Eugène Delacroix(1798 — 1863)

Eugène Delacroix

France

8 min de lecture

Arts visuelsArtisteXIXe siècleXIXe siècle (1798-1863), période du Romantisme

Peintre français du XIXe siècle, chef de file du mouvement romantique. Delacroix révolutionne la peinture par son utilisation audacieuse de la couleur, du mouvement et des sujets politiques et orientalistes. Son chef-d'œuvre « La Liberté guidant le peuple » devient une icône de la liberté républicaine.

Questions fréquentes

Eugène Delacroix (1798-1863) est le peintre français qui a incarné le romantisme en réaction au néoclassicisme dominant. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a révolutionné l'art par son usage expressif de la couleur et du mouvement, rompant avec la rigueur du dessin académique. Son tableau La Liberté guidant le peuple (1830) est devenu l'icône universelle de la liberté républicaine. Moins un théoricien qu'un praticien de l'émotion, il a influencé aussi bien les impressionnistes que les expressionnistes.

Citations célèbres

« Je suis venu, j'ai vu, j'ai peint »
« Le beau est une création de la volonté et du génie »
« La peinture est une fête pour l'œil »

Faits marquants

  • 1822 : Expose « Dante et Virgile aux enfers », première œuvre majeure reconnaissant son talent de coloriste
  • 1830 : Peint « La Liberté guidant le peuple » après la Révolution de Juillet, tableau devenu symbole de la République française
  • 1832 : Voyage en Afrique du Nord (Maroc, Algérie) qui inspire ses compositions orientalistes
  • 1847-1854 : Réalise les fresques de la Bibliothèque du Palais Bourbon, chef-d'œuvre de l'art mural français
  • 1863 : Mort le 13 août, reconnu comme maître incontesté de la peinture romantique

Œuvres & réalisations

La Barque de Dante (1822)

Première œuvre majeure exposée au Salon, représentant Dante et Virgile traversant le Styx. Ce tableau révéla Delacroix au public et marqua sa rupture avec le néoclassicisme.

Scènes des massacres de Scio (1824)

Toile monumentale dénonçant le massacre des Grecs par les Ottomans à Chios. Elle provoqua un scandale et affirma Delacroix comme le porte-drapeau du romantisme.

La Mort de Sardanapale (1827)

Inspirée d'une pièce de Lord Byron, cette toile tumultueuse représente le dernier roi d'Assyrie détruisant ses biens. Sa composition et sa violence chromatique choquèrent la critique officielle.

La Liberté guidant le peuple (1830)

Chef-d'œuvre emblématique inspiré par les Trois Glorieuses de juillet 1830. La figure allégorique de la Liberté brandissant le drapeau tricolore est devenue un symbole universel de la liberté.

Femmes d'Alger dans leur appartement (1834)

Peint après son voyage en Afrique du Nord, ce tableau offre une vision intime d'un harem algérois. Il influença profondément Renoir, Cézanne et Picasso, qui en réalisa quinze variations.

Entrée des Croisés à Constantinople (1840)

Grande toile historique commandée par l'État, représentant la prise de Constantinople en 1204. Elle illustre la capacité de Delacroix à conjuguer souffle épique et complexité émotionnelle.

La Lutte de Jacob avec l'Ange (1861)

Peinture murale de la chapelle des Saints-Anges à Saint-Sulpice, considérée comme le testament artistique de Delacroix. Elle témoigne de sa maîtrise du mouvement et de la couleur à la fin de sa vie.

Anecdotes

Delacroix est longtemps soupçonné d'être le fils naturel de Talleyrand, le célèbre diplomate. En effet, son père officiel, Charles Delacroix, avait subi une opération chirurgicale le rendant temporairement stérile peu avant la conception d'Eugène, et Talleyrand veilla discrètement sur la carrière du peintre toute sa vie.

Lors de la présentation de son tableau « Scènes des massacres de Scio » au Salon de 1824, Delacroix découvrit les œuvres de John Constable exposées à proximité. Impressionné par l'éclat de ses couleurs, il reprit en quelques jours une grande partie du fond de son propre tableau pour en rehausser la luminosité, juste avant l'ouverture officielle.

Delacroix tenait un Journal intime qu'il rédigea pendant des décennies. Ce document exceptionnel, publié après sa mort, révèle ses réflexions sur l'art, ses doutes, ses rivalités avec Ingres et ses observations sur la vie parisienne. Il constitue aujourd'hui l'une des sources les plus précieuses sur la vie artistique du XIXe siècle.

Lors de son voyage au Maroc en 1832, Delacroix fut ébloui par la lumière et les couleurs de l'Afrique du Nord. Il remplit sept carnets de croquis et d'aquarelles, notant les teintes exactes des costumes et des paysages. Ce voyage transforma durablement sa palette et inspira plus d'une centaine de tableaux orientalistes.

Delacroix et Ingres, chef de file du néoclassicisme, entretenaient une rivalité légendaire. Lors d'un dîner mondain, ils eurent une dispute si violente qu'Ingres quitta la pièce en s'écriant : « Ouvrez les fenêtres, ça sent le soufre ! » Pourtant, à la mort de Delacroix, Ingres reconnut son génie en privé.

Sources primaires

Journal d'Eugène Delacroix (1854)
La première vertu d'un tableau est d'être une fête pour l'œil. Ce n'est pas dire qu'il n'y faut pas de raison ; c'est comme les beaux vers, toute la raison du monde ne les empêche pas d'être mauvais s'ils choquent l'oreille.
Lettre de Delacroix à Théophile Thoré (1854)
Je suis un pur classique. J'ai été nourri dans le grand respect de Raphaël et des maîtres anciens. Et cependant on me range parmi les novateurs !
Carnets de voyage au Maroc (février 1832)
Les Romains et les Grecs sont là, à ma porte : j'ai bien ri des Grecs de David, à part, bien entendu, sa sublime facture. Je les connais à présent ; les marbres sont la vérité même, mais il faut savoir y lire.
Correspondance générale d'Eugène Delacroix — Lettre à Charles Soulier (octobre 1830)
J'ai commencé un sujet moderne, une barricade… et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle.

Lieux clés

Atelier de la place Furstenberg, Paris

Dernier atelier et domicile de Delacroix à partir de 1857, aujourd'hui transformé en musée national Eugène-Delacroix. Il s'y installa pour être proche de l'église Saint-Sulpice qu'il décorait.

Église Saint-Sulpice, Paris

Delacroix y réalisa les peintures murales de la chapelle des Saints-Anges entre 1849 et 1861, dont « La Lutte de Jacob avec l'Ange », considérée comme son testament artistique.

Musée du Louvre, Paris

Le Louvre conserve les œuvres majeures de Delacroix, dont « La Liberté guidant le peuple ». Jeune artiste, il y copia assidûment les maîtres anciens, notamment Rubens et Véronèse.

Meknès, Maroc

Lors de son voyage en 1832, Delacroix séjourna à Meknès où il assista à une audience du sultan Moulay Abd er-Rahman. Cette rencontre inspira plusieurs tableaux orientalistes majeurs.

Tanger, Maroc

Port d'arrivée de Delacroix en Afrique du Nord, où il fut immédiatement saisi par la lumière méditerranéenne. Il y réalisa de nombreuses aquarelles et croquis de la vie quotidienne.

Voir aussi