Sofia Kovalevskaya(1850 — 1891)

Sofia Kovalevskaïa

Suède, Empire russe

8 min de lecture

SciencesMathématicien(ne)ScientifiqueÉcrivain(e)XIXe siècleLe XIXe siècle est marqué par l'essor des sciences et des universités, mais les femmes en sont largement exclues. Dans un contexte de montée du féminisme et de révolution industrielle, quelques pionnières brisent les interdits académiques.

Sofia Kovalevskaïa (1850-1891) est la première femme à obtenir un doctorat en mathématiques en Europe et la première professeure de mathématiques dans une université moderne. Pionnière dans l'analyse et la mécanique, elle a brisé les barrières du monde académique masculin pour s'imposer comme une mathématicienne de premier plan.

Questions fréquentes

Sofia Kovalevskaya (1850-1891) est la première femme en Europe à obtenir un doctorat en mathématiques et la première à devenir professeure dans une université moderne. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a ouvert la voie aux femmes dans les sciences en surmontant des obstacles légaux et sociaux. Née à Moscou dans une famille aristocratique, elle a dû contracter un mariage blanc pour pouvoir étudier à l'étranger, car les universités russes lui étaient fermées. Son œuvre majeure, le mémoire Sur le mouvement d'un corps solide autour d'un point fixe, lui a valu le prix Bordin de l'Académie des sciences de Paris en 1888, une récompense exceptionnelle portée à 5 000 francs.

Citations célèbres

« Il est impossible d'être mathématicien sans avoir l'âme d'un poète. »
« Beaucoup de choses qui paraissent impossibles jusqu'à ce qu'elles soient accomplies. »

Faits marquants

  • 1874 : obtient son doctorat en mathématiques à l'université de Göttingen, première femme en Europe à décrocher ce titre
  • 1883 : nommée professeure à l'université de Stockholm, première femme à occuper un tel poste en Europe moderne
  • 1888 : remporte le prestigieux Prix Bordin de l'Académie des sciences de Paris pour ses travaux sur la rotation des corps rigides
  • Ses recherches portent notamment sur les équations aux dérivées partielles et la théorie des anneaux de Saturne
  • 1891 : meurt à 41 ans d'une pneumonie, laissant une œuvre mathématique et littéraire majeure

Œuvres & réalisations

Théorie de la rotation d'un corps solide autour d'un point fixe (1888)

Mémoire mathématique fondamental sur la mécanique classique qui résout le problème complexe de la rotation des corps solides. Cette œuvre lui permet de remporter le prix Bordin de l'Académie des sciences de Paris.

Recherches sur la structure des anneaux de Saturne (1883)

Étude mathématique innovante sur la stabilité des anneaux de Saturne utilisant la théorie des équations différentielles. Ce travail démontre l'application concrète des mathématiques à l'astronomie.

Sur les fonctions d'une variable complexe (1874)

Contribution majeure à l'analyse mathématique portant sur les fonctions de variables complexes, travail de sa thèse de doctorat reconnu pour sa rigueur et son innovation.

Mémoire sur la réfraction de la lumière (1883)

Étude mathématique sur les phénomènes de réfraction lumineuse qui applique les équations différentielles partielles à l'optique physique.

Introduction aux mathématiques à l'Université de Stockholm (1884-1889)

Carrière d'enseignante à l'Université royale de Stockholm où elle devient professeure de mathématiques, première femme professeure en Scandinavie et une des premières en Europe.

La jeune fille d'une scientifique (roman) (1892)

Œuvre littéraire autobiographique publiée après sa mort qui explore les défis et les passions d'une femme scientifique au 19e siècle.

Anecdotes

Enfant, Sofia Kovalevskaya n'avait pas les moyens d'acheter des manuels de mathématiques. Son oncle avait tapissé sa chambre avec des feuilles du cours de calcul différentiel de Mikhail Ostrogradsky. Elle passait des heures à déchiffrer ces formules mystérieuses sur les murs, développant une fascination intuitive pour les mathématiques avant même d'en connaître les bases.

Pour pouvoir étudier à l'étranger — interdit aux femmes seules en Russie au XIXe siècle — Sofia contracta un mariage blanc avec le paléontologue Vladimir Kovalevsky en 1868. Ce stratagème légal lui permit d'obtenir un passeport et de partir étudier en Allemagne, à Heidelberg puis à Berlin, où elle prit des cours privés avec le grand mathématicien Karl Weierstrass.

Karl Weierstrass, sceptique, soumit à Sofia une série de problèmes extrêmement difficiles qu'il jugeait insurmontables pour une débutante. Elle lui rapporta des solutions originales et élégantes le lendemain. Subjugué, il devint son mentor pendant quatre ans et déclara plus tard qu'elle était l'élève la plus douée qu'il ait jamais eue.

En 1888, Sofia Kovalevskaya remporta le prestigieux Prix Bordin de l'Académie des sciences de Paris pour son mémoire sur la rotation d'un corps solide autour d'un point fixe. La récompense habituelle était de 3 000 francs, mais le jury, impressionné par la qualité exceptionnelle de son travail, décida de porter la somme à 5 000 francs. C'était la première fois qu'une femme recevait cette distinction.

Sofia Kovalevskaya était aussi écrivaine et dramaturge. Elle rédigea des nouvelles, une pièce de théâtre et des mémoires autobiographiques intitulés 'Souvenirs d'enfance'. Son amie Dostoïevski — qu'elle avait rencontré adolescente — disait qu'elle aurait pu être aussi grande romancière que mathématicienne. Elle incarnait l'idéal du XIXe siècle romantique : la femme de science et de lettres.

Sources primaires

A Russian Childhood (1890)
My father used to say that he never gave me any formal instruction in mathematics, but he often puzzled his head to invent problems and arithmetical tricks to keep me amused. I remember that I was not more than four or five years old when he showed me the wall of my room which had been covered with the manuscript pages of logarithmic tables.
On the Rotation of a Solid Body about a Fixed Point (1888)
The problem of the rotation of a solid body about a fixed point is one of the most important in mechanics, and its complete solution presents considerable difficulties.
Correspondence with Weierstrass (Selected Letters) (1871-1891)
I thank you most cordially for your kind letter. Your words have encouraged me greatly and given me new courage to continue my mathematical work.
The Struggle for Existence (1889)
I have always been convinced that a woman can do anything which a man can do, and this conviction, which arose in me during my childhood, has sustained me throughout my life.

Lieux clés

Moscou, Russie

Lieu de naissance de Sofia Kovalevskaïa en 1850. Elle y a grandi dans une famille aristocratique et a reçu son éducation initiale avant de poursuivre ses études en mathématiques.

Saint-Pétersbourg, Russie

Capitale russe où Sofia a étudié et développé ses premières passions scientifiques. Elle y a acquis les connaissances qui lui ont permis de poursuivre une carrière académique.

Université de Göttingen, Allemagne

Institution prestigieuse où Sofia a étudié les mathématiques avec le mathématicien Karl Weierstrass. Elle y a effectué des recherches fondamentales en analyse mathématique.

Stockholm, Suède

Lieu où Sofia a obtenu un poste de professeure à l'Université de Stockholm en 1889. Elle y a enseigné les mathématiques et poursuivi ses travaux scientifiques jusqu'à sa mort en 1891.

Berlin, Allemagne

Ville importante dans la vie académique de Sofia où elle a étudié et établi des contacts avec d'éminents mathématiciens européens au 19e siècle.

Paris, France

Centre intellectuel européen où Sofia a également mené des recherches et entretenu des relations avec la communauté scientifique française. Elle y a présenté ses travaux mathématiques.

Liens externes & ressources

Voir aussi