Interview imaginaire avec Guillaume Tell
par Charactorium · Guillaume Tell · Mythologie · 5 min de lecture
C'est dans une auberge de bois d'Altdorf, au pied des Alpes d'Uri, que nous avons rencontré l'archer dont le nom traverse les siècles. Dehors, le lac des Quatre-Cantons bat contre les rochers ; à l'intérieur, l'homme pose son arbalète contre le banc et accepte de raconter, à la première personne, la légende qu'il est devenu.
—Que s'est-il passé ce matin-là, sur la place où l'on vous a forcé à viser une pomme ?
Ce matin-là, sur la place d'Altdorf, le bailli avait fait planter une perche, et sur la perche, son chapeau, comme on dresse un dieu de bois pour qu'on s'incline. Quand j'ai refusé de saluer ce feutre, Gessler a souri d'un mauvais sourire et a posé une pomme sur la tête de mon garçon. Mon arc, je le connais comme ma propre main : je l'ai bandé sans trembler, j'ai choisi ma flèche, et j'ai lâché. La pomme s'est fendue, l'enfant n'a pas bougé d'un cheveu. On a parlé d'une adresse remarquable ; moi, je n'ai senti que la sueur froide d'un père. Et la seconde flèche, celle que j'avais glissée dans mon carquois, je la gardais pour le bailli s'il avait touché mon fils.
La pomme s'est fendue, l'enfant n'a pas bougé d'un cheveu.
—Comment avez-vous appris à manier l'arc avec une telle sûreté ?
Chez nous, dans les vallées d'Uri, un garçon tient une arbalète avant de savoir lire. On s'exerce au tir comme à un devoir de citoyen autant que de chasseur : c'est ainsi qu'on rapporte le chamois et qu'on défend le hameau. J'ai passé mes après-midi dans les forêts d'altitude, à guetter le chevreuil, à corriger ma main au vent des cimes. La montagne enseigne la patience : la flèche part quand le souffle s'arrête, jamais avant. Quand le bailli m'a forcé à viser la pomme, je n'ai fait que répéter le geste de mille matins — sauf que la cible, cette fois, respirait sous mes yeux.
—Pourquoi ce chapeau planté sur une perche vous a-t-il mis dans une telle colère ?
Un bailli des Habsbourg se croit le bras du seigneur lointain ; il rend la justice, lève l'impôt, et veut qu'on plie l'échine. Mais exiger qu'on salue un chapeau vide, c'était exiger qu'on adore le vide de son pouvoir. Je suis un homme libre des montagnes : je m'incline devant Dieu et devant les anciens de mon canton, pas devant un feutre au bout d'un bâton. Cette oppression-là n'avait même plus le courage de montrer un visage — seulement un objet posé bien haut. En passant devant sans courber la tête, je n'ai pas commencé une révolte : j'ai seulement refusé de mentir avec mon corps.
Je n'ai pas commencé une révolte : j'ai seulement refusé de mentir avec mon corps.
—Que s'est-il joué ensuite entre le bailli et vous ?
Gessler avait vu la seconde flèche. Il m'a demandé pourquoi je l'avais tirée du carquois ; je lui ai dit la vérité : si j'avais tué mon enfant, la suivante était pour lui. Au lieu de me libérer, il m'a fait charger de chaînes pour me traîner vers son donjon, cette forteresse qu'on nomme la Gesslersburg. Mais la suite ne lui a pas appartenu. Sur un chemin creux, je l'ai attendu, et ma flèche a trouvé le tyran comme elle avait trouvé la pomme. Les chroniqueurs diront que j'ai provoqué sa mort et que la tyrannie s'est éteinte ce jour-là. Moi, je sais seulement qu'un homme libre avait tenu sa parole.
—Vous souvenez-vous du serment prêté dans la prairie du Rütli ?
La nuit, sur la prairie du Rütli, au bord du lac, les hommes des trois vallées — Uri, Schwyz et Unterwald — se sont rassemblés à la lueur basse. Nous avons juré de nous tenir les uns aux autres comme des frères, de garder entre nous la paix et la justice, et de nous défendre contre toute violence tyrannique. Chacun conservait son canton, ses coutumes, ses anciens : nous ne fondions pas un maître nouveau, mais une confédération d'égaux. C'était l'an 1291. Aucun seigneur ne nous avait donné cette alliance ; nous l'avons faite de nos bouches et de nos mains levées, et c'est pourquoi elle a tenu plus longtemps que les châteaux des baillis.

—Comment des vallées si différentes ont-elles pu tenir ensemble ?
Nous n'avons jamais cherché à fondre nos vallées en un seul corps. Chaque homme reste cantonal : il obéit aux anciens de son lieu, vote dans son assemblée, garde ses pâturages communs. La force de notre Confédération n'est pas dans un trône, mais dans le serment renouvelé — l'alliance des cantons libres qui se prêtent main-forte dès que l'un est menacé. Le soir, après la chasse, les hommes du village se réunissent encore pour parler des affaires communes, surtout quand un bailli des Habsbourg se fait trop lourd. C'est dans ces cercles, plus que dans les batailles, que la liberté helvétique s'est faite : une parole donnée, écoutée, tenue, de feu en feu et de vallée en vallée.
—Comment avez-vous échappé au bailli sur le lac ?
On me menait enchaîné par les eaux du lac des Quatre-Cantons quand la tempête s'est levée, comme elle sait le faire entre les parois de roche. Les rameurs ont perdu la tête ; le bailli lui-même, qui me croyait fini, a ordonné qu'on me libère les mains pour tenir la barre, car nul ne connaît ces flots mieux qu'un homme d'Uri. J'ai mené la barque contre une dalle de pierre, j'ai bondi à terre d'un seul élan, et j'ai repoussé l'embarcation du pied dans la fureur des vagues. Les chroniqueurs racontent qu'échappé, j'ai aussitôt repris les armes contre lui. La vérité est plus simple : un homme qui a goûté la rive ne remonte pas de lui-même dans la cage.
Un homme qui a goûté la rive ne remonte pas de lui-même dans la cage.

—Que représentait votre arbalète dans ces heures de fuite et de combat ?
Mon arbalète n'est pas qu'une arme : c'est la marque d'un homme libre. Dans nos montagnes, elle perce l'armure d'un cavalier comme la peau d'un chamois ; un montagnard à pied, bien posté dans un défilé, vaut dix chevaliers des Habsbourg empêtrés dans la pente. Quand je me suis échappé du lac, c'est elle que j'ai voulu retrouver d'abord, plus que le pain. Je l'entretenais chaque matin avant même de manger, vérifiant la corde, le bois, le trait. On dit que la liberté tient dans les serments ; je crois qu'elle tient aussi dans une main qui sait viser et dans un terrain qu'on connaît mieux que l'ennemi.
—On affirme aujourd'hui que vous n'avez peut-être jamais existé. Qu'est-ce que cette idée vous inspire ?
On me dit que les premières lettres tracées sur moi n'apparaissent que bien après ma vie, dans une chronique blanche recopiée par des clercs, et que nul scribe de mon temps n'a écrit mon nom. Cela ne m'offense pas. Avant l'encre, il y a eu la bouche : les bergers se racontaient mon tir le soir, de feu en feu, et chaque hiver la flèche volait un peu plus droit. Peut-être suis-je né de cette parole autant que d'une mère. Mais la révolte des cantons contre les Habsbourg, elle, a bien eu lieu ; il fallait un visage pour la porter, et les vallées m'ont choisi. Qu'importe alors si je suis un homme ou la somme de tous les hommes libres qui ont refusé de saluer le chapeau.
—Si vous pouviez imaginer comment on vous lira dans plusieurs siècles, que souhaiteriez-vous ?
Si je pouvais imaginer qu'on me lira dans cinq siècles, j'espérerais qu'on retienne moins la pomme que la raison de la flèche. On fera peut-être de moi un personnage de théâtre, déclamé sur des scènes lointaines par des poètes que je ne connaîtrai jamais ; on me changera en symbole de l'indépendance, en emblème peint sur les bannières. Soit. Mais qu'on n'oublie pas que tout est parti d'un refus très simple, sur une place d'Altdorf : un père qui ne voulait pas s'incliner devant un chapeau. Si mon nom sert encore à quelqu'un qui se redresse devant l'injuste, alors j'aurai vécu — même si je n'ai jamais vécu.
Si mon nom sert encore à quelqu'un qui se redresse devant l'injuste, alors j'aurai vécu.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Guillaume Tell. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

