Abla Pokou II
Abla Pokou (dite Abraha Pokou ou Aura Poku)
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Reine légendaire du peuple baoulé au XVIIIe siècle, elle conduit son peuple depuis le royaume ashanti jusqu'à la Côte d'Ivoire actuelle. La tradition orale rapporte qu'elle sacrifia son fils unique pour permettre à son peuple de traverser la rivière Comoé, acte fondateur de l'identité baoulé.
Faits marquants
- XVIIIe siècle : elle mène une faction akan en rupture avec le royaume ashanti vers l'ouest
- Légende : elle sacrifie son fils pour que la rivière Comoé s'ouvre devant son peuple en fuite
- Le nom 'Baoulé' signifie en akan 'l'enfant est mort', perpétuant le souvenir de son sacrifice
- Elle fonde et gouverne le peuple baoulé dans ce qui est aujourd'hui le centre de la Côte d'Ivoire
- Sa figure est transmise exclusivement par la tradition orale et reste centrale dans l'identité ivoirienne
Œuvres & réalisations
Acte politique et spirituel majeur : Abla Pokou organise le peuplement du centre ivoirien par les clans baoulé, créant une entité politique distincte de l'Empire ashanti dont elle est issue.
Le sacrifice de son fils unique est l'événement fondateur de l'identité baoulé, rapporté par toutes les versions de la tradition orale et perpétué dans l'art, la littérature et l'enseignement ivoiriens.
Ensemble de récits transmis oralement de génération en génération, constituant la mémoire collective du peuple baoulé. Collectés et transcrits par des ethnographes français et ivoiriens à partir du XIXe siècle.
Œuvre dramatique de l'écrivain ivoirien Bernard Dadié qui met en scène la geste d'Abla Pokou, contribuant à faire connaître la figure de la reine à l'échelle africaine et internationale.
Roman de l'écrivaine ivoirienne Véronique Tadjo qui revisite le mythe en proposant plusieurs versions de la légende, interrogeant le sacrifice maternel, la mémoire collective et l'identité africaine contemporaine.
Anecdotes
Lors de la fuite du royaume ashanti, Abla Pokou conduit des milliers de réfugiés à travers la forêt dense d'Afrique de l'Ouest. Arrivée au bord de la Comoé en crue, son peuple se retrouve bloqué, poursuivi par des guerriers ennemis. Selon la tradition orale baoulé, un devin consulta les ancêtres et révéla que seul le sacrifice de ce qu'Abla Pokou avait de plus précieux pourrait apaiser le fleuve et ouvrir un passage.
Le mot « Baoulé » lui-même porte la mémoire du sacrifice de la reine. Après avoir jeté son fils unique dans les flots de la Comoé pour permettre à son peuple de traverser, Abla Pokou aurait prononcé ces mots en langue akan : « Ba ouli », ce qui signifie « l'enfant est mort ». Ce nom est devenu celui du peuple qu'elle venait de fonder, perpétuant à jamais le souvenir de son geste.
La légende rapporte qu'après le sacrifice, les eaux de la Comoé s'écartèrent miraculeusement — selon d'autres versions, des hippopotames formèrent un pont vivant — permettant aux milliers de fuyards de traverser en sécurité. Ce passage miraculeux est considéré par les Baoulé comme l'acte de naissance de leur peuple en tant que communauté distincte des Ashanti.
Installée en Côte d'Ivoire, Abla Pokou organisa le nouveau royaume baoulé, répartissant les clans dans différentes régions de la forêt et de la savane. Elle est vénérée non seulement comme reine fondatrice, mais aussi comme ancêtre spirituelle dont l'âme veille sur son peuple. Certaines traditions lui attribuent des pouvoirs divinatoires et une communication directe avec les esprits de la nature.
La figure d'Abla Pokou a traversé les siècles pour devenir un symbole national ivoirien. Son histoire a inspiré des écrivains, des dramaturges et des artistes depuis l'indépendance de la Côte d'Ivoire en 1960. Une université ivoirienne porte aujourd'hui son nom, témoignant de la place centrale qu'elle occupe dans la mémoire collective du pays.
Sources primaires
Les anciens baoulé rapportent qu'au moment où la reine Pokou atteignit le fleuve Comoé avec son peuple, les eaux étaient si hautes qu'aucun passage ne semblait possible. Sur les conseils du devin, elle jeta son fils unique dans le fleuve, et les eaux s'ouvrirent devant son peuple.
Pokou était belle comme l'aube naissante. Elle avait l'âme des grandes reines, celles qui savent sacrifier leur bonheur personnel au bonheur de leur peuple. Elle jeta son enfant dans le fleuve en furie, et l'on entendit alors le chant des eaux apaisées.
La tradition veut que les Baoulé soient issus d'un groupe akan ayant fui le royaume ashanti au XVIIIe siècle sous la conduite d'une princesse nommée Aura Poku, à laquelle son peuple doit son nom et son identité.
La reine avait quitté Kumasi après la mort de son frère le roi. Elle refusait de voir un étranger régner sur son peuple. Elle prit la décision de partir, emmenant avec elle les membres de sa famille royale et les guerriers qui lui restaient fidèles.
Lieux clés
Ville dont Abla Pokou est partie avec son clan lors des troubles successoraux. Kumasi était le cœur politique, spirituel et commercial de l'Empire ashanti au XVIIIe siècle.
Fleuve mythique où se déroule le sacrifice fondateur. C'est en jetant son fils unique dans ses eaux en crue qu'Abla Pokou permit à son peuple de traverser et de naître en tant que peuple baoulé.
Village considéré comme la capitale traditionnelle et spirituelle des Baoulé, où résident les chefs coutumiers descendants d'Abla Pokou. C'est là que sa mémoire est le plus activement entretenue et célébrée.
Vaste massif forestier que les fuyards baoulé ont traversé lors de leur migration depuis le Ghana jusqu'au centre ivoirien. Cet espace incarne l'épreuve fondatrice et la renaissance d'un peuple.
Principale ville de la région baoulé, qui abrite aujourd'hui une université portant le nom d'Abla Pokou. Elle est devenue le centre économique et culturel du peuple baoulé dans la Côte d'Ivoire moderne.




