Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert
Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert
Femme de lettres et salonnière parisienne (1647-1733), elle tint l'un des salons littéraires les plus influents de la Régence, fréquenté par Fontenelle, Montesquieu et Marivaux. Pionnière de la réflexion sur l'éducation des femmes, elle défendit leur accès à la vie intellectuelle.
Citations célèbres
« Il faut cultiver son esprit pour être en état de converser avec les hommes, et son cœur pour être en état de les aimer. »
« La gloire est le soleil des morts. »
Faits marquants
- 1647 : Naissance à Paris dans une famille de la noblesse de robe
- Vers 1710 : Ouverture de son salon rue de Richelieu, l'un des plus influents de la Régence
- 1727 : Publication posthume des Avis d'une mère à son fils et Avis d'une mère à sa fille
- Elle milita pour l'admission des femmes à l'Académie française
- 1733 : Mort à Paris, laissant une œuvre morale et philosophique majeure
Œuvres & réalisations
Texte d'éducation morale adressé à son fils, prônant la vertu, l'honneur et le mérite personnel contre les seuls privilèges de la naissance. Réédité des dizaines de fois, il fut traduit en plusieurs langues européennes.
Pendant féminin du texte précédent, il défend l'éducation sérieuse des jeunes filles et leur droit à la vie intellectuelle, contre les préjugés de l'époque. Texte pionnier dans la réflexion sur l'émancipation féminine par le savoir.
Essai court mais décisif dénonçant l'injustice de priver les femmes d'éducation pour ensuite leur reprocher leur ignorance. Considéré comme un texte précurseur des Lumières féministes, il anticipe les thèses de Condorcet.
Réflexion philosophique sur la nature de l'amitié véritable, distinguée de la flatterie et de l'intérêt. Mme de Lambert y développe une éthique des relations sociales fondée sur la vertu partagée.
Méditation personnelle sur l'art de vieillir avec dignité et sérénité, inspirée de l'Antiquité (Cicéron) mais traversée d'une expérience intime. Témoigne d'une pensée stoïcienne adaptée à la sensibilité moderne.
Sa correspondance avec Fontenelle, Montesquieu et d'autres figures des Lumières constitue un document précieux sur la vie intellectuelle de la Régence et sur le rôle des salonnières dans la diffusion des idées.
Anecdotes
Le salon de Mme de Lambert à l'Hôtel de Nevers était surnommé « l'antichambre de l'Académie française » : plusieurs académiciens y furent, dit-on, « préparés » avant leur élection officielle. Fontenelle, La Motte-Houdar et Marivaux y fréquentaient les mardis littéraires, et l'on assurait qu'aucune candidature sérieuse ne se passait de son appui.
Ses « Réflexions nouvelles sur les femmes » circulèrent d'abord en manuscrit dans les milieux lettrés avant d'être imprimées en 1727 sans son autorisation, à La Haye. Mme de Lambert, soucieuse de sa réputation et de la bienséance, désavoua publiquement cette édition tout en ne démentant pas le fond de ses idées.
Après la mort de son mari en 1686, Mme de Lambert dut mener un long procès pour récupérer sa dot et sa fortune personnelle, englouties dans les dettes du marquis. Cette expérience douloureuse nourrit sa réflexion sur la dépendance juridique des femmes et sur l'importance de leur éducation.
Montesquieu, alors jeune président à mortier de Bordeaux, fréquenta assidûment le salon de Mme de Lambert dans les années 1720. Il y lut des extraits de ses « Lettres persanes » et reconnut plus tard l'influence de ces discussions sur l'élaboration de sa pensée politique.
Mme de Lambert rédigea ses « Avis à son fils » et ses « Avis à sa fille » à usage privé, comme lettres d'éducation destinées à ses propres enfants. Lorsqu'ils furent publiés, leur succès fut immédiat : ils furent réédités des dizaines de fois et traduits en plusieurs langues, ce que leur autrice, modeste en apparence, n'avait nullement prémédité.
Sources primaires
« La vertu seule donne une véritable noblesse ; les titres et la naissance ne font que prêter un faux éclat à ceux qui en sont dépourvus. »
« Les femmes ont deux partis à prendre : ou la retraite et les occupations sérieuses, ou le monde et la coquetterie. Il n'y a point de milieu qui ne les dégrade. »
« On ôte aux femmes l'éducation et les vertus, et on leur reproche ensuite de n'avoir ni l'une ni les autres. C'est une injustice criante. »
« L'amitié est un commerce d'âme à âme ; elle ne peut exister qu'entre des personnes qui ont les mêmes principes et les mêmes sentiments sur l'honneur et la vertu. »
« La vieillesse est un état dont il faut prendre le parti décidément : ou l'on s'y résigne avec sagesse, ou l'on y résiste avec ridicule. »
Lieux clés
Résidence parisienne de Mme de Lambert à partir de 1710, où se tint son célèbre salon pendant plus de vingt ans. Ce lieu devint le centre intellectuel de la Régence, fréquenté par Fontenelle, Montesquieu, Marivaux et La Motte-Houdar.
Institution dont Mme de Lambert influença plusieurs élections sans pouvoir y siéger, en tant que femme. Son salon fut surnommé « l'antichambre de l'Académie » tant son appui était décisif pour les candidats.
Domaine seigneurial du marquis de Lambert, où Anne Thérèse vécut une partie de sa vie de femme mariée. C'est là qu'elle rédigea ses premiers textes éducatifs destinés à ses enfants.
Lieu de promenade et de sociabilité parisienne sous la Régence, à proximité du salon Lambert. Les allées du Palais-Royal étaient le prolongement naturel des conversations philosophiques des salons environnants.
