Louis II de Bourbon, prince de Condé

Louis II de Bourbon, prince de Condé

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LettresPolitiqueMythologieSpiritualitéSociétéTemps modernesXVIIe siècle — Le Grand Siècle, règne de Louis XIV, monarchie absolue

Surnommé « le Grand Condé », ce prince du sang s'illustre à la bataille de Rocroi (1643) en écrasant l'infanterie espagnole. Acteur majeur de la Fronde, il finit par se réconcilier avec Louis XIV et resta l'un des plus grands capitaines du Grand Siècle.

Faits marquants

  • 1621 : Naissance à Paris, fils du prince Henri II de Condé, prince du sang royal
  • 1643 : Victoire éclatante à la bataille de Rocroi à 21 ans, mettant fin à la réputation d'invincibilité de l'infanterie espagnole
  • 1648-1653 : Rôle ambigu dans la Fronde des princes, prenant les armes contre Mazarin et Louis XIV
  • 1651-1659 : Exil et service dans l'armée espagnole contre la France
  • 1660 : Réconciliation avec Louis XIV, retour en grâce ; protège Molière, Racine, La Fontaine et Bossuet depuis Chantilly
  • 1686 : Mort à Fontainebleau, objet d'une célèbre oraison funèbre de Bossuet

Œuvres & réalisations

Victoire de Rocroi (19 mai 1643)

En écrasant les tercios espagnols, Condé met fin à la suprématie militaire de l'Espagne en Europe et offre à la France une victoire décisive dans la guerre de Trente Ans. C'est l'acte fondateur de sa légende.

Campagnes d'Allemagne (Fribourg, Nördlingen) (1644-1645)

En collaboration avec Turenne, Condé mène des campagnes victorieuses en Allemagne qui contribuent aux succès français lors des négociations de Westphalie.

Victoire de Lens (20 août 1648)

Dernière grande victoire de Condé avant la Fronde, Lens est une défaite décisive infligée aux Espagnols en Flandre qui renforce la position française aux négociations de paix.

Participation à la Fronde des princes (1650-1653)

Acteur central de la guerre civile qui ébranla la monarchie française, Condé joua un rôle ambigu que les historiens analysent encore comme révélateur des tensions entre noblesse et pouvoir royal.

Campagnes de la guerre de Dévolution et de la guerre de Hollande (1667-1675)

Réconcilié avec Louis XIV, Condé participe aux grandes guerres d'expansion du Roi-Soleil, couronnant sa carrière par la bataille de Seneffe (1674) contre Guillaume d'Orange.

Mécénat à Chantilly (1675-1686)

Dans ses dernières années, Condé fit de Chantilly un foyer culturel majeur, protégeant Molière, Racine, La Bruyère et Bossuet, contribuant ainsi au rayonnement des lettres françaises du Grand Siècle.

Anecdotes

Le 19 mai 1643, Louis II de Condé n'a que 21 ans lorsqu'il remporte la bataille de Rocroi contre l'infanterie espagnole, réputée invincible depuis un siècle. En faisant charger sa cavalerie avec une audace déconcertante, il détruit les fameux tercios et met fin à la suprématie militaire espagnole en Europe. Cette victoire éclatante, obtenue quelques jours après la mort de Louis XIII, fait immédiatement de lui l'un des plus grands capitaines de son temps.

Durant la Fronde des princes (1650-1653), Condé passa successivement du statut de héros national à celui de traître. Arrêté sur ordre de Mazarin en janvier 1650, libéré par la pression populaire, il prit finalement les armes contre le roi et alla jusqu'à commander les armées espagnoles contre la France. Cette trahison lui vaudra des années d'exil, avant une réconciliation solennelle avec Louis XIV en 1660.

Condé était un mécène passionné qui transforma son château de Chantilly en véritable foyer culturel. Il accueillit dans ses salons Molière, Racine, Bossuet, La Fontaine et La Bruyère, qui devint même son secrétaire. Son goût pour les arts et les lettres lui valut l'admiration des plus grands esprits du Grand Siècle.

À la bataille de Seneffe, en 1674, Condé — alors âgé de 53 ans et souffrant de la goutte — conduisit encore une charge décisive contre les armées de Guillaume d'Orange. Ce fut son dernier grand fait d'armes. Louis XIV lui rendit un hommage personnel en venant le visiter, reconnaissant en lui le plus grand chef de guerre de son règne.

À sa mort en décembre 1686, Bossuet prononça l'une des plus célèbres oraisons funèbres de la littérature française. Dans ce discours, l'évêque de Meaux exalta le génie militaire du Grand Condé tout en le ramenant à la gloire divine, selon les codes rhétoriques du Grand Siècle. Ce texte est encore aujourd'hui étudié dans les classes de lycée comme modèle du genre.

Sources primaires

Oraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé (1687)
Dieu seul est grand, mes frères ; et depuis ces dernières heures où j'ai vu de si près, et dans une personne si illustre, combien la grandeur humaine est vaine et fugitive, je n'ai qu'une pensée.
Mémoires de François de La Rochefoucauld (c. 1662)
M. le Prince avait une capacité naturelle pour la guerre que les plus grands capitaines n'acquièrent qu'avec le temps ; il voyait tout d'un coup de vue ce que les autres cherchaient par réflexion.
Lettres du cardinal Mazarin à la reine Anne d'Autriche (1643)
M. le Duc d'Enghien a remporté une victoire complète sur les Espagnols à Rocroi ; l'infanterie ennemie a été taillée en pièces et ses généraux sont prisonniers.
Mémoires du duc de La Châtre (relatant la Fronde) (c. 1655)
Le prince de Condé, las des persécutions du Cardinal Mazarin et des ingratitudes de la cour, résolut de prendre les armes pour défendre sa liberté et l'honneur de sa maison.
Journal de Dangeau (1682)
Le Roi alla rendre visite à M. le Prince à Chantilly, et lui témoigna une estime particulière pour les services rendus à la France et à sa gloire personnelle.

Lieux clés

Château de Chantilly

Résidence principale du Grand Condé, qu'il transforma en un foyer artistique et intellectuel rayonnant. Il y accueillit les plus grands écrivains du siècle et y constitua une bibliothèque remarquable.

Rocroi (Ardennes)

Petite ville des Ardennes où Condé, à 21 ans, remporta en 1643 la victoire qui assit définitivement sa réputation en anéantissant l'infanterie espagnole réputée invincible.

Paris — Hôtel de Condé

Résidence parisienne des princes de Condé, proche du Palais du Luxembourg. C'est là que se déroula une grande partie de la vie politique et mondaine de Louis II pendant les premières années de la Fronde.

Fontainebleau

Résidence royale où Louis II de Condé s'éteignit le 11 décembre 1686, entouré des soins du roi et de sa cour, mettant fin à une vie marquée par les batailles et les retournements politiques.

Bruxelles (Pays-Bas espagnols)

Durant son exil après la Fronde, Condé commanda les armées espagnoles depuis Bruxelles. Cette période ambiguë de sa vie illustre les tensions entre ambitions personnelles et loyauté nationale.

Voir aussi