Biographie

Chanteuse, autrice-compositrice et actrice de jazz américaine, figure majeure de l'engagement artistique pour les droits civiques. Sa voix expressive et ses textes en font une artiste emblématique du jazz du XXe siècle.

Abbey Lincoln(1930 — 2010)

Abbey Lincoln

États-Unis

6 min de lecture

MusiqueSpectacleSociétéXXe siècleÉtats-Unis du XXe siècle, de l'après-guerre au tournant du XXIe siècle, marqués par la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains et l'âge d'or du jazz moderne.
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Questions fréquentes

Abbey Lincoln (1930-2010) est bien plus qu'une chanteuse de jazz : ce qui la distingue de ses contemporaines, c'est qu'elle a transformé son art en arme politique. Née Anna Marie Wooldridge à Chicago, elle commence comme chanteuse glamour de cabaret, avant de rompre avec cette image sous l'influence du batteur Max Roach et du mouvement des droits civiques. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle devient alors une voix majeure du jazz engagé, mêlant hard bop et textes militants. Moins une interprète qu'une autrice-compositrice affirmée, elle impose un style vocal expressif capable de passer du murmure au cri.

Faits marquants

  • Née le 6 août 1930 à Chicago, décédée le 14 août 2010 à New York
  • Participe en 1960 à l'album manifeste « We Insist! Max Roach's Freedom Now Suite » dénonçant la ségrégation
  • Mariée au batteur Max Roach de 1962 à 1970, période d'intense militantisme
  • Actrice au cinéma, notamment dans « Nothing But a Man » (1964) et « For Love of Ivy » (1968)
  • Renouveau de carrière dans les années 1990 chez Verve, reconnue comme grande autrice de ses propres chansons

Œuvres & réalisations

We Insist! Max Roach's Freedom Now Suite (1960)

Suite de jazz engagée enregistrée avec Max Roach, devenue un symbole musical de la lutte pour les droits civiques.

Straight Ahead (1961)

Album marquant son passage à un répertoire personnel et affirmé, entourée de grands jazzmen comme Coleman Hawkins et Eric Dolphy.

Nothing But a Man (film) (1964)

Drame indépendant sur la vie des Afro-Américains dans le Sud ; son interprétation y est saluée.

For Love of Ivy (film) (1968)

Comédie romantique où elle partage l'affiche avec Sidney Poitier, rare premier rôle pour une actrice noire à l'époque.

The World Is Falling Down (1990)

Album du retour chez Verve qui relance sa carrière et révèle pleinement son talent d'autrice-compositrice.

You Gotta Pay the Band (1991)

Album acclamé comportant l'une des dernières participations du saxophoniste Stan Getz.

Throw It Away (chanson) (vers 1983)

Composition signature d'Abbey Lincoln, hymne à la générosité et au lâcher-prise souvent repris depuis.

Anecdotes

Née Anna Marie Wooldridge en 1930, la chanteuse porta plusieurs noms de scène — dont « Gaby Lee » — avant d'adopter celui d'Abbey Lincoln. Ce nom associe l'abbaye de Westminster et le président Abraham Lincoln, qui proclama l'abolition de l'esclavage aux États-Unis.

Au début de sa carrière, on la présentait comme une vedette glamour : dans le film « The Girl Can't Help It » (1956), elle portait la robe moulante que Marilyn Monroe avait arborée dans « Les hommes préfèrent les blondes ». Influencée par le mouvement des droits civiques et par le batteur Max Roach, elle abandonna ensuite cette image pour chanter des textes engagés.

Sur l'album « We Insist! Freedom Now Suite » (1960), dans le morceau « Triptych », Abbey Lincoln pousse des cris déchirants, sans aucune parole. Cette performance bouleversante exprimait la colère et la souffrance des Afro-Américains et surprit un public habitué à un jazz plus policé.

Lors de voyages en Afrique dans les années 1970, notamment en Guinée et au Zaïre, elle reçut deux noms africains, Aminata et Moseka. Elle les adopta avec fierté pour affirmer son attachement à ses racines africaines.

Après des années loin des projecteurs, elle renoua avec le succès en signant chez Verve en 1990. Devenue une grande dame du jazz, elle interpréta alors surtout ses propres compositions, saluées par la critique du monde entier.

Sources primaires

We Insist! Max Roach's Freedom Now Suite (enregistrement) (1960)
Dans le mouvement « Triptych : Prayer / Protest / Peace », Abbey Lincoln passe seule, sans orchestre, d'une prière murmurée à des cris de révolte, puis à l'apaisement — un cri musical pour la liberté des Afro-Américains.
Throw It Away (chanson composée par Abbey Lincoln) (vers 1983, réenregistrée en 1995 sur « A Turtle's Dream »)
Keep your hand wide open, let the sun shine through; 'cause you can never lose a thing if it belongs to you.
Straight Ahead (album d'Abbey Lincoln) (1961)
Album où elle chante des textes personnels et engagés, accompagnée de Coleman Hawkins, Eric Dolphy, Booker Little et Max Roach — un manifeste de son nouveau style affirmé.

Lieux clés

Chicago, Illinois

Ville natale d'Abbey Lincoln, où elle naît en 1930 dans une grande fratrie afro-américaine.

Calvin Center, Michigan

Région rurale du Michigan où elle grandit et commence à chanter, notamment à l'église et à l'école.

Hollywood, Los Angeles

Lieu de ses débuts glamour : cabarets, premiers disques et apparition dans le film « The Girl Can't Help It ».

New York

Centre de sa vie artistique : enregistrements, clubs de jazz et engagement militant. Elle y meurt en 2010.

Conakry, Guinée

Étape de ses voyages africains des années 1970, où elle puise une partie de son identité et de ses noms africains.

Voir aussi