Germaine Dulac(1882 — 1942)
Germaine Dulac
France
8 min de lecture
réalisatrice, productrice et scénariste française
Questions fréquentes
Faits marquants
- Germaine Dulac (1882-1942) est une pionnière du cinéma français, considérée comme l'une des premières femmes réalisatrices de l'histoire du 7e art.
- En 1915, elle fonde sa propre société de production, Delia Film, et réalise ses premiers films muets.
- En 1928, elle réalise 'La Coquille et le Clergyman', scénarisé par Antonin Artaud, souvent cité comme le premier film surréaliste de l'histoire du cinéma.
- Théoricienne du cinéma, elle développe le concept de 'cinéma pur' ou 'cinéma intégral', défendant un art cinématographique autonome basé sur le mouvement et le rythme visuel.
- À partir des années 1930, elle dirige les actualités filmées de Gaumont, contribuant au développement du cinéma documentaire en France.
Œuvres & réalisations
Premier grand chef-d'œuvre de Dulac, considéré comme l'un des premiers films féministes de l'histoire du cinéma. Il explore la vie intérieure d'une femme étouffée par son mariage à travers des techniques visuelles innovantes (surimpressions, déformations).
Film surréaliste réalisé sur un scénario d'Antonin Artaud, souvent cité comme l'un des tout premiers films surréalistes, antérieur même au Chien Andalou de Buñuel. Sa première provoque un scandale célèbre dans l'histoire du cinéma d'avant-garde.
Film abstrait expérimental sans personnages ni récit, construit sur le rythme visuel de formes en mouvement. Il incarne le concept de 'cinéma pur' théorisé par Dulac : une expérience sensorielle proche de la musique visuelle.
Film abstrait inspiré d'une arabesque de Chopin, associant mouvements d'eau et rythmes visuels pour créer une correspondance entre musique et image. L'une des œuvres les plus abouties de la veine 'cinéma pur' de Dulac.
Film réalisé sur un scénario de Louis Delluc, marquant le début de la collaboration entre Dulac et le mouvement impressionniste français. Il attire l'attention de la critique sur son talent de cinéaste.
Recherche formelle sur le mouvement et le rythme visuel, affirmant la capacité du cinéma à atteindre l'abstraction pure. Ce film témoigne de la radicalité artistique de Dulac dans les dernières années du cinéma muet.
Anecdotes
Germaine Dulac n'est pas née cinéaste : avant de tenir une caméra, elle était journaliste et militante féministe, cofondatrice de la revue La Française en 1906. C'est en découvrant le cinéma comme art de masse qu'elle voit un formidable outil d'émancipation et décide, à plus de trente ans, de passer derrière la caméra.
Son film La Souriante Madame Beudet (1923) est aujourd'hui considéré comme l'un des premiers films féministes de l'histoire du cinéma. Il montre une femme bourgeoise étouffée par un mari tyrannique et utilise des effets visuels pour rendre visible sa vie intérieure — une audace rare à l'époque pour un cinéma encore très conventionnel.
En 1928, Germaine Dulac adapte un scénario d'Antonin Artaud pour réaliser La Coquille et le Clergyman. Artaud, furieux du résultat, accuse publiquement Dulac d'avoir trahi son œuvre et perturbe la première au Studio des Ursulines. Ce scandale devient un épisode fondateur du mouvement surréaliste au cinéma.
Dulac est l'inventrice du concept de 'cinéma pur' : pour elle, le vrai cinéma ne devait pas raconter d'histoire ni illustrer un texte, mais créer des sensations purement visuelles et rythmiques, comme la musique le fait avec le son. Elle réalise ainsi des films abstraits comme Disque 957 (1928) ou Arabesque pour une grotte marine (1929), sans acteurs ni dialogue.
Grande organisatrice de ciné-clubs, Germaine Dulac parcourt la France dans les années 1920 pour promouvoir un cinéma d'auteur exigeant face aux productions hollywoodiennes. Elle contribue à fonder la Fédération française des ciné-clubs en 1921, convainquant que l'éducation du regard est aussi importante que la création des films.
Sources primaires
Le cinéma doit être libéré de la tyrannie du récit et de la littérature. La cinégraphie intégrale aspire au mouvement pur, à la sensation visuelle dégagée de toute anecdote.
Le film ressent avant de penser. Il est l'art du mouvement lumineux et du rythme visuel. La caméra, sensible à ce que l'œil nu ne perçoit pas, révèle une réalité intérieure.
Nous défendons la même cause : faire du cinéma un art à part entière, reconnu au même titre que la peinture ou la musique. Il nous faut des spectateurs éduqués, et des cinéastes libres.
Les femmes n'ont pas moins d'aptitude que les hommes à diriger, à construire, à imaginer. Le cinéma, art neuf, n'a pas encore eu le temps de leur fermer ses portes.
Lieux clés
Ville natale de Germaine Dulac, née Germaine Saisset-Schneider le 17 novembre 1882. C'est dans le nord de la France qu'elle grandit avant de rejoindre Paris pour sa carrière de journaliste et de cinéaste.
Salle d'art et d'essai pionnière du Ve arrondissement de Paris, où fut projetée en 1928 la première de La Coquille et le Clergyman, provoquant le scandale d'Antonin Artaud. Ce lieu symbolise la naissance du cinéma expérimental français.
Lieu de rédaction de la revue féministe fondée par Dulac en 1906, depuis lequel elle menait son combat pour l'égalité des droits. L'engagement journalistique et féministe précéda et accompagna toute sa carrière cinématographique.
À partir des années 1930, Dulac dirige la production des actualités filmées chez Gaumont. Ce géant du cinéma français lui offre une plateforme industrielle pour diffuser un cinéma documentaire et informatif à grande échelle.
Symbole de la vie musicale parisienne des années 1920, fréquentée par Dulac qui voyait dans la musique le modèle idéal du cinéma pur. Sa réflexion sur le rythme et l'abstraction visuelle est profondément nourrie par les concerts qu'elle y découvre.






