Béhémoth

Béhémoth

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MythologieSpiritualitéAvant J.-C.Antiquité hébraïque, époque de la rédaction des textes bibliques (Ier millénaire av. J.-C.)

Béhémoth est une créature monstrueuse de la Bible hébraïque, décrite comme une bête terrestre colossale et primordiale. Dans le Livre de Job, Dieu l'évoque pour illustrer sa toute-puissance face à l'humanité. La tradition juive en fait le pendant terrestre du monstre marin Léviathan.

Questions fréquentes

Pour comprendre qui est Béhémoth, il faut se rappeler que ce n'est pas un simple monstre : dans le Livre de Job, Dieu le décrit du fond d'une tempête pour montrer à l'homme sa petitesse face à la Création. Ce qu'il faut retenir, c'est que Béhémoth incarne la puissance brute et indomptable de la nature, que seul Dieu peut maîtriser. Contrairement aux idées reçues, il ne fait pas le mal : il est une preuve de la souveraineté divine, un exemple de la démesure du monde créé.

Citations célèbres

« Vois Béhémoth, que j'ai créé comme toi : il mange de l'herbe comme le bœuf. »

Faits marquants

  • Apparaît dans le Livre de Job (chapitre 40), texte rédigé vraisemblablement entre le VIe et le IVe siècle av. J.-C.
  • Décrit comme une bête terrestre à la force colossale, broutant l'herbe, aux os comme des tubes d'airain
  • Forme avec le Léviathan (monstre marin) un couple de créatures primordiales du chaos dans la tradition juive
  • La tradition rabbinique en fait un animal réservé au festin des justes à la fin des temps
  • Son nom hébreu (behemot) est un pluriel d'intensité signifiant littéralement « les bêtes », évoquant une bête par excellence

Œuvres & réalisations

Livre de Job (chapitres 40-41) (VIe-IVe siècle av. J.-C.)

Texte fondateur où Dieu décrit Béhémoth puis Léviathan pour répondre à Job. C'est la source biblique de toute la tradition sur la bête.

Livre d'Hénoch (1 Hénoch, ch. 60) (IIe-Ier siècle av. J.-C.)

Premier texte à séparer nettement Béhémoth (terre) et Léviathan (mer) et à les situer dans des lieux mythiques précis.

Quatrième livre d'Esdras et Apocalypse de Baruch (fin du Ier siècle ap. J.-C.)

Apocryphes juifs qui posent l'idée du festin des temps derniers, où les deux monstres seront mangés par les justes.

Talmud de Babylone, traité Baba Batra (74b-75a) (IIIe-Ve siècle ap. J.-C.)

Développe les légendes de Béhémoth broutant mille montagnes et de son affrontement final avec Léviathan.

Le Paradis perdu, de John Milton (1667)

Le poète anglais y nomme Béhémoth « le plus grand fils de la Terre », parmi les créatures de la Création.

Behemoth, de Thomas Hobbes (1681)

Essai sur la guerre civile anglaise, pensé comme le pendant du Léviathan : le monstre y symbolise le chaos et le désordre civil.

Béhémoth et Léviathan, gravure de William Blake (1826)

Planche des Illustrations du Livre de Job, image célèbre montrant les deux monstres encadrés par la puissance divine.

Dictionnaire infernal, de Collin de Plancy (1818 (édition illustrée 1863))

Range Béhémoth parmi les démons et fixe son image populaire de monstre ventru à tête d'éléphant, démon de la gourmandise.

Anecdotes

Le nom « Béhémoth » est en réalité un pluriel hébreu du mot behemah, qui veut dire « bête » ou « animal ». En hébreu, mettre un mot au pluriel sert parfois à le grossir : Béhémoth signifie donc quelque chose comme « la bête des bêtes », la super-bête. Le nom à lui seul annonce un monstre démesuré.

Dans le Livre de Job, Dieu ne raconte pas une histoire de Béhémoth : il s'en sert pour clouer le bec à Job. Du fond d'une tempête, il décrit cette créature que personne ne peut capturer ni dompter, pour montrer à l'homme à quel point il est petit face à la puissance de la Création.

La tradition juive forme un trio de monstres primordiaux : Béhémoth règne sur la terre ferme, Léviathan sur la mer, et le Ziz sur le ciel. Selon plusieurs textes, à la fin des temps, leur chair sera servie en festin aux justes lors du grand banquet messianique.

Depuis des siècles, des savants se demandent si Béhémoth décrit un animal réel : sa façon de brouter l'herbe et de se vautrer dans les marais évoque l'hippopotame ou l'éléphant. Mais le détail de la « queue raide comme un cèdre » continue de diviser les spécialistes.

Au XIXe siècle, le démonologue Collin de Plancy a transformé Béhémoth en démon de la gourmandise dans son Dictionnaire infernal, le représentant en gros monstre à tête d'éléphant et au ventre rebondi — très loin de la bête sauvage et puissante de la Bible.

Sources primaires

Livre de Job, ch. 40, v. 15-19 (Bible hébraïque) (VIe-IVe siècle av. J.-C. (rédaction))
Vois Béhémoth, que j'ai créé comme toi : il se nourrit d'herbe comme le bœuf. Sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de son ventre. Il raidit sa queue comme un cèdre ; ses os sont des tubes d'airain.
Livre d'Hénoch, 60, 7-8 (1 Hénoch) (IIe-Ier siècle av. J.-C.)
En ce jour, deux monstres seront séparés l'un de l'autre : un monstre femelle, nommé Léviathan, pour habiter dans les abîmes de la mer ; et un monstre mâle, nommé Béhémoth, qui occupe de sa poitrine un désert immense nommé Dendaïn.
Quatrième livre d'Esdras, 6, 49-52 (4 Esdras) (fin du Ier siècle ap. J.-C.)
Alors tu as conservé deux créatures : tu as appelé l'une Béhémoth et l'autre Léviathan. Tu les as séparées l'une de l'autre... À Béhémoth tu as donné une des parties qui furent desséchées le troisième jour, là où se trouvent mille montagnes.
Apocalypse de Baruch (2 Baruch), 29, 4 (fin du Ier siècle ap. J.-C.)
Et Béhémoth sortira de son lieu, et Léviathan montera de la mer, ces deux grands monstres que j'ai créés au cinquième jour de la création, et que j'ai gardés jusqu'à ce temps ; alors ils serviront de nourriture à tous ceux qui resteront.
Talmud de Babylone, traité Baba Batra, 74b (IIIe-Ve siècle ap. J.-C.)
Les sages enseignent que Béhémoth paît chaque jour l'herbe de mille montagnes, et que ces montagnes refont pousser leur pâture pendant la nuit, afin que la bête trouve toujours de quoi se nourrir.

Lieux clés

Le désert de Dendaïn

Selon le Livre d'Hénoch, Béhémoth occupe de sa poitrine un désert immense nommé Dendaïn, situé à l'est du jardin d'Éden. C'est sa demeure mythique sur la terre ferme.

Les rives du Jourdain et les marais

Le Livre de Job imagine Béhémoth confiant dans les eaux : il reste calme quand le Jourdain se jette dans sa gueule, couché parmi les roseaux. Le fleuve réel sert ici de décor à la bête.

Les mille montagnes nourricières

La tradition rabbinique place Béhémoth sur mille montagnes dont l'herbe lui sert de pâture quotidienne. Ces hauteurs mythiques disent l'étendue de son territoire.

Le monde à venir (Olam Haba)

Lieu du banquet de la fin des temps où, selon les textes juifs, la chair de Béhémoth nourrira les justes. C'est un espace eschatologique, hors du temps ordinaire.

L'Enfer de la démonologie chrétienne

Dans le Dictionnaire infernal, Béhémoth devient un démon des Enfers, gardien des festins et de la gourmandise. Le lieu marque sa transformation en figure diabolique.

Voir aussi