Etty Hillesum est une jeune Juive néerlandaise dont le journal intime, rédigé entre 1941 et 1943, témoigne d'une profonde vie intérieure face à la persécution nazie. Travailleuse sociale au camp de transit de Westerbork, elle refuse de fuir et choisit de partager le sort de son peuple. Elle est déportée à Auschwitz et y meurt en novembre 1943 à 29 ans.
Etty Hillesum(1914 — 1943)
Etty Hillesum
Royaume des Pays-Bas
7 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Il y a en moi une source très profonde. Et dans cette source, il y a Dieu.»
« La vie est belle et riche de sens, malgré tout.»
Faits marquants
- Naissance à Middelburg (Pays-Bas) en 1914 dans une famille juive cultivée
- Rédige son journal intime de mars 1941 à octobre 1942, publié posthumément en 1981
- Travaille volontairement comme assistante sociale au camp de transit de Westerbork (1942-1943)
- Déportée à Auschwitz le 7 septembre 1943, meurt le 30 novembre 1943
- Son journal et ses lettres sont traduits dans plus de vingt langues et constituent un témoignage spirituel majeur du XXe siècle
Œuvres & réalisations
Journal rédigé entre mars 1941 et septembre 1943, couvrant sa vie intérieure, sa relation à Dieu, l'amour et la montée des persécutions. C'est l'un des témoignages spirituels et littéraires majeurs de la Shoah.
Correspondance envoyée depuis le camp de transit de Westerbork à ses amis d'Amsterdam, décrivant la vie quotidienne des détenus avec une lucidité et une humanité saisissantes.
Édition intégrale rassemblant les huit cahiers du journal et l'ensemble de la correspondance, permettant une lecture exhaustive de l'œuvre d'Etty Hillesum.
Anecdotes
Etty Hillesum commença à tenir son journal intime en mars 1941, sur les conseils de son thérapeute Julius Spier, un chirologue disciple de Carl Jung. Ce geste, destiné à mieux se connaître, devint l'un des témoignages les plus profonds sur la vie intérieure d'une jeune femme sous l'Occupation nazie. Elle n'imaginait pas alors que ces pages allaient traverser les décennies.
Bien qu'elle ait eu plusieurs occasions de fuir les Pays-Bas et de se cacher, Etty Hillesum refusa de partir. Elle choisit délibérément de rejoindre ses compatriotes juifs au camp de transit de Westerbork en juillet 1942, d'abord comme assistante du Conseil juif, pour témoigner et aider ceux qui souffraient. Ce choix éthique radical la distingue parmi les figures de la Shoah.
Dans le camp de Westerbork, Etty Hillesum envoyait régulièrement des lettres à ses amis d'Amsterdam, décrivant avec une lucidité bouleversante la vie quotidienne des déportés, les trains du mardi partant vers l'Est, et sa propre transformation spirituelle. Ces lettres circulaient sous le manteau et étaient lues en secret par des cercles résistants.
Le 7 septembre 1943, Etty Hillesum fut déportée à Auschwitz avec sa famille dans un convoi de marchandises. Selon le témoignage d'un rescapé, elle jeta par la fenêtre du wagon une carte postale ramassée par un paysan, qui la posta. On y lisait : « Nous avons quitté le camp en chantant. » Elle mourut le 30 novembre 1943.
Sources primaires
« Il faut accepter la mort pour pouvoir vivre pleinement. Et si l'on accepte la mort, alors la vie devient plus précieuse et non moins précieuse. »
« Je ne me sens pas prisonnière... Je vis librement à l'intérieur, même si je suis entourée de barbelés. »
« Malgré tout, je trouve cette vie belle et je trouve le sens de cette vie. Oui, même ici, maintenant, en ce moment. »
« Je ne veux pas me défiler. Je ne peux pas. Si je me planquais, je perdrais ma raison d'être. Je dois rester là où je suis et partager le sort de ceux qui ont le même destin que moi. »
Lieux clés
Etty vivait dans une grande maison partagée à Amsterdam où elle tenait ses cours et rédigeait son journal. C'est là qu'elle rencontra Julius Spier et entama sa transformation intérieure.
Principal camp de transit néerlandais, d'où partaient chaque mardi les convois vers Auschwitz et Sobibor. Etty y vécut et travailla de juillet 1942 à septembre 1943, témoignant des conditions de vie par ses lettres.
Camp d'extermination nazi où Etty Hillesum fut déportée le 7 septembre 1943 avec sa famille. Elle y mourut le 30 novembre 1943 à l'âge de 29 ans.
Etty y étudia le droit puis la slavistique à partir de 1932. C'est dans ce milieu intellectuel qu'elle développa sa sensibilité littéraire et philosophique.
Ville natale d'Etty Hillesum, où elle naquit le 15 janvier 1914 dans une famille juive intellectuelle. Son père y était directeur de lycée.
Objets typiques

Etty remplissait des cahiers d'écolier de ses réflexions intimes, philosophiques et spirituelles. Ces huit cahiers manuscrits, sauvés par son amie Maria Tuinzing, constituent l'essentiel de son œuvre.
📷 CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons ↗
Outil indispensable de son existence, le stylo plume accompagnait Etty partout, même à Westerbork, où elle continuait d'écrire malgré les conditions précaires.
📷 CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons ↗
Etty lisait assidûment la Bible (notamment les Psaumes) et les Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, qui nourrissaient profondément sa vie spirituelle et son écriture.

Le signe distinctif imposé aux Juifs par les occupants nazis à partir d'avril 1942. Etty portait cette étoile cousue sur ses vêtements, symbole de la persécution à laquelle elle était soumise.

Le dernier signe de vie d'Etty fut une carte postale lancée depuis le wagon de déportation le 7 septembre 1943, ramassée par un paysan et postée — ultime témoignage de sa liberté intérieure.

À Westerbork, les détenus dormaient dans des baraquements surpeuplés avec des conditions de froid extrême ; les couvertures étaient des biens précieux que les internés emportaient dans leurs déportations.
📷 CC BY 4.0 · Wikimedia Commons ↗Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Etty se levait tôt dans la maison partagée de la Gabriël Metsustraat à Amsterdam. Elle commençait souvent sa journée par une séance d'écriture dans son journal, cherchant à clarifier ses pensées avant que la journée ne commence. Elle prenait un petit déjeuner simple — pain, thé — dans la cuisine commune.
Après-midi
L'après-midi, Etty donnait des cours particuliers de russe et d'autres langues pour subvenir à ses besoins. Elle recevait aussi des patients de Julius Spier ou participait à des séances de chirologieavec lui. Elle lisait intensément — la Bible, Rilke, Dostoïevski, les philosophes — dans sa chambre ou dans les bibliothèques encore accessibles aux Juifs.
Soir
Le soir, Etty écrivait longuement dans son journal, consignant ses réflexions sur l'amour, Dieu et la condition humaine. Elle retrouvait ses amis pour des discussions intellectuelles ou philosophiques, parfois autour d'un repas frugal. La menace des rafles pesait sur chaque soirée, imposant une vigilance silencieuse.
Alimentation
Sous l'Occupation, la nourriture était rationnée et les Juifs soumis à des restrictions supplémentaires. Etty vivait simplement — pain, légumes, produits de base — partageant souvent les repas avec les colocataires de la grande maison. À Westerbork, les rations étaient encore plus réduites, distribuées collectivement dans les baraquements.
Vêtements
Etty portait les vêtements discrets et fonctionnels des étudiantes néerlandaises des années 1940 : robes ou jupes droites, chandails, manteau sombre. À partir d'avril 1942, elle était contrainte de coudre l'étoile jaune sur ses vêtements, marqueur visible et humiliant imposé par les nazis à tous les Juifs des Pays-Bas occupés.
Habitat
Etty vivait dans une grande maison bourgeoise partagée au 27 Gabriël Metsustraat à Amsterdam, où Julius Spier tenait aussi ses consultations. Plusieurs personnes y cohabitaient dans une atmosphère intellectuelle et parfois bohème. À Westerbork, elle dormait dans des baraquements collectifs surpeuplés, sur des châlits superposés, dans des conditions rudimentaires.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style visuel intimiste inspiré des intérieurs hollandais et de la photographie documentaire des années 1940 : tons atténués, lumière douce, contraste entre chaleur domestique et austérité des camps.
Ambiance sonore
Ambiance sonore d'Amsterdam occupée et du camp de Westerbork : une tension entre la vie quotidienne ordinaire et la menace sourde de la persécution nazie, ponctuée du silence de l'écriture intérieure.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Journal intime (Het verstoorde leven / Une vie bouleversée)
1941-1943 (publié en 1981)
Lettres de Westerbork (Het denkende hart van de barak)
1942-1943 (publiées en 1982)
Lettres et journaux (édition complète)
1986






