Edith Stein(1891 — 1942)

Edith Stein

Allemagne

9 min de lecture

PhilosophieSpiritualitéPhilosopheMystiqueThéologien(ne)XXe siècleEdith Stein vécut dans une Europe bouleversée par deux guerres mondiales, la montée des totalitarismes et la Shoah. Son parcours intellectuel et spirituel s'inscrit entre la phénoménologie allemande du début du XXe siècle et la persécution nazie.

Edith Stein, philosophe allemande et élève de Husserl, se convertit du judaïsme au catholicisme et devint carmélite sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix. Arrêtée par les nazis en raison de ses origines juives, elle mourut à Auschwitz en 1942. Béatifiée puis canonisée par Jean-Paul II, elle est copatronne de l'Europe.

Questions fréquentes

Edith Stein est une philosophe allemande du XXe siècle, née en 1891 à Breslau dans une famille juive. Ce qui la rend singulière, c'est son parcours exceptionnel : elle fut l'une des premières femmes à obtenir un doctorat en philosophie sous la direction d'Edmund Husserl, avant de se convertir au catholicisme en 1922 après la lecture de l'autobiographie de sainte Thérèse d'Avila. Devenue carmélite sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix, elle fut arrêtée par les nazis en 1942 à cause de ses origines juives et mourut à Auschwitz. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne à la fois l'excellence intellectuelle, la quête spirituelle et le martyre, ce qui lui valut d'être canonisée en 1998 et proclamée copatronne de l'Europe.

Citations célèbres

« Ne pas accepter quoi que ce soit comme la vérité si cela manque d'évidence. »
« Celui qui cherche la vérité cherche Dieu, qu'il le sache ou non. »

Faits marquants

  • Née en 1891 à Breslau (auj. Wrocław) dans une famille juive pratiquante, elle devient agnostique dès l'adolescence.
  • En 1916, elle obtient son doctorat de philosophie sous la direction d'Edmund Husserl et devient son assistante.
  • En 1922, elle se convertit au catholicisme après la lecture de la Vie de sainte Thérèse d'Avila.
  • En 1933, après l'arrivée de Hitler au pouvoir, elle entre au Carmel de Cologne sous le nom de sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix.
  • Arrêtée par la Gestapo en août 1942, elle est déportée et assassinée à Auschwitz. Canonisée par Jean-Paul II en 1998.

Œuvres & réalisations

Sur le problème de l'empathie (Zum Problem der Einfühlung) (1917)

Sa thèse de doctorat, qui analyse philosophiquement la capacité humaine à comprendre l'expérience d'autrui. C'est une contribution majeure à la phénoménologie husserlienne et à la philosophie de la conscience.

De la femme (Die Frau — Fragestellungen und Reflexionen) (1928-1932)

Recueil de conférences sur la vocation, la nature et le rôle de la femme dans la société et l'Église. Edith Stein y défend une vision originale conciliant égalité des droits et complémentarité entre les sexes.

Être fini et Être éternel (Endliches und ewiges Sein) (rédigé 1935-1936, publié 1950)

Son œuvre philosophique majeure, tentant une synthèse entre la phénoménologie de Husserl et la métaphysique de saint Thomas d'Aquin. Elle y explore la question de l'être, de l'âme et de Dieu.

Vie d'une famille juive (Aus dem Leben einer jüdischen Familie) (rédigé vers 1933-1939, publié 1965)

Mémoires sur sa jeunesse dans une famille juive de Breslau, rédigés face à la montée de l'antisémitisme pour témoigner de la dignité et de la richesse de la vie juive allemande.

La Science de la Croix (Kreuzeswissenschaft) (1942)

Étude mystique sur saint Jean de la Croix, rédigée peu avant son arrestation. Elle y développe sa théologie du mystère pascal, unissant souffrance et amour divin — un livre inachevé resté testament spirituel.

Anecdotes

Edith Stein avait obtenu la note maximale à son doctorat de philosophie sous la direction d'Edmund Husserl à Fribourg en 1916, avec une thèse sur l'empathie. Pourtant, malgré ses qualités exceptionnelles, l'université lui refusa le droit de s'habiliter uniquement parce qu'elle était une femme — une injustice qui la marqua profondément et renforça son engagement féministe.

En 1921, lors d'un séjour chez des amis, Edith Stein découvrit par hasard l'autobiographie de sainte Thérèse d'Avila. Elle lut toute la nuit d'une traite et posa le livre au matin en déclarant : 'C'est la vérité.' Cette lecture bouleversa sa vie et la conduisit à se faire baptiser catholique le 1er janvier 1922, rompant avec sa famille juive pratiquante.

Lorsque Hitler prit le pouvoir en 1933, Edith Stein écrivit directement au pape Pie XI pour lui demander de condamner publiquement l'antisémitisme nazi. Elle ne reçut jamais de réponse officielle. Consciente du danger, elle décida peu après d'entrer au Carmel de Cologne, estimant que sa vie 'de femme juive et chrétienne' était désormais un symbole.

Lors de son arrestation par la Gestapo le 2 août 1942, dans le couvent de Echt aux Pays-Bas, Edith Stein dit à sa sœur Rosa, arrêtée avec elle : 'Viens, nous allons pour notre peuple.' Ces quelques mots résument toute sa spiritualité : accepter de souffrir avec les juifs persécutés en tant que chrétienne d'origine juive.

Edith Stein fut canonisée par Jean-Paul II en 1998 et proclamée co-patronne de l'Europe. Cette décision suscita un vif débat : des représentants juifs protestèrent, estimant qu'elle était morte en tant que juive selon les lois nazies, et non en tant que martyre chrétienne. Ce débat illustre la complexité de son identité et de sa mémoire.

Sources primaires

Vie d'une famille juive (Aus dem Leben einer jüdischen Familie) (rédigé vers 1933-1939, publié posthume 1965)
Je veux simplement rapporter ici ce que j'ai vécu moi-même en tant que membre d'une famille juive, car il me semble que c'est la meilleure façon de rendre témoignage à la vérité contre les mensonges qui circulent aujourd'hui.
La Science de la Croix (Kreuzeswissenschaft) (1942, publié posthume 1950)
La croix n'est pas une fin en soi. Elle s'élève et pointe au-delà d'elle-même. Elle est le signe du combat et de la victoire. Elle indique la voie qui mène de la mort à la vie.
Lettre au pape Pie XI (avril 1933)
En tant qu'enfant du peuple juif et en tant que chrétienne et religieuse, j'ose parler au père de la chrétienté de ce qui oppresse des millions d'Allemands. Depuis des semaines, nous voyons en Allemagne des actes qui bafouent toute justice et humanité.
De la femme (Beiträge zur philosophischen Begründung der Psychologie und der Geisteswissenschaften) (1932)
La vocation de la femme est d'être épouse et mère. Mais il y a une autre vocation : celle de la vierge consacrée, qui renonce aux liens terrestres pour se donner entièrement à Dieu et aux hommes.

Lieux clés

Breslau (Wrocław), Pologne

Ville natale d'Edith Stein, où elle naquit en 1891 dans une famille juive bourgeoise. Sa mère Augusta Courant y tenait une entreprise de bois avec autorité et foi, servant de modèle à Edith.

Université de Fribourg-en-Brisgau, Allemagne

Là qu'Edith Stein obtint son doctorat de philosophie en 1916 et travailla comme assistante d'Edmund Husserl. C'est le cœur de sa formation intellectuelle phénoménologique.

Carmel de Cologne, Allemagne

Couvent où Edith Stein entra comme carmélite en octobre 1933, après sa prise de conscience du danger nazi. Elle y prit l'habit et fit sa profession religieuse sous le nom de sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix.

Carmel d'Echt, Pays-Bas

Couvent où Edith Stein fut transférée fin 1938 pour fuir la persécution nazie en Allemagne. Elle y fut arrêtée par la Gestapo le 2 août 1942 avec sa sœur Rosa.

Camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, Pologne

Lieu où Edith Stein fut assassinée dans les chambres à gaz le 9 août 1942. Ce site, symbole de la Shoah, rappelle qu'elle mourut comme des millions d'autres victimes juives du nazisme.

Liens externes & ressources

Œuvres

Sur le problème de l'empathie (Zum Problem der Einfühlung)

1917

De la femme (Die Frau — Fragestellungen und Reflexionen)

1928-1932

Être fini et Être éternel (Endliches und ewiges Sein)

rédigé 1935-1936, publié 1950

Vie d'une famille juive (Aus dem Leben einer jüdischen Familie)

rédigé vers 1933-1939, publié 1965

La Science de la Croix (Kreuzeswissenschaft)

1942

Voir aussi