Shōshi(988 — 1074)
Shōshi
Japon
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Impératrice consort de l'empereur Ichijō et fille du régent Fujiwara no Michinaga, Shōshi fut l'une des femmes les plus influentes du Japon de l'époque Heian. Sa cour était un foyer intellectuel et artistique de premier plan, accueillant notamment l'autrice Murasaki Shikibu.
Faits marquants
- Née vers 988, fille de Fujiwara no Michinaga, le régent le plus puissant du Japon Heian
- Devenue impératrice consort (chūgū) de l'empereur Ichijō en 999
- Sa cour accueillit Murasaki Shikibu, autrice du Dit du Genji (vers 1008)
- Mère de deux empereurs : Go-Ichijō et Go-Sūjaku
- Décédée en 1074, après une longue vie marquant l'apogée du clan Fujiwara
Œuvres & réalisations
C'est sous le patronage de Shōshi que Murasaki Shikibu rédigea le Genji Monogatari, considéré comme le premier roman psychologique de l'histoire mondiale. L'impératrice aurait elle-même demandé à Murasaki de continuer à écrire pour enrichir sa cour et rivaliser avec celle de l'impératrice Teishi.
Shōshi réunit autour d'elle les plus grandes lettrées de son temps : Murasaki Shikibu, Izumi Shikibu et d'autres dames de compagnie dont les écrits ont traversé les siècles. Cette cour constitua le foyer de la littérature japonaise classique et le modèle de référence pour les cours aristocratiques ultérieures.
Shōshi donna naissance au futur empereur Go-Ichijō (1008) et au futur empereur Go-Suzaku (1009), assurant la continuité dynastique dans un contexte de domination absolue des Fujiwara. En tant que mère impériale, elle supervisa leur formation aux rites, à la poésie et aux arts de cour.
Après le décès de l'empereur Ichijō, Shōshi exerça une influence politique considérable en qualité de mère des deux empereurs successifs. Son autorité morale compensait la prise de pouvoir formelle par son père puis ses frères, faisant d'elle une figure de médiation essentielle dans les intrigues de cour.
Après avoir pris les ordres bouddhistes, Shōshi reçut le titre honorifique de Jōtōmon'in et devint une figure de piété vénérée. Elle finança des cérémonies religieuses, soutint des temples et incarna le modèle de la grande dame aristocratique qui, après le monde, se consacre à l'au-delà — thème récurrent de la littérature Heian.
Anecdotes
Shōshi entra au palais impérial à l'âge de onze ans, envoyée par son père le tout-puissant régent Fujiwara no Michinaga pour devenir consort de l'empereur Ichijō. La cour comptait déjà une autre impératrice, Teishi, favorite du monarque — la cohabitation des deux cours rivales créa une émulation littéraire et artistique exceptionnelle dans l'histoire du Japon.
C'est dans la cour de Shōshi que Murasaki Shikibu rédigea le Genji Monogatari, considéré comme le premier roman de l'histoire mondiale. La dame de compagnie y tenait un journal intime — le Murasaki Shikibu Nikki — décrivant avec précision les cérémonies, les jeux poétiques et les rivalités qui animaient les appartements de l'impératrice.
En 1008, lors de la naissance du futur empereur Go-Ichijō, son père Michinaga composa l'un des poèmes japonais les plus célèbres de l'histoire : 'Ce monde est bien le mien, comme la pleine lune, sans que rien n'y manque'. L'arrivée d'un héritier mâle portant le sang des Fujiwara consolidait en effet la domination absolue de la famille sur le trône.
Shōshi vécut quatre-vingt-six ans — une longévité exceptionnelle pour l'époque — et survécut à son époux, à son père tout-puissant et à ses deux fils devenus empereurs. Après avoir pris les ordres bouddhistes sous le nom de Jōtōmon'in, elle demeura une figure vénérée de la cour pendant des décennies, témoin vivant de l'apogée puis du déclin de la splendeur Fujiwara.
La cour de Shōshi pratiquait les concours de poésie waka avec une intensité presque sportive. Les dames de compagnie devaient composer des vers en quelques instants, répondre à une strophe improvisée par un noble ou faire allusion à un poème classique du Man'yōshū. Cette maîtrise de la langue était une marque de distinction sociale autant qu'une activité artistique.
Sources primaires
Sa Majesté portait une robe de dessus couleur cerise et des robes intérieures d'un blanc immaculé. Ses cheveux, magnifiquement disposés, s'étiraient de part et d'autre de son visage avec une grâce accomplie.
Le ministre de gauche [Michinaga] fit entrer la princesse au palais, et l'empereur la reçut en grande pompe. Les dames de cour rivalisaient de beauté et d'élégance, et les cérémonies se succédaient sans interruption.
Le troisième jour du huitième mois, l'impératrice a donné naissance à un prince en bonne santé. La joie au palais est indescriptible ; des prières furent dites dans tous les grands temples de la capitale.
Michinaga fit en sorte que ses filles occupent les places les plus élevées auprès des empereurs. Par ce moyen, il gouverna l'empire avec une autorité que nul autre régent n'avait possédée avant lui.
Parmi les dames que l'ancien empereur avait aimées, il en était une qui, sans être de rang très élevé, jouissait d'une faveur particulière qui excitait la jalousie de ses rivales.
Lieux clés
Résidence officielle de l'empereur et cœur du pouvoir, Shōshi y passa l'essentiel de sa vie d'impératrice consort. C'est dans ses appartements que Murasaki Shikibu écrivit et fit lire le Genji Monogatari à la cour.
Demeure familiale de la lignée Fujiwara dans la capitale, où Shōshi passa son enfance avant d'être introduite à la cour impériale. Les grandes cérémonies familiales, notamment la naissance de ses fils, s'y tinrent en partie.
Temple bouddhiste fondé par Fujiwara no Michinaga en 1020 pour manifester sa piété et sa puissance, il était surnommé 'la demeure sans égale'. Shōshi y participa aux cérémonies d'inauguration grandioses décrites dans l'Eiga Monogatari.
La capitale impériale fondée en 794 fut le cadre exclusif de la vie de Shōshi ; aristocrate de haut rang, elle n'en sortit pour ainsi dire jamais. C'est dans cet espace urbain soigneusement hiérarchisé que s'épanouit la civilisation Heian dont elle fut l'une des figures centrales.
Les Fujiwara possédaient une villa dans cette ville au bord de la rivière Uji, au sud de Kyoto ; les derniers chapitres du Genji Monogatari — les 'Chapitres d'Uji' — se déroulent précisément dans ce cadre que Murasaki Shikibu connaissait de la cour de Shōshi.
