Romancière et salonnière française (1682-1749), elle tint l'un des salons littéraires les plus influents du XVIIIe siècle à Paris. Mère abandonnée de d'Alembert, elle est l'auteure de romans sentimentaux et historiques comme les Mémoires du comte de Comminge.
Claudine Guérin de Tencin(1682 — 1749)
Claudine Guérin de Tencin
France
8 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née en 1682 à Grenoble dans une famille noble du Dauphiné
- Abandonna son fils illégitime Jean le Rond d'Alembert à sa naissance en 1717, devenu grand philosophe encyclopédiste
- Publia son premier roman, Mémoires du comte de Comminge, en 1735
- Son salon rue Saint-Honoré réunit Fontenelle, Marivaux, Montesquieu et Helvétius
- Décédée en 1749, laissant une œuvre romanesque en trois titres majeurs
Œuvres & réalisations
Roman sentimental et tragique, considéré comme son chef-d'œuvre, narrant un amour impossible entre deux amants séparés par les convenances sociales et la vie religieuse. Publié anonymement, il fut immédiatement salué par la critique et connut plusieurs rééditions au XVIIIe siècle.
Roman historique inspiré de l'épisode des Bourgeois de Calais (1347), mêlant héroïsme patriotique et passion amoureuse. Il témoigne de l'intérêt de Tencin pour l'histoire nationale et de sa maîtrise du roman à intrigue complexe.
Dernier roman majeur de Tencin, explorant les tourments de la passion et les obstacles imposés par la société aux individus guidés par leur cœur. Cette œuvre confirme son style : écriture sobre, psychologie fine, dénouements tragiques.
Plus qu'une simple réunion mondaine, le salon de Tencin fut un véritable laboratoire des Lumières où furent discutés des textes philosophiques et littéraires majeurs. Elle y favorisa notamment la carrière de Marivaux et entretint un dialogue intellectuel constant avec Montesquieu.
Anecdotes
En 1717, Claudine de Tencin donna naissance à un fils qu'elle abandonna sur les marches de l'église Saint-Jean-le-Rond à Paris, en plein hiver. L'enfant fut recueilli par une vitrière et placé à l'Assistance publique. Cet enfant abandonné devint Jean le Rond d'Alembert, l'un des plus grands mathématiciens du XVIIIe siècle et co-directeur de l'Encyclopédie avec Diderot.
En 1726, un homme nommé Charles de La Fresnaie se suicida par balle dans l'appartement de Claudine de Tencin, laissant une lettre la tenant responsable de son malheur. Elle fut arrêtée et emprisonnée à la Bastille plusieurs semaines avant d'être innocentée. Cet événement scandaleux ne l'empêcha pas de rebâtir sa réputation et de rouvrir son salon.
Claudine de Tencin avait été contrainte par sa famille d'entrer au couvent de Montfleury, près de Grenoble, à l'âge de treize ans. Elle obtint finalement une dispense papale de ses vœux, grâce à l'influence de son frère Pierre qui devint cardinal. Cette liberté reconquise lui permit de s'installer à Paris et de mener la vie mondaine et intellectuelle à laquelle elle aspirait.
Son salon de la rue Saint-Honoré était surnommé le « bureau d'esprit » par ses contemporains. Elle y réunissait chaque semaine Fontenelle, Marivaux, Montesquieu et Marmontel, et Montesquieu y lut des passages de L'Esprit des lois avant même leur publication. Ce salon fut l'un des laboratoires intellectuels des Lumières naissantes.
Claudine de Tencin publia ses romans de façon anonyme, comme c'était souvent l'usage pour les femmes de lettres au XVIIIe siècle. Ses Mémoires du comte de Comminge furent d'abord attribués à un auteur masculin. Ce n'est qu'après sa mort que l'ensemble de son œuvre romanesque lui fut définitivement attribué, révélant l'une des voix féminines les plus importantes de la littérature des Lumières.
Sources primaires
Je n'avois pas encore seize ans lorsque mon père revint d'une longue absence. Il étoit d'un caractère dur et inflexible ; ses passions, longtemps contrariées, n'avoient fait que s'aigrir. Adelaïde de Lussan étoit la seule personne qu'il m'eût défendu d'aimer.
La gloire et l'amour sont les deux passions qui ont le plus d'empire sur les grandes âmes ; mais quand elles se trouvent ensemble, la gloire doit toujours l'emporter sur des sentiments qui ne regardent que nous seuls.
Il n'est point de sentiment plus doux que celui de l'amour lorsqu'il est partagé ; il n'en est point de plus cruel lorsque la fatalité s'oppose à son bonheur et que les convenances du monde étouffent les mouvements du cœur.
Lieux clés
Claudine de Tencin naquit à Grenoble en 1682 dans une famille de noblesse de robe dauphinoise. C'est au couvent de Montfleury, près de Grenoble, qu'elle fut contrainte de prononcer ses vœux religieux avant d'obtenir sa dispense papale.
C'est dans son appartement parisien de la rue Saint-Honoré que Claudine tint son célèbre salon littéraire, réunissant les plus grands esprits des Lumières naissantes. Ce lieu fut un centre névralgique de la vie intellectuelle parisienne de 1726 à 1749.
C'est sur les marches de cette petite église attenante à Notre-Dame de Paris que Claudine abandonna son fils nouveau-né en 1717. L'enfant fut baptisé Jean le Rond, prénom tiré du nom de l'église, avant de devenir le mathématicien d'Alembert.
Suite au scandale du suicide de Charles de La Fresnaie dans son appartement en 1726, Claudine de Tencin fut emprisonnée à la Bastille. Elle y resta quelques semaines avant d'être innocentée et libérée.
Claudine de Tencin fréquenta la cour royale pendant la Régence et le règne de Louis XV, cherchant à obtenir des faveurs pour son frère le cardinal. Ses manœuvres politiques à Versailles lui valurent autant d'admirateurs que d'ennemis.
Objets typiques

Outil indispensable de la femme de lettres au XVIIIe siècle, la plume taillée servait à rédiger romans et correspondances. Tencin écrivait ses œuvres à la plume, souvent le soir à la lumière des bougies.

Meuble emblématique des salons parisiens du style Régence et Louis XV, aux lignes courbes et tissu de soie. Autour de ces sièges disposés en cercle, hôtesse et invités débattaient de littérature et de philosophie.

Le café et le chocolat chaud étaient les boissons mondaines par excellence dans les salons du XVIIIe siècle. Servis dans des tasses délicates, ils accompagnaient les conversations brillantes des soirées de Tencin.

Instrument de musique présent dans tout salon digne de ce nom, le clavecin divertissait les invités entre les joutes oratoires. La musique était considérée comme un art mondain essentiel dans les cercles que fréquentait Tencin.

Les livres reliés en cuir ornaient la bibliothèque des salonnières cultivées. Tencin lisait et faisait lire les manuscrits inédits de ses protégés avant leur publication, jouant le rôle de premier lecteur critique.

Accessoire féminin incontournable au XVIIIe siècle, l'éventail ornait les mains des femmes du monde dans les salons. Il servait autant à se rafraîchir qu'à ponctuer la conversation par des gestes expressifs et codifiés.

La lettre était le principal moyen de communication entre gens de lettres et philosophes. Tencin entretenait une correspondance nourrie avec les habitués de son salon pour les inviter, commenter leurs œuvres ou tisser ses réseaux d'influence.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Claudine de Tencin se levait tard, comme le voulait l'usage pour les femmes du monde au XVIIIe siècle. Elle recevait ses visiteurs intimes lors d'une 'toilette' semi-publique, commentant les nouvelles du jour tout en se faisant coiffer et habiller par ses domestiques. Elle consacrait ces heures à lire son courrier et à dicter sa correspondance.
Après-midi
L'après-midi était consacré à des visites dans d'autres salons parisiens ou à des démarches dans les milieux littéraires et politiques. Elle se rendait parfois à la Comédie-Française assister aux nouvelles pièces, souvent celles de Marivaux, l'un de ses protégés. Ces sorties lui permettaient d'entretenir le réseau d'influence qui faisait la puissance d'une salonnière.
Soir
Les soirées du salon commençaient vers cinq ou six heures et duraient parfois jusqu'à minuit. Claudine présidait la conversation avec finesse, distribuant la parole, orientant les débats, veillant à ce que chacun pût briller. La soirée se terminait souvent par la lecture d'un manuscrit inédit, suivie d'une discussion animée sur ses mérites.
Alimentation
L'alimentation des gens du monde parisien au XVIIIe siècle était raffinée : viandes en sauces, légumes du potager, pâtisseries et entremets sucrés. Le café et le chocolat chaud étaient consommés au salon, tandis que les repas principaux se prenaient en petit comité accompagnés de vins fins. Le souper tardif après le théâtre était une institution sociale incontournable.
Vêtements
Claudine de Tencin portait les grandes robes à panier de son époque, en soieries brodées aux coloris pastels selon la mode rococo en vigueur sous Louis XV. Ses cheveux poudrés étaient ornés de petites fleurs ou de rubans, et ses poignets parés de dentelle fine. En tant que salonnière influente, son apparence était un signal de statut social et de raffinement culturel.
Habitat
Son appartement parisien de la rue Saint-Honoré était aménagé à la mode du temps : plafonds moulurés, boiseries peintes en blanc et or, miroirs en trumeau, fauteuils recouverts de tapisseries des Gobelins. La grande pièce de réception constituait le cœur du lieu, entourée d'un boudoir et d'un cabinet de travail garni de livres. L'appartement reflétait à la fois le goût esthétique de son occupante et sa volonté d'impressionner ses illustres visiteurs.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style rococo français du règne de Louis XV : pastels poudrés, boiseries dorées, soieries et atmosphère de salon intime à la bougie, dans l'esprit de Boucher et Watteau.
Ambiance sonore
Ambiance feutrée d'un salon parisien du règne de Louis XV : conversation brillante et rires discrets, clavecin en sourdine, feu de cheminée crépitant et froissement de soie sur le parquet.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Mémoires du comte de Comminge
1735
Le Siège de Calais, nouvelle historique
1739
Les Malheurs de l'amour
1747
Salon littéraire de la rue Saint-Honoré
1726–1749
Voir aussi
Personnages liés

Anne de Grande-Bretagne
1665 — 1714

Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert

Cardinal de Richelieu
1585 — 1642

Cardinal Mazarin
1602 — 1661

Charles XII de Suède

Ekaterina Vorontsova-Dachkova
1743 — 1810
