Tata Oule
Tata Oule
Princesse mandingue du XIIIe siècle, fille de Soundiata Keïta selon les traditions orales des griots Kouyaté. Elle est célébrée comme figure garante de la Charte du Mandé, premier texte de droit proclamé dans l'Empire du Mali.
Faits marquants
- Fille de Soundiata Keïta, fondateur de l'Empire du Mali (vers 1235), selon la tradition orale des griots Kouyaté
- Mentionnée comme figure garante de la Charte du Mandé, proclamée vers 1222-1236
- Son existence n'est attestée que par la tradition orale griotique mandingue, sans source écrite contemporaine
- La Charte du Mandé qu'elle incarne symboliquement est considérée comme l'un des premiers textes proclamant des droits fondamentaux en Afrique de l'Ouest
- Appartient à la culture Mandingue (Manding), peuple majoritairement établi dans l'actuel Mali, Guinée et Sénégal
Œuvres & réalisations
Premier texte de droit proclamé dans l'Empire du Mali, établissant des règles de vie commune : interdiction de l'esclavage arbitraire, protection des femmes et des étrangers, liberté de parole. Tata Oule y est associée comme figure garante et récitante des engagements lors de l'assemblée fondatrice.
Long poème épique chanté par les griots Kouyaté, qui narre les exploits de Soundiata et évoque ses enfants comme héritiers de son œuvre. Tata Oule y apparaît comme figure féminine de sagesse et de transmission.
Cérémonie sacrée tenue tous les sept ans à Kangaba, où les griots Kouyaté récitent la Charte du Mandé et réaffirment les engagements des ancêtres. La tradition attribue à Tata Oule l'institution de ce rituel de mémoire collective.
Chants de louange composés en l'honneur des femmes de la cour royale mandingue, dont Tata Oule. Ces donkili, transmis par les griots féminines (griottes), célébraient le rôle des princesses dans la cohésion sociale de l'Empire.
Anecdotes
Selon les traditions orales des griots Kouyaté, Tata Oule était présente lors de la grande assemblée de Kurukan Fuga, vers 1236, où son père Soundiata Keïta proclama la Charte du Mandé. On dit qu'elle prit la parole pour rappeler aux clans réunis que la paix entre les peuples valait mieux que la gloire des guerriers. Son intervention aurait contribué à l'adoption de clauses protégeant les femmes et les étrangers.
La tradition mandingue rapporte que Tata Oule accompagnait son père lors des palabres solennelles, assise à sa droite sur une natte de raphia tressée. Ce placement n'était pas anodin : dans la société mandingue du XIIIe siècle, la fille aînée d'un roi pouvait jouer le rôle de témoin et de garante des serments prononcés devant les ancêtres.
Les griots de la famille Kouyaté racontent que Tata Oule possédait le don de la parole juste — ce que les Mandingues appellent le 'kuma' sacré. Elle aurait récité les engagements de la Charte à voix haute devant l'assemblée des chefs de clan, afin que les paroles pénètrent dans les mémoires de tous les présents, selon la technique mnémotechnique propre à la culture orale.
Une variante du récit épique de Soundiata évoque Tata Oule comme messagère : après la bataille de Kirina en 1235, elle aurait été envoyée auprès des peuples vaincus pour leur annoncer non pas la soumission, mais l'intégration dans une nouvelle fraternité. Ce rôle de médiatrice illustre la place particulière que la tradition accorde aux princesses dans la diplomatie de l'Empire du Mali.
Dans certaines versions du 'Sunjata Fasa' récitées par les griots de Guinée, Tata Oule est décrite comme celle qui 'porte la parole entre la terre et le ciel', expression désignant ceux qui servent de pont entre les ancêtres et les vivants. Elle aurait été initiatrice du rituel de renouvellement annuel des serments de la Charte du Mandé, célébré encore aujourd'hui à Kangaba.
Sources primaires
Récit épique chanté transmis oralement de génération en génération par les griots Kouyaté du Mandé. Il narre la vie de Soundiata Keïta, la bataille de Kirina et la fondation de l'Empire du Mali, et mentionne ses enfants comme garants de l'ordre nouveau.
Texte proclamé oralement vers 1236 lors de l'assemblée fondatrice de l'Empire du Mali, réunissant les représentants des douze clans du Mandé. Il établit des règles de vie en société : interdiction de l'esclavage arbitraire, protection des femmes et des étrangers, liberté de parole.
Djibril Tamsir Niane a retranscrit dans les années 1950-1960 les récits du griot Mamadou Kouyaté de Djeliba Koro, qui constituent une source fondamentale pour comprendre la cour de Soundiata et le rôle de ses filles dans la vie politique du Mandé.
Rédigée en arabe par Abd al-Rahman al-Sa'di au XVIIe siècle à Tombouctou, cette chronique évoque la grandeur de l'Empire du Mali fondé par Soundiata et les traditions de la cour impériale qui se perpétuaient depuis le XIIIe siècle.
L'UNESCO a inscrit en 2009 les pratiques et expressions orales liées à la Charte du Mandé sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, reconnaissant la transmission vivante de ces récits par les griots mandingues.
Lieux clés
Ville royale au confluent du Sankarani et du Niger, où résidait la cour de Soundiata Keïta. C'est là que Tata Oule aurait grandi et reçu l'éducation des filles de sang royal mandingue.
Lieu de la bataille décisive de 1235 entre Soundiata et Soumangourou Kanté. La victoire remportée ici ouvre la voie à la fondation de l'Empire du Mali et à la proclamation de la Charte.
Village du Mandé où se tient tous les sept ans la cérémonie du renouvellement du toit du Kamabolon, sanctuaire des reliques de Soundiata. C'est là que les serments de la Charte du Mandé sont périodiquement réaffirmés par les griots Kouyaté.
Lieu traditionnel de rassemblement des chefs de clan mandingues, où fut proclamée la Charte du Mandé vers 1236. C'est ici que Tata Oule aurait joué son rôle de garante des engagements pris par les représentants des douze clans.
Berceau de la civilisation mandingue, vaste territoire forestier et savannien à cheval sur les actuels Mali, Guinée et Côte d'Ivoire. C'est dans ces paysages de savane soudanienne que se déroula l'essentiel de la vie de Tata Oule.
