Biographie

El est la divinité suprême du panthéon cananéen et ougaritique, père des dieux et des hommes. Dieu créateur et juge divin, il préside au conseil des dieux. Son culte est attesté à travers tout le Proche-Orient sémitique antique.

El

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MythologieSpiritualitéAvant J.-C.Proche-Orient antique, Bronze récent et Âge du Fer (IIe-Ier millénaire av. J.-C.)
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Questions fréquentes

El est le dieu suprême du panthéon cananéen, souvent appelé « Taureau El » pour sa puissance et sa fertilité. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'est pas seulement le créateur du monde et des humains, mais aussi le juge souverain qui préside l'assemblée divine depuis sa demeure mythique à la source des deux fleuves. Il est le père des dieux et des hommes, et son nom même est à l'origine de termes comme « Israël » ou « Allah ».

Faits marquants

  • El est attesté dans les textes d'Ougarit (actuelle Syrie) datant du XIVe-XIIIe siècle av. J.-C.
  • Son nom signifie simplement 'dieu' en hébreu, araméen et arabe anciens
  • Il est le père de Baal et de nombreuses autres divinités du panthéon cananéen
  • Le terme El est directement lié à Elohim, l'un des noms de Dieu dans la Bible hébraïque
  • Son culte illustre la transition progressive vers le monothéisme dans les sociétés sémitiques

Œuvres & réalisations

Cycle de Baal (KTU 1.1–1.6, tablettes d'Ugarit) (vers 1400–1200 av. J.-C.)

Grand ensemble mythologique ougaritique dans lequel El joue le rôle de père souverain, accordant ou refusant le pouvoir royal aux dieux. C'est la principale source narrative sur sa personnalité divine et son rôle de juge cosmique.

Mythe de la naissance de Shahar et Shalim (KTU 1.23) (vers 1400–1200 av. J.-C.)

Texte rituel ougaritique dans lequel El engendre les dieux de l'Aurore et du Crépuscule. Il illustre la fonction de créateur et de père primordial d'El, géniteur de l'ensemble du panthéon cananéen.

Mythe du repas d'El (KTU 1.114) (vers 1400–1200 av. J.-C.)

Texte ougaritique décrivant un banquet divin présidé par El, où il s'enivre et reçoit un remède rituel. Il révèle la facette hospitalière et festive d'El, hôte généreux de l'assemblée des dieux.

Textes des Rephaïm (KTU 1.20–1.22) (vers 1400–1200 av. J.-C.)

Mythes ougaritiques décrivant un banquet dans la demeure d'El auquel participent les esprits des anciens rois défunts. Témoignent de la fonction d'El comme maître du destin des morts et gardien de la mémoire royale.

Histoire phénicienne de Philon de Byblos (dans Eusèbe, Préparation évangélique) (Ier–IIe siècle apr. J.-C.)

Texte grec conservant des mythes phéniciens dans lesquels El est assimilé au dieu grec Kronos. Philon rapporte sa généalogie divine, ses guerres et son règne cosmique, constituant un pont entre traditions sémitiques et gréco-romaines.

Anecdotes

Dans le Cycle de Baal, El préside le conseil des dieux depuis sa demeure mythique décrite comme la 'source des deux fleuves, au confluent des deux abysses'. C'est là que les dieux viennent lui soumettre leurs requêtes, et sa parole fait loi sur l'assemblée divine. Cette image d'un dieu juge et souverain absolu a profondément influencé la conception de Dieu dans les traditions monothéistes qui lui ont succédé.

Lorsque Baal demande la permission de construire un palais sur le mont Sapan, El ne répond favorablement qu'après l'intervention d'Asherah, son épouse divine. La scène révèle un El à la fois tout-puissant et sensible aux plaidoyers : il célèbre la bonne nouvelle en riant, car la victoire de Baal assure la fertilité de la terre. Ce passage des tablettes d'Ugarit illustre la diplomatie complexe régnant au sein du panthéon cananéen.

Lorsqu'on lui annonce la mort de Baal, El accomplit des rites de deuil spectaculaires : il descend de son trône, s'assoit dans la poussière, se couvre la tête de terre et lacère ses vêtements. Ce comportement, attesté dans les tablettes d'Ugarit (vers 1400–1200 av. J.-C.), montre qu'El n'est pas un dieu froid et distant, mais un père profondément affecté par la mort de ses fils divins.

Un texte ougaritique (KTU 1.114) décrit El ivre lors d'un grand banquet divin, titubant parmi les dieux et incapable de tenir debout. Loin de nuire à son prestige, cet épisode souligne son côté hospitalier et festif : El préside des fêtes légendaires où les dieux sont conviés à sa table. Cette image contraste avec celle du juge austère, révélant toute la complexité du personnage.

Le nom 'El' est à la racine de nombreux noms divins et personnels à travers tout le Proche-Orient : on le retrouve dans 'Israël' (qui signifie 'celui qui lutte avec El'), dans 'Mikaël' ('Qui est comme El ?'), ou encore dans le terme arabe 'Allah'. Cette omniprésence linguistique témoigne de l'influence considérable du dieu suprême cananéen sur les cultures et religions qui lui ont succédé.

Sources primaires

Cycle de Baal (tablettes d'Ugarit, KTU 1.1–1.6) (vers 1400–1200 av. J.-C.)
El dit : 'Je suis sage, et ma sagesse est avec la sagesse éternelle... Que Yam règne sur les dieux !' Puis, lorsque Baal triomphe et qu'Asherah intercède, El accorde sa bénédiction et permet la construction du palais divin.
Mythe de la naissance des dieux gracieux (KTU 1.23, tablette d'Ugarit) (vers 1400–1200 av. J.-C.)
El s'étend sur le rivage de la mer... et les deux femmes crient : 'Père ! Père !' El les prend comme épouses et engendre Shahar et Shalim, les dieux de l'Aurore et du Crépuscule.
Mythe du repas d'El (KTU 1.114, tablette d'Ugarit) (vers 1400–1200 av. J.-C.)
El préside un grand banquet et boit jusqu'à l'ivresse. Il trébuche et tombe dans sa propre fange. Les dieux le soutiennent et lui préparent un remède contre sa gueule de bois.
Histoire phénicienne de Philon de Byblos (transmise par Eusèbe de Césarée, Préparation évangélique) (Ier–IIe siècle apr. J.-C., d'après des sources phéniciennes plus anciennes)
Kronos, que les Phéniciens appellent El, régnait sur le pays... Il portait sur sa tête quatre yeux, deux ouverts et deux fermés, signe qu'il voit tout même dans le sommeil. Il avait deux ailes, symbole de sa sagesse infinie.
Genèse (Bible hébraïque), mentions de El Shaddaï et El Elyon (rédigé entre le Xe et le IVe siècle av. J.-C.)
Et Dieu dit à Abraham : 'Je suis El Shaddaï, marche devant moi et sois intègre.' (Genèse 17:1). Le nom El, désignant la divinité suprême cananéenne, est l'un des plus anciens noms de Dieu conservés dans la tradition biblique.

Lieux clés

Ugarit (Ras Shamra, Syrie)

Cité-État phénicienne où furent découvertes en 1929 les tablettes cunéiformes contenant les mythes d'El. C'est la source archéologique principale de notre connaissance de son culte et de sa personnalité divine.

La source des deux fleuves (demeure mythique d'El)

El réside à la 'source des deux fleuves, au confluent des deux abysses' selon les textes ougaritiques. Ce lieu mythique au bout du monde symbolise l'origine des eaux primordiales et le centre de l'univers.

Canaan (Levant, actuel Israël-Palestine-Liban)

Zone géographique principale où le culte d'El est attesté depuis le IIe millénaire av. J.-C. Son nom et ses attributs ont directement influencé la religion israélite naissante et la Bible hébraïque.

Byblos (Jbeil, Liban)

Ancienne cité phénicienne où le culte d'El, assimilé au dieu grec Kronos, était célébré. Philon de Byblos y puisa les sources phéniciennes sur El qu'il transmit à la postérité gréco-romaine.

Ebla (Tell Mardikh, Syrie)

Cité-État syrienne où les archives cunéiformes (vers 2400 av. J.-C.) livrent les premières mentions documentées d'El comme dieu suprême du panthéon sémitique, attestant l'ancienneté de son culte.

Voir aussi