Al-Ma'mun(786 — 833)

Al-Ma’mūn

6 min de lecture

PolitiqueSciencesCultureMoyen ÂgeÂge d'or abbasside au IXe siècle, apogée intellectuel et scientifique du monde islamique médiéval, centré sur Bagdad.

Septième calife abbasside (règne 813-833), fils de Hârûn al-Rachîd. Mécène des savants, il développa la Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma) à Bagdad, foyer de traduction et de recherche scientifique.

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Questions fréquentes

Al-Ma'mūn fut le septième calife abbasside, régnant de 813 à 833, et il est surtout connu pour avoir fait de Bagdad le centre intellectuel du monde médiéval. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il ne s'est pas contenté de régner : il a personnellement impulsé un gigantesque programme de traduction des œuvres grecques, perses et indiennes en arabe, notamment en développant la Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma). Pour comprendre cela, il faut se rappeler que sans ce mécénat massif, des textes d'Aristote, de Ptolémée ou de Galien auraient pu être perdus. Son règne marque l'apogée de l'âge d'or islamique, où la science était considérée comme une valeur d'État.

Faits marquants

  • Devient calife abbasside en 813 après une guerre civile contre son frère al-Amîn
  • Développe la Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma) à Bagdad, centre de traduction gréco-arabe
  • Soutient les travaux du mathématicien al-Khwârizmî, dont une mappemonde et l'algèbre
  • Finance des mesures scientifiques comme l'évaluation de la circonférence de la Terre
  • Meurt en 833 lors d'une campagne militaire contre l'Empire byzantin

Œuvres & réalisations

Développement de la Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma) (vers 820-833)

Al-Ma'mūn transforma cette institution en grand centre de traduction et de recherche, attirant les meilleurs savants de l'empire. Elle assura la transmission de l'héritage scientifique antique au monde arabe puis à l'Europe.

Programme de traductions gréco-arabes (règne 813-833)

Il finança la traduction systématique des œuvres d'Aristote, Ptolémée, Euclide et Galien. Ce mouvement fit de l'arabe la langue scientifique majeure du Moyen Âge.

Mesure de la circonférence de la Terre (vers 830)

Sur son ordre, des astronomes mesurèrent un degré de méridien dans la plaine de Sinjar pour estimer la taille du globe. Le résultat fut d'une précision étonnante pour l'époque.

Carte du monde al-Ma'mūniyya (vers 830)

Les géographes du calife dressèrent une carte révisée du monde connu, corrigeant les données de Ptolémée. Elle figure parmi les premières grandes cartes scientifiques de l'Islam médiéval.

Patronage des Zij (tables astronomiques) (règne 813-833)

Il soutint l'établissement de tables astronomiques fondées sur l'observation, dont celles liées à al-Khwarizmi. Ces tables servirent à prévoir les positions des astres.

Soutien aux mathématiques d'al-Khwarizmi (vers 820)

Sous son patronage, al-Khwarizmi rédigea son traité fondateur de l'algèbre. Le mot « algorithme » dérive du nom de ce savant attaché à la cour du calife.

Instauration de la mihna (833)

Al-Ma'mūn imposa la doctrine mutazilite du Coran créé par une épreuve officielle des juges et savants. Cette politique controversée marqua durablement les relations entre pouvoir et religion.

Anecdotes

Selon les chroniqueurs, al-Ma'mūn envoyait des émissaires jusqu'à Constantinople pour acheter ou copier des manuscrits grecs anciens. La légende raconte qu'il aurait exigé des manuscrits scientifiques comme tribut de guerre auprès de l'empereur byzantin, préférant les livres à l'or.

Le calife finança une expédition d'astronomes dans la plaine de Sinjar pour mesurer la longueur d'un degré de méridien terrestre. En comparant les positions des étoiles à différentes latitudes, ses savants calculèrent la circonférence de la Terre avec une précision remarquable pour l'époque.

Al-Ma'mūn accéda au trône après une guerre civile sanglante contre son demi-frère al-Amin, qui se termina par le siège de Bagdad en 813. Il dut ensuite déménager temporairement sa cour à Merv, en Asie centrale, avant de rétablir l'autorité abbasside sur la capitale.

Passionné de débats, il organisait dans son palais des controverses (majlis) où philosophes, théologiens musulmans, chrétiens, juifs et zoroastriens discutaient librement de questions de raison et de foi. Le calife y participait lui-même, défendant l'usage de la logique grecque.

Vers la fin de son règne, al-Ma'mūn imposa la doctrine du « Coran créé » par une épreuve appelée la mihna, une sorte d'inquisition qui contraignait les juges et savants à adopter cette position rationaliste, emprisonnant ceux qui refusaient comme le célèbre théologien Ahmad ibn Hanbal.

Sources primaires

Tabari, Histoire des prophètes et des rois (Tarikh al-rusul wa al-muluk) (vers 915)
Al-Ma'mūn était l'homme le plus savant parmi les califes en matière de jurisprudence et de sciences ; il aimait s'entourer de savants et débattre avec eux.
Ibn al-Nadim, Le Fihrist (Catalogue) (987)
Al-Ma'mūn vit en songe Aristote et l'interrogea sur le bien ; ce rêve l'incita à faire venir les livres des philosophes des pays des Grecs et à les faire traduire.
Al-Mas'udi, Les Prairies d'or (Muruj al-dhahab) (vers 947)
Il rassembla autour de lui les hommes de science, fonda la Maison de la Sagesse et fit traduire les ouvrages des Anciens en langue arabe.
Ibn Khallikan, Vies des hommes illustres (Wafayat al-a'yan) (XIIIe siècle)
Aucun calife avant lui n'avait à ce point encouragé le savoir ni récompensé les savants et les traducteurs avec autant de générosité.

Lieux clés

Bagdad

Capitale de l'Empire abbasside et siège de la Maison de la Sagesse, foyer mondial du savoir au IXe siècle. Al-Ma'mūn y régna après en avoir repris le contrôle en 819.

Merv

Grande ville du Khorassan (actuel Turkménistan) où al-Ma'mūn fut gouverneur puis établit sa cour au début de son règne. Il y prépara la reconquête de Bagdad.

Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma), Bagdad

Institution de traduction et de recherche que le calife développa, réunissant astronomes, mathématiciens et traducteurs. C'est là que furent transposés en arabe les savoirs grecs, perses et indiens.

Plaine de Sinjar

Région du nord de la Mésopotamie où les astronomes du calife mesurèrent la longueur d'un degré de méridien vers 830. L'expérience permit d'estimer la circonférence de la Terre.

Tarse

Ville de Cilicie, à la frontière byzantine, où al-Ma'mūn mourut en 833 lors d'une campagne militaire. Il y fut enterré.

Voir aussi