Setsuko Hara(1920 — 2015)
Setsuko Hara
Japon, empire du Japon
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Actrice japonaise considérée comme l'une des plus grandes du cinéma nippon, elle est indissociable des films d'Yasujirō Ozu. Son sourire lumineux et sa présence sobre lui valurent le surnom de « Déesse éternelle ». Elle se retira mystérieusement du cinéma en 1963.
Faits marquants
- Née Masae Aida le 17 juin 1920 à Yokohama, elle prend le pseudonyme Setsuko Hara dès ses débuts.
- Révélée par Akira Kurosawa dans No Regrets for Our Youth (1946), elle incarne des figures féminines fortes dans le Japon d'après-guerre.
- Sa collaboration avec Yasujirō Ozu culmine avec Voyage à Tokyo (Tokyo Story, 1953), chef-d'œuvre du cinéma mondial.
- En 1963, à l'apogée de sa gloire, elle se retire définitivement de la scène publique sans explication, vivant recluse jusqu'à sa mort.
- Décédée le 5 septembre 2015, sa mort n'est annoncée publiquement que trois mois après.
Œuvres & réalisations
Réalisé par Akira Kurosawa, ce film marque le début de la notoriété internationale de Setsuko Hara. Elle y incarne une jeune femme qui choisit ses convictions contre le militarisme, dans un Japon encore meurtri par la guerre.
Premier volet de la 'trilogie Noriko' réalisée par Ozu. Setsuko Hara y joue une fille qui repousse le mariage pour rester auprès de son père vieillissant, explorant avec une sobriété bouleversante le sacrifice et l'amour filial.
Second volet de la trilogie Noriko, dans lequel Setsuko Hara incarne une jeune femme moderne qui décide de son propre mariage contre l'avis de sa famille, portrait délicat des mutations de la société japonaise d'après-guerre.
Chef-d'œuvre absolu d'Ozu et l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma. Setsuko Hara y interprète une belle-fille attentionnée qui accueille ses beaux-parents vieillissants avec une générosité simple et émouvante.
L'un des films les plus sombres d'Ozu, dans lequel Setsuko Hara joue un rôle inhabituel de femme profondément blessée par la vie. Ce film rupturel démontre l'étendue de sa palette bien au-delà de son sourire emblématique.
Dernier grand rôle de Setsuko Hara avec Ozu. Elle y incarne une mère veuve qui cherche à marier sa fille, inversant habilement la situation de 'Printemps tardif' tourné onze ans plus tôt — boucle mélancolique sur la vie qui passe.
Anecdotes
Setsuko Hara est née Masae Aida le 17 novembre 1920 à Yokohama. Elle adopta son nom de scène dès ses débuts au cinéma en 1935, à l'âge de quinze ans à peine, sous l'impulsion des studios Nikkatsu qui lui trouvèrent un visage idéal pour le grand écran. Elle devint rapidement l'une des figures les plus populaires du cinéma japonais.
En 1946, un an après la défaite du Japon, Akira Kurosawa lui confia le rôle principal de 'Je ne regrette rien de ma jeunesse' (Waga Seishun ni Kuinashi). Ce film courageux, qui critiquait le militarisme japonais alors que les plaies de la guerre étaient encore fraîches, fit de Setsuko Hara un symbole de la jeune femme moderne et indépendante dans le Japon de l'après-guerre.
Le réalisateur Yasujirō Ozu la dirigea dans six films entre 1949 et 1960. Pour incarner le personnage de Noriko dans 'Printemps tardif' (1949), 'Début d'été' (1951) et 'Voyage à Tokyo' (1953), Setsuko Hara développa une façon de sourire en toutes circonstances — même dans la tristesse — qui bouleversa les spectateurs et lui valut le surnom de 'Déesse éternelle' (Eien no Shojo).
En 1963, au sommet de sa gloire, Setsuko Hara annonça sa retraite du cinéma sans explication publique. Elle s'installa dans la ville de Kamakura et refusa pendant plus de cinquante ans toute interview, toute apparition publique et tout contact avec la presse. Sa mort, survenue le 5 septembre 2015, ne fut officiellement annoncée que le 25 novembre 2015, deux mois et demi plus tard.
Quand 'Voyage à Tokyo' d'Ozu figura dans les palmarès de critiques internationaux parmi les plus grands films de l'histoire du cinéma, Setsuko Hara était déjà retirée depuis des décennies. Elle n'assista à aucune des cérémonies organisées en son honneur et ne s'exprima jamais sur l'héritage mondial de son œuvre, laissant ses personnages parler à sa place.
Sources primaires
Hara-san n'a pas besoin qu'on lui explique longuement ce qu'on cherche. Elle comprend instinctivement. Il suffit de lui indiquer la direction et elle trouve elle-même le chemin juste.
Setsuko Hara incarne Noriko avec une sobriété et une chaleur humaine qui transcendent le simple jeu d'actrice. Sa présence donne au film sa dimension morale et émotionnelle.
Setsuko Hara représentait pour Ozu l'idéal féminin japonais en transition : à la fois fidèle aux valeurs traditionnelles et ouverte à la modernité. Leur collaboration fut unique dans l'histoire du cinéma japonais.
Dans 'Printemps tardif', Hara possède cette rare qualité : elle semble vivre son personnage plutôt que le jouer. Chaque geste, chaque silence porte une vérité qui n'appartient qu'à elle.
Lieux clés
Ville portuaire où Setsuko Hara est née le 17 novembre 1920. Yokohama était alors la grande métropole japonaise la plus ouverte sur l'Occident, ce qui influença le cosmopolitisme culturel du cinéma japonais de l'époque.
Principal lieu de travail de Setsuko Hara tout au long de sa carrière. C'est dans ces studios que furent tournés la majorité de ses films avec Ozu, dans une atmosphère de travail rigoureuse et concentrée.
Ville côtière de temples et de jardins où Setsuko Hara s'installa après sa retraite en 1963 et où elle vécut dans un isolement volontaire total jusqu'à sa mort en 2015. Kamakura fut le cadre de son long et mystérieux silence.
Haut lieu de la vie culturelle et des avant-premières cinématographiques du Japon des années 1940-1960, où Setsuko Hara assista aux projections de ses films et aux événements de promotion durant sa carrière active.
