors de la multiplication des pains (Jean 6, 5-7), Jésus teste Philippe en lui demandant comment nourrir la foule immense. Philippe, pragmatique, calcule aussitôt : deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu. Cet épisode révèle un esprit ancré dans la réalité matérielle, caractéristique de cet apôtre souvent présenté comme direct et concret, contrastant avec la réponse miraculeuse qui suit.

À Jérusalem, des pèlerins grecs venus pour la fête de Pâque approchent Philippe et lui demandent : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Ce détail (Jean 12, 20-22) est remarquable : Philippe, qui porte un prénom grec, sert de pont entre le monde hellénistique et la communauté judéo-chrétienne. Il consulte d'abord André avant d'aller en informer Jésus ensemble — signe d'un tempérament prudent qui préfère agir à deux.

Lors du dernier repas de Jésus avec ses disciples, Philippe lui lance cette demande audacieuse : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » Jésus lui répond avec étonnement : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Celui qui m'a vu a vu le Père. » (Jean 14, 8-9). Cette scène, philosophiquement profonde, a nourri des siècles de théologie chrétienne sur la nature divine et l'incarnation.

La tradition ancienne, rapportée par Eusèbe de Césarée au IVe siècle, situe la mort de Philippe à Hiérapolis en Phrygie (actuelle Turquie), où il aurait évangélisé de nombreuses années. Des fouilles archéologiques menées au XXe siècle par des chercheurs italiens ont mis au jour une vaste structure en forme de croix identifiée comme le martyrion de Philippe, construit au Ve siècle en son honneur sur le lieu supposé de son supplice.

Sources primaires

Évangile selon Jean — vocation de Philippe et appel de Nathanaël (vers 90-100 apr. J.-C.)
Le lendemain, Jésus voulut partir pour la Galilée. Il rencontre Philippe et lui dit : « Suis-moi. » Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre. Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, et aussi les prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. »
Évangile selon Jean — dialogue avec Jésus lors de la Cène (Jean 14, 8-9) (vers 90-100 apr. J.-C.)
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » Jésus lui dit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe ? Qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ? »
Actes des Apôtres (1, 13) — liste des Douze au Cénacle (vers 80-90 apr. J.-C.)
Ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée, Simon le Zélote et Judas fils de Jacques.
Eusèbe de Césarée — Histoire ecclésiastique (III, 31) (vers 313 apr. J.-C.)
Philippe, l'un des douze apôtres, s'endormit à Hiérapolis en Phrygie avec ses deux filles qui avaient vieilli dans la virginité ; une troisième fille, qui avait vécu dans le Saint-Esprit, fut enterrée à Éphèse.
Actes de Philippe (texte apocryphe) (IVe siècle apr. J.-C.)
Philippe reçut en partage la Scythie et la Phrygie pour prêcher l'Évangile. Il y accomplit de nombreux prodiges, convertit des foules, avant d'être mis à mort par les autorités de la ville d'Hiérapolis, crucifié la tête en bas selon certaines versions.

Lieux clés

Bethsaïde, Galilée

Ville natale de Philippe, mentionnée explicitement dans l'Évangile de Jean. Cité de pêcheurs sur les rives du lac de Tibériade, elle était aussi le berceau des apôtres Pierre et André.

Jérusalem

Lieu des événements fondateurs : la Cène, la crucifixion, la Pentecôte. Philippe y fut présent lors de la formation de la première communauté chrétienne rassemblée au Cénacle après la résurrection.

Hiérapolis de Phrygie (Pamukkale, Turquie)

Cité thermale d'Asie Mineure où Philippe aurait exercé son ministère des décennies durant avant d'y trouver la mort. Un vaste martyrion du Ve siècle y a été fouillé par des archéologues italiens de l'université du Salento.

Basilique des Saints-Apôtres, Rome

Selon la tradition, les reliques de Philippe (et de Jacques le Mineur) y auraient été transférées au VIe siècle par le pape Pélage Ier. La basilique, reconstruite à la Renaissance, demeure un lieu de vénération des deux apôtres.

Lac de Tibériade (mer de Galilée)

Plan d'eau autour duquel se déroulent de nombreux épisodes évangéliques, dont plusieurs impliquant Philippe. Cœur géographique du ministère galiléen de Jésus, il représente le milieu culturel et social où grandit Philippe.

Voir aussi