Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Ka'ahumanu

par Charactorium · Ka'ahumanu (1768 — 1832) · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Ka'ahumanu
Wikimedia Commons, Public domain — Louis Choris

Nous sommes à Honolulu, dans les derniers mois de sa vie, au début de l'année 1832. Kaʻahumanu reçoit dans une maison de bois et de chaume proche de la nouvelle église en construction, une Bible hawaïenne posée près d'elle. Elle a accepté de se raconter, du repas qui a fait vaciller un royaume jusqu'aux lois qu'elle a fait graver dans le papier.

Comment avez-vous trouvé le courage de rompre le kapu en public, ce jour de novembre 1819 ?

Le courage n'est pas venu d'un coup — il avait mûri depuis la mort de Kamehameha, quelques mois plus tôt. Nous étions à Kailua-Kona, et j'ai fait dresser une table où hommes et femmes mangeraient côte à côte, chose qu'aucune femme n'avait le droit de faire de mémoire d'aliʻi. J'ai pris place près de Liholiho, et nous avons mangé. Le silence, ensuite, a été plus assourdissant que n'importe quel cri. Puis les heiau ont brûlé, les idoles avec eux, et personne n'est tombé foudroyé. J'avais parié ma vie sur ce repas ; j'ai gagné un royaume nouveau.

J'avais parié ma vie sur ce repas ; j'ai gagné un royaume nouveau.

Craigniez-vous la colère des dieux, en organisant ce repas ?

Je craignais surtout la colère des hommes qui vivaient de ce système autant que les dieux eux-mêmes. Le kapu n'était pas seulement sacré, il était utile — aux prêtres, aux chefs qui en tiraient leur mana. J'y avais grandi, j'y avais obéi comme toute femme née aliʻi. Mais j'avais vu les navires étrangers mouiller depuis mon enfance, j'avais vu que leurs équipages ne mouraient pas d'avoir mangé avec leurs femmes. Alors j'ai pensé que si les dieux hawaïens existaient vraiment, ils sauraient distinguer un cœur droit d'un tabou brisé. Ils n'ont rien dit. Le silence des dieux, ce jour-là, valait toutes les réponses.

Comment est née l'idée de devenir kuhina nui ?

Elle est née dans une chambre de Waimea, où mon mari agonisait. On rapporte qu'il a confié ses chefs, ses enfants et ses femmes à ceux qui resteraient pour veiller sur eux — c'est dans cet esprit que j'ai entendu mon devoir. Il n'existait aucun mot pour ce que je m'apprêtais à faire, alors j'en ai inventé un : kuhina nui. Non pas reine par le sang de mon époux, mais gouvernante par nécessité, aux côtés de Liholiho encore jeune et incertain. Je n'ai demandé la permission à personne, parce qu'aucune femme avant moi n'avait eu ce titre à demander.

Je n'ai demandé la permission à personne, parce qu'aucune femme avant moi n'avait eu ce titre à demander.

Qu'avez-vous répondu à ceux qui contestaient l'autorité d'une femme à ce poste ?

Je ne répondais pas, je gouvernais — c'était la réponse la plus difficile à contester. Les chefs des autres îles venaient plaider leurs querelles devant moi comme ils l'auraient fait devant un roi, parce que refuser mon jugement, c'était refuser celui de tout le conseil. J'ai appris tôt qu'une femme née dans une famille comme la mienne, alliée aux grandes lignées de Hana, portait déjà en elle assez de rang pour qu'on l'écoute. Le reste, je l'ai construit à force de décisions prises et tenues. Douze années durant, aucun aliʻi n'a gouverné sans mon assentiment.

Que s'est-il passé lors de votre maladie de 1823 ?

J'ai cru mourir, et j'étais alors hostile à ces étrangers en noir venus depuis trois ans nous parler de leur dieu unique. Mais c'est l'épouse de l'un des missionnaires qui est restée à mon chevet, jour après jour, sans rien exiger de moi. Cette patience-là m'a atteinte plus sûrement qu'aucun sermon. Une fois relevée, j'ai demandé qu'on m'enseigne ce en quoi ils croyaient si fermement pour veiller ainsi sur une étrangère à leur foi. Je n'ai pas été convertie par la peur des dieux hawaïens ni par celle du dieu chrétien, mais par la bonté ordinaire d'une femme que je ne connaissais pas.

Queen Ka'ahumanu
Queen Ka'ahumanuWikimedia Commons, Public domain — Louis Choris (Life time: 1795-1828)

Pourquoi avez-vous choisi le prénom Élisabeth à votre baptême ?

Le pasteur Bingham me l'a proposé, et je l'ai accepté sans hésiter, en 1825, comme on accepte un vêtement neuf qui sied à une vie neuve. Je gardais Kaʻahumanu pour mon peuple, mais Élisabeth pour ce que j'étais devenue devant leur dieu. Ce jour-là, j'ai senti que mon influence sur les autres chefs ne suffirait plus si elle n'était pas d'abord sincère en moi. On dit que ma conversion dépassa toutes leurs espérances — je crois surtout qu'elle répondait enfin à une question que je portais depuis l'enfance, celle de savoir à quel pouvoir invisible obéissait vraiment le monde.

Pourquoi avez-vous voulu doter Hawaï de lois écrites en 1827 ?

Parce que la parole d'un chef, si respectée soit-elle, meurt avec lui, tandis que le palapala reste. J'ai fait fixer noir sur blanc ce qui devait valoir pour toutes les îles : qu'on ne tue pas, qu'on ne vole pas, qu'on ne profane pas le jour du Seigneur, qu'on ne trahisse pas son épouse ou son époux. Certains y ont vu seulement les valeurs des missionnaires ; j'y voyais aussi celles que tout aliʻi digne de ce nom aurait dû défendre avant même leur arrivée. Un royaume qui unifie ses lois avant que ses voisins européens ne le fassent pour lui, voilà ce que je voulais laisser.

Un royaume qui unifie ses lois avant que ses voisins ne le fassent pour lui, voilà ce que je voulais laisser.

Ces lois mêlaient tradition et christianisme — comment conciliiez-vous les deux ?

Je ne les ai jamais vues comme deux mondes opposés qu'il fallait réconcilier de force. L'autorité des aliʻi reposait depuis toujours sur le mana et sur la responsabilité envers le peuple ; le christianisme m'apportait des commandements précis pour exercer cette même responsabilité. Interdire le vol ou le meurtre n'était pas trahir mes ancêtres, c'était accomplir ce que ma charge de gouvernante exigeait déjà de moi. J'ai simplement cessé de séparer ce que je devais aux miens de ce que je devais désormais à leur dieu. Les deux exigeaient la même chose : gouverner avec justice.

Pourquoi avez-vous tenu à apprendre vous-même à lire et écrire ?

Parce qu'on ne peut demander à tout un peuple d'apprendre ce qu'on refuse d'apprendre soi-même. J'avais passé ma vie à gouverner par la parole, les mele et la mémoire des généalogies ; il me fallait désormais gouverner aussi par le palapala. J'ai donc appris mes lettres comme une enfant, moi qui étais déjà kuhina nui, et j'ai encouragé chaque aliʻi à faire de même. En quelques années à peine, des milliers de Hawaïens ont su lire ce que je ne pouvais auparavant que réciter. Je crois que rien de ce que j'ai fait n'a changé mon peuple plus profondément que cela.

On ne peut demander à tout un peuple d'apprendre ce qu'on refuse d'apprendre soi-même.

Si vous pouviez imaginer votre peuple lire encore ces pages dans un siècle, que lui diriez-vous ?

Je ne sais rien de ce siècle-là, et je me garderai d'en parler comme si je le connaissais. Mais si l'écriture que j'ai apprise à Honolulu devait encore exister, je voudrais qu'on sache qu'elle n'est pas venue nous dépouiller de qui nous étions — elle est venue s'ajouter à nos mele, pas les effacer. J'ai vécu assez pour voir un royaume passer des tabous du kapu aux lois écrites, et je meurs avec le palapala entre les mains sans regretter la femme que j'ai été avant. Qu'on dise seulement que j'ai gouverné sans jamais cesser d'apprendre.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ka'ahumanu. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.