Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sempé

par Charactorium · Sempé · Arts visuels · Culture · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Un atelier parisien où traînent des feuilles couvertes de silhouettes minuscules, une bouteille d'encre de Chine et le murmure d'un disque de jazz. Jean-Jacques Sempé, le crayon posé mais l'œil encore inquiet, accepte de revenir sur soixante ans passés à dessiner des gens tout petits dans des mondes trop grands pour eux.

Comment un enfant de Bordeaux, renvoyé de son collège, en vient-il à décider qu'il sera dessinateur ?

À Bordeaux, l'enfance n'a pas été douce, et je passe vite là-dessus. On m'a mis dehors du collège pour indiscipline, ce qui est une façon polie de dire que je ne tenais pas en place et que je rêvassais au lieu d'écouter. J'ai enchaîné les petits métiers, puis j'ai triché sur mon âge pour entrer à l'armée, ce qui vous montre à quel point j'étais pressé d'être ailleurs. Et pendant tout ce temps, je griffonnais. J'ai fini par vendre mes premiers dessins à la presse de la région, à Sud Ouest, pour quelques sous. Ce n'était pas grand-chose, mais voir son trait imprimé sur du papier de journal, à dix-huit ans, c'est une décision qui se prend toute seule.

Voir son trait imprimé sur du papier de journal, à dix-huit ans, c'est une décision qui se prend toute seule.

Que reste-t-il de ces années de débrouille dans votre façon de travailler ?

Il en reste la peur, honnêtement. Quand on a commencé sans rien, sans école, sans nom, on garde toute sa vie l'impression qu'on va se faire renvoyer une seconde fois. Je suis monté à Paris avec cette inquiétude-là dans mes bagages, et elle ne m'a jamais quitté. Elle m'a rendu maniaque : je refais un dessin dix fois, vingt fois, je jette, je recommence. Les gens croient que c'est de l'exigence, mais c'est surtout la crainte de n'être pas à la hauteur. Un autodidacte n'a pas de diplôme à brandir quand ça va mal ; il n'a que sa plume et son doute. Alors on travaille jusqu'à ce que le trait, enfin, cesse de trembler pour de mauvaises raisons.

Un autodidacte n'a pas de diplôme à brandir quand ça va mal ; il n'a que sa plume et son doute.

Vous souvenez-vous de la naissance du Petit Nicolas, avec René Goscinny ?

René Goscinny et moi, nous étions deux garçons qui aimaient rire des mêmes bêtises. En 1959, on a inventé cet écolier, Le Petit Nicolas, d'abord pour Sud Ouest Dimanche, puis pour Pilote. Lui écrivait cette voix d'enfant tellement juste — la récré, les copains, les histoires de nouveaux à l'école avec des noms impossibles — et moi je dessinais la marmaille autour. Ce qui me touche encore, c'est que nous ne pensions pas faire un monument. Nous faisions rire deux adultes qui se souvenaient d'avoir été des cancres heureux. Que cet écolier-là ait fini traduit dans le monde entier, et même porté au cinéma bien plus tard, cela me dépasse un peu. On avait seulement dessiné une cour de récréation.

Nous faisions rire deux adultes qui se souvenaient d'avoir été des cancres heureux.

Qu'est-ce que Goscinny vous apportait, à vous le dessinateur, que vous n'auriez pas trouvé seul ?

Il m'apportait les mots, et surtout le sens du rythme. Goscinny avait cette horlogerie du comique, il savait exactement quand une phrase devait tomber. Moi, mon métier c'était le silence : un décor, un petit personnage, et le vide autour. Ensemble, sur Le Petit Nicolas, nous formions une drôle de mécanique, la légende et l'image qui se répondent. Vous savez, la légende sous un dessin, j'en ai toujours usé avec parcimonie, parce que je crois qu'une image trop bavarde ne respire plus. Avec lui, c'était différent : son texte ne bouchait pas mon dessin, il lui ouvrait une fenêtre. Nous nous faisions confiance, ce qui, entre deux inquiets comme nous, tient presque du miracle.

Une image trop bavarde ne respire plus.

Pourquoi vos personnages sont-ils si petits, perdus dans des décors immenses ?

Parce que c'est comme cela que je nous vois. J'ai toujours voulu dessiner des gens tout petits dans des décors immenses, une ville, un paysage, une salle de concert où l'orchestre tient dans un dé à coudre. Ce n'est pas de la cruauté, c'est de la tendresse : je trouve qu'un homme minuscule sous un ciel trop grand, cela dit très bien ce que nous sommes tous. Techniquement, j'ai besoin de ces grands espaces vides, de ces plages de papier blanc que ma plume et encre de Chine laissent respirer. Le vide n'est pas rien ; il est ce qui rend le petit personnage émouvant. Ôtez l'immensité, et il n'y a plus qu'un bonhomme ; gardez-la, et il devient chacun de nous.

Un homme minuscule sous un ciel trop grand, cela dit très bien ce que nous sommes tous.
Sempé - Expo Petit Nicolas - Mairie du IVe, Paris (14474453683)
Sempé - Expo Petit Nicolas - Mairie du IVe, Paris (14474453683)Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — ActuaLitté

Comment votre trait, si fin et tremblant, sert-il cette vision du monde ?

Mon trait est nerveux, léger, un peu tremblant, et je crois qu'il me ressemble : il n'ose jamais tout à fait. Avec l'encre de Chine, chaque ligne est définitive, on ne revient pas dessus, alors je m'entraîne longuement pour que la maladresse devienne, si possible, de la grâce. Quand vient la couleur, je passe à l'aquarelle, ces teintes diluées qui posent une lumière douce sans jamais peser. C'est une affaire de fragilité assumée. Un trait trop sûr de lui serait un mensonge ; la vie n'est pas sûre d'elle. J'aime que le lecteur sente, dans la ligne, la main qui hésite, parce que cette hésitation-là, au fond, c'est la nôtre devant l'existence.

Un trait trop sûr de lui serait un mensonge ; la vie n'est pas sûre d'elle.

Comment un dessinateur français se retrouve-t-il à signer les couvertures du New Yorker ?

Par admiration, d'abord. J'ai longtemps regardé The New Yorker de loin, ce magazine américain à l'élégance folle, en me disant que jamais je n'y aurais ma place. Et puis, à partir de 1978, on m'a demandé d'en dessiner une couverture, puis une autre, et j'ai fini par en signer plus d'une centaine, jusqu'à ces dernières années. C'était intimidant : imaginez qu'on vous invite à jouer chez ceux que vous vénérez. New York, cette ville démesurée, était pourtant le décor rêvé pour moi — toute cette hauteur, ces avenues sans fin, et là-dedans une silhouette solitaire, minuscule, qui traverse. Je n'avais pas besoin de changer de sujet : il me suffisait d'y déposer mon petit bonhomme.

Imaginez qu'on vous invite à jouer chez ceux que vous vénérez.

Qu'est-ce que New York offrait à votre crayon que Paris ne donnait pas ?

L'excès. Paris est à ma taille, avec ses toits, ses passants, ses bistrots où l'on refait le monde ; c'est ma ville, celle que je flâne l'après-midi pour voir vivre les gens. Mais New York exagère tout, et c'est un cadeau pour quelqu'un comme moi qui joue du contraste entre l'immense et le minuscule. Là-bas, l'immensité est déjà dessinée : il n'y a qu'à poser un personnage tout en bas d'une tour et la mélancolie surgit toute seule. Pour les couvertures, je travaillais souvent à l'aquarelle, afin d'adoucir cette dureté de béton, d'y glisser un peu de rêverie. C'est peut-être cela, mon rôle d'étranger : rendre tendre une ville qui se croit invincible.

Rendre tendre une ville qui se croit invincible.
Sempé Cabourg 2018
Sempé Cabourg 2018Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Georges Biard

On vous décrit tourmenté, refaisant sans cesse. À quoi ressemble une journée de travail ?

Elle commence tôt et mal, si je puis dire. Le matin, je suis hanté par mes commandes, ces échéances de presse qui ne pardonnent pas ; je griffonne, je cherche l'idée, entre deux cafés et de longues plages de doute. L'après-midi, je m'installe à ma table et je refais, inlassablement, la même scène, jusqu'à ce qu'elle ait enfin la légèreté que je poursuis. C'est épuisant, cette insatisfaction. Je crois que je dessine d'abord pour me faire rire moi-même : si le dessin ne m'arrache pas un sourire, à moi, il ne vaut rien, et je le jette. Un artiste jamais content de son trait, voilà ce que je suis resté, sans grand espoir de guérir.

Si le dessin ne m'arrache pas un sourire, à moi, il ne vaut rien.

Quelle place tient la musique, et le jazz en particulier, dans votre inspiration ?

Une place immense, presque plus grande que le dessin. Le soir, j'écoute du jazz, de la musique classique aussi, que je vénère, et je pourrais dire que c'est là que je respire vraiment. Le piano et les orchestres reviennent sans cesse dans mes planches : des musiciens minuscules dans de vastes salles, un pianiste seul sous un lustre trop grand. C'est le même sujet que toujours, l'homme petit et le monde immense, mais transposé dans le son. La musique m'apprend le tempo, le silence entre deux notes — exactement ce que je cherche dans le blanc de mes dessins. Sans elle, je crois que mon trait serait plus sec ; le jazz lui donne cette manière de flotter, un peu.

La musique m'apprend le silence entre deux notes — exactement ce que je cherche dans le blanc de mes dessins.

Après tant d'années, que diriez-vous à quelqu'un qui découvrirait vos dessins pour la première fois ?

Je lui dirais de ne pas chercher le grand message, parce qu'il n'y en a pas. Il n'y a qu'un regard, un peu tendre, un peu triste, posé sur des gens ordinaires — un cycliste sur sa bicyclette dans une campagne trop vaste, un couple qui se dispute, un promeneur perdu dans la ville. Si, dans un de ces albums, Rien n'est simple ou Tout se complique, une seule image lui donne l'impression d'être moins seul, alors j'aurai fait mon métier. Je n'ai jamais voulu enseigner quoi que ce soit. J'ai seulement essayé, avec ma plume qui tremble, de dire que nous sommes tous minuscules, tous un peu perdus, et que c'est précisément pour cela qu'il faut se regarder avec douceur.

Nous sommes tous minuscules, tous un peu perdus, et c'est précisément pour cela qu'il faut se regarder avec douceur.
Voir la fiche complète de Sempé

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sempé. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.