Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sennep

par Charactorium · Sennep (1894 — 1982) · Arts visuels · Société · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Paris, un après-midi des années 1950. Dans un appartement des grands boulevards dont une pièce sert d'atelier, la table à dessin ploie sous les journaux du matin. Un homme de soixante ans, veste sombre et lunettes, repose sa plume encore luisante d'encre de Chine et accepte de raconter un demi-siècle passé à croquer la République.

Commençons par le nom sous lequel tout Paris vous connaît. D'où vient ce « Sennep » qui signe vos dessins ?

On me croit d'une vieille famille de graveurs, il n'en est rien : je suis né Jean-Jacques Charles Pennès, en 1894, sous une République qui avait déjà pris ses aises. Le vrai nom sonnait mal au bas d'un croquis, alors j'ai fait ce que je faisais à mes modèles — je l'ai retourné. J'ai pris les syllabes de Pennès, je les ai renversées, et Sennep est sorti de l'encrier comme un homme politique sort d'une caricature : le même, mais méconnaissable et pourtant reconnaissable. C'était un jeu, une pirouette de dessinateur. Un caricaturiste qui déforme les figures des autres pouvait bien commencer par tordre la sienne.

Un caricaturiste qui déforme les figures des autres pouvait bien commencer par tordre la sienne.

Vos premières cibles furent les grands noms de la IIIe République. Comment attrapait-on un Herriot ou un Blum sur le papier ?

On ne dessine pas un homme, on dessine sa silhouette dans la mémoire des gens. Édouard Herriot m'a toujours facilité la tâche : cette rondeur de radical bon vivant, cette pipe, cette bonhomie de professeur de province. Léon Blum, c'était l'inverse — la haute taille, les lunettes, cette élégance un peu lasse. Je poussais un nez, un menton, jusqu'à ce que le trait devienne une signature. Mes lecteurs finissaient par identifier l'homme d'un seul coup d'œil, avant même de descendre à la légende. Voilà le secret du portrait-charge : ce n'est pas la ressemblance qu'on cherche, c'est le sursaut de reconnaissance, cette seconde où le lecteur sourit parce qu'il a compris avant de lire.

Ce n'est pas la ressemblance qu'on cherche, c'est le sursaut de reconnaissance.

N'avez-vous jamais craint de vous faire des ennemis parmi ces puissants que vous ridiculisiez ?

Flatter les puissants ? Ce n'est pas mon métier, et d'ailleurs ils s'en chargent entre eux. Sous la IIIe République, j'ai croqué sans pitié le radical Herriot comme le socialiste Blum, sans regarder leur étiquette. Un caricaturiste qui ménage n'est plus qu'un portraitiste flatteur, un faiseur de médailles. Le curieux, c'est que les hommes politiques se vexent moins qu'on ne croit : beaucoup collectionnaient leurs propres charges, ravis d'exister assez pour qu'on les déforme. On m'a rapporté que certains s'inquiétaient surtout de disparaître de mes dessins. Être oublié du caricaturiste, dans ce Paris-là, c'était déjà perdre les élections.

Être oublié du caricaturiste, dans ce Paris-là, c'était déjà perdre les élections.

Parlons de l'atelier. À quoi ressemble concrètement la fabrication d'un dessin, du matin au soir ?

Ma journée commence par les journaux et les nouvelles : il faut connaître l'actualité avant tout le monde, sentir de quel côté le vent politique tourne. Assis à la table à dessin, je cherche l'angle au crayon à mine grasse — l'outil du premier jet, celui qui attrape une expression avant qu'elle ne s'échappe. J'esquisse dix visages, j'en jette neuf. L'après-midi, je passe à la plume et à l'encre de Chine, et là tout se joue : ce noir profond qui claque sur le papier ne pardonne aucune hésitation. Un trait raté, on recommence la feuille. Le dessin doit partir le soir pour paraître le lendemain — la presse ne connaît pas la fainéantise du crayon.

Ce noir profond qui claque sur le papier ne pardonne aucune hésitation.

Vous héritez d'une longue tradition de dessinateurs. À qui devez-vous votre manière ?

On n'invente jamais rien tout seul avec une plume à la main. Je me réclame des grands du siècle passé, de Daumier surtout, qui savait qu'un ministre bien caricaturé vaut dix pamphlets. C'est de lui que vient cette idée simple et terrible : exagérer un nez, un menton, une paire de lunettes jusqu'à ce que l'homme soit à la fois ridicule et parfaitement lui-même. Ma table à dessin, mes plumes, mes encriers ne sont que les mêmes outils qu'il maniait, à peine changés. Le dessin de presse est un métier de transmission : on reçoit un geste, on le trempe dans son époque, et on le rend un peu plus tranchant qu'on ne l'a reçu.

19e gala de l'union des artistes, cirque d'hiver : [Programme] : 2 avril 1949
19e gala de l'union des artistes, cirque d'hiver : [Programme] : 2 avril 1949Wikimedia Commons, Public domain — Roger-Ferdinand (1898-1967). Auteur ou responsable intellectuel (autre) Sennep (1894-1982). Illustrateur Achard, Ma

Les années 1930 furent brûlantes. Comment travaille-t-on au milieu d'une République secouée de crises ?

L'instabilité ministérielle était mon pain quotidien : à peine avais-je fixé un ministre à l'encre qu'il tombait, et il fallait recommencer avec son successeur. Le 6 février 1934, quand les émeutes ont ensanglanté la place de la Concorde, j'ai compris que le dessin n'était plus un divertissement — il prenait parti, qu'on le veuille ou non. Puis vint 1936, le Front populaire, Blum au pouvoir, et les passions déchaînées de part et d'autre. Je croquais chaque semaine dans les hebdomadaires les plus lus de Paris, comme Candide, où le dessin de couverture était une arme attendue. À une telle époque, un trait pouvait faire ou défaire une réputation, et nous le savions tous.

À peine avais-je fixé un ministre à l'encre qu'il tombait, et il fallait recommencer avec son successeur.

Vos dessins du Front populaire témoignent d'une France divisée. Où placez-vous la frontière entre la moquerie et la haine ?

La frontière est mince, et l'époque l'a souvent piétinée. Entre 1936 et 1938, j'ai commenté l'expérience du gouvernement Blum semaine après semaine, dans la fièvre des batailles d'opinion. Une caricature blesse, c'est son office ; mais elle doit blesser l'homme public, pas l'homme. Le jour où l'on cesse de rire pour ne plus que détester, on a lâché la plume du satiriste pour prendre celle du pamphlétaire, et ce n'est plus le même métier. Je me tenais dans les couloirs du Palais Bourbon, j'observais ces figures du pouvoir, et je tâchais de garder ce recul qui fait qu'on charge un adversaire sans vouloir sa peau. C'est une hygiène difficile, en temps de discorde.

Une caricature doit blesser l'homme public, pas l'homme.

Vint la guerre, l'Occupation. Que devient un caricaturiste quand la presse libre se tait ?

Un caricaturiste sans liberté est un archer à qui l'on a coupé la corde. La défaite de 1940 et le régime qu'elle a installé ont muselé la caricature politique : on ne rit pas sous une main qui surveille l'encrier. Le dessin vit d'irrévérence, et l'irrévérence était devenue un délit. J'ai vu se refermer ce Paris de la presse que j'avais connu grouillant, ces rédactions des grands boulevards où l'on déposait ses dessins entre deux cafés. Il a fallu attendre la Libération de 1944 pour que la plume retrouve son droit de piquer. On mesure mal, quand la presse est libre, à quel point ce droit de moquer les puissants est une chose fragile qu'un seul hiver peut emporter.

Un caricaturiste sans liberté est un archer à qui l'on a coupé la corde.

Après la guerre, vous devenez le crayon du Figaro. Qu'est-ce que ce rendez-vous quotidien avec des milliers de lecteurs ?

À partir de 1946, je suis devenu le caricaturiste attitré du Figaro, et ma vie a pris le rythme du quotidien — au sens propre. On m'a rapporté que bien des lecteurs, le matin, cherchaient d'abord mon dessin, avant même l'éditorial, pour comprendre l'événement de la veille en un clin d'œil et un sourire. C'est un honneur qui vous oblige : chaque jour, il faut trouver l'idée, la fixer à l'encre, la porter à la rédaction des Champs-Élysées où on la transforme en cliché pour l'impression. Pas de répit, pas de panne d'inspiration permise. Le dessin du jour est une petite dette qu'on rembourse au lecteur chaque matin, et qu'on recontracte aussitôt.

Le dessin du jour est une petite dette qu'on rembourse au lecteur chaque matin.

Vous avez accompagné la fin de la IVe République et la naissance de la Ve. Le trait change-t-il avec les régimes ?

Les régimes passent, la plume reste — mais elle s'adapte aux visages. La IVe République m'a offert le même ballet d'instabilité que j'avais connu avant-guerre, ces cabinets qui tombaient plus vite que je ne les dessinais. Puis 1958, le retour du général et la Ve République : une figure d'une autre stature, plus monumentale, qui demandait un autre trait, presque un autre souffle. Un caricaturiste vit de ces ruptures ; chaque nouvelle République est une nouvelle galerie de nez à découvrir. J'ai fini par comprendre que mes albums reliés, ces recueils où l'on rassemble les dessins parus, formaient sans que je l'aie voulu une chronique de tout un demi-siècle de vie politique française.

Au terme de cette longue carrière, que reste-t-il d'un dessin qui, par nature, ne devait vivre qu'un jour ?

Voilà le paradoxe de mon métier : je fabrique de l'éphémère. Un dessin de presse naît pour un matin et devrait mourir le soir, écrasé par l'actualité du lendemain. Et pourtant les albums de caricatures leur donnent une seconde vie — ces recueils reliés qui rassemblent le meilleur et le sauvent de la corbeille. Si je pouvais imaginer qu'on feuillette mes dessins dans un siècle, je crois qu'on n'y chercherait plus à rire d'Herriot ou de Blum, mais à comprendre comment ces gens-là marchaient, parlaient, se tenaient. Le caricaturiste finit archiviste malgré lui : à force de charger les visages d'une époque, il en garde l'empreinte plus fidèle que bien des photographies.

À force de charger les visages d'une époque, il en garde l'empreinte plus fidèle que bien des photographies.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sennep. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.