Gustave Roussy(1874 — 1948)

Gustave Roussy

Suisse, France

9 min de lecture

SciencesSociétéXXe sièclePremière moitié du XXe siècle, période de structuration de la médecine scientifique et de la lutte institutionnelle contre le cancer

Neurologue et cancérologue franco-suisse (1874-1948), il fonda en 1921 l'Institut du Cancer de Paris, aujourd'hui Institut Gustave Roussy, premier centre anticancéreux européen. Ses travaux pionniers sur les tumeurs cérébrales et le cancer ont posé les bases de l'oncologie moderne en France.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est que Gustave Roussy (1874-1948) est à la fois un neurologue de renom et le fondateur de l'oncologie moderne en France. Ce qui le rend décisif, c'est qu'il a créé en 1921 le premier centre anticancéreux d'Europe, l'Institut du Cancer de Villejuif (aujourd'hui Institut Gustave Roussy), où il a réuni chirurgie, radiothérapie et recherche. Moins connu que son rôle dans le cancer, il a aussi décrit avec Joseph Jules Déjerine le syndrome thalamique (1906) et, avec Gabrielle Lévy, une maladie héréditaire rare du système nerveux, la maladie de Roussy-Lévy (1926).

Faits marquants

  • 1874 : naissance à Vevey, en Suisse
  • 1921 : fondation de l'Institut du Cancer de Paris à Villejuif
  • Auteur de travaux fondateurs sur la maladie de Roussy-Lévy (ataxie cérébelleuse héréditaire)
  • Doyen de la Faculté de médecine de Paris (1933-1945)
  • 1948 : décès ; l'institut prend son nom en hommage

Œuvres & réalisations

Le syndrome thalamique (avec J. Déjerine) (1906)

Article fondateur décrivant les douleurs intenses et les troubles sensitifs causés par des lésions vasculaires du thalamus. Le syndrome de Déjerine-Roussy est encore enseigné aujourd'hui dans les facultés de médecine du monde entier.

La couche optique — anatomie, physiologie, pathologie (thèse de doctorat) (1907)

Synthèse exhaustive sur le thalamus qui fait de Roussy l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de cette structure cérébrale. Référence dans les facultés de médecine françaises pendant plusieurs décennies.

Fondation de l'Institut du Cancer de Villejuif (1921)

Réalisation institutionnelle majeure : création du premier centre anticancéreux européen, réunissant pour la première fois chirurgie, radiothérapie et recherche sous un même toit. Ce modèle de médecine multidisciplinaire a été repris ensuite dans toute l'Europe.

La dystasie aréflexique héréditaire (avec G. Lévy) (1926)

Description clinique d'une neuropathie héréditaire rare, connue sous le nom de maladie de Roussy-Lévy. L'un des premiers exemples de caractérisation précise d'une maladie génétique du système nerveux en France.

Direction et développement de l'Université de Paris (rectorat) (1937)

En tant que recteur, Roussy supervisa la politique scientifique et pédagogique de la plus grande université française à une période de crise majeure. Il tenta de préserver l'indépendance de l'institution face aux pressions politiques de l'Occupation.

Anecdotes

En 1906, le jeune interne Gustave Roussy collabore avec le grand neurologue Joseph Jules Déjerine pour décrire un trouble méconnu : des douleurs spontanées intenses et persistantes provoquées par une lésion au cœur du cerveau, le thalamus. Ce « syndrome thalamique », aussitôt baptisé syndrome de Déjerine-Roussy, devient une référence mondiale en neurologie et reste étudié encore aujourd'hui dans les facultés de médecine.

En 1921, Roussy réussit à convaincre les autorités sanitaires françaises de créer à Villejuif, en banlieue parisienne, le premier centre anticancéreux d'Europe. Son idée était révolutionnaire : réunir dans un même bâtiment chirurgiens, radiologues, anatomopathologistes et chercheurs pour lutter ensemble contre le cancer, plutôt que de travailler chacun isolément dans son service. Cet établissement porte aujourd'hui son nom : l'Institut Gustave Roussy.

En 1926, Roussy décrit avec sa collaboratrice Gabrielle Lévy une maladie neurologique héréditaire rare associant troubles de la marche et atteinte nerveuse : la maladie de Roussy-Lévy. C'est l'un des premiers exemples de collaboration officielle entre un patron de service et une femme médecin dans la neurologie française, à une époque où les femmes restaient très minoritaires dans les carrières hospitalières.

Nommé recteur de l'Université de Paris en 1937, Roussy se retrouva à la tête de l'enseignement supérieur français au moment de la débâcle de 1940. Confronté aux exigences des autorités d'occupation visant à appliquer les lois antisémites dans les universités, il tenta de protéger ses collègues et étudiants menacés avant d'être contraint de quitter ses fonctions sous la pression nazie.

Né Suisse à Vevey au bord du lac Léman, Roussy a consacré toute sa vie adulte à la France, obtenant la nationalité française et gravissant tous les échelons de la médecine académique parisienne. Son parcours illustre le rôle essentiel joué par les savants étrangers dans la construction de la science française au tournant du XXe siècle.

Sources primaires

Le syndrome thalamique (avec J. Déjerine), Revue Neurologique (1906)
Les auteurs décrivent un syndrome caractérisé par des douleurs spontanées violentes, des troubles de la sensibilité profonde et une hémiplégie légère, consécutifs à des lésions vasculaires de la couche optique, sans atteinte majeure de la motricité volontaire.
La couche optique — anatomie, physiologie, pathologie (thèse de doctorat, Faculté de médecine de Paris) (1907)
Étude anatomo-clinique exhaustive des lésions du thalamus et de leurs conséquences sensitives, motrices et végétatives ; synthèse fondatrice des travaux ultérieurs sur le syndrome thalamique et la neuropathologie de la douleur centrale.
La dystasie aréflexique héréditaire (avec G. Lévy), Revue Neurologique (1926)
Description clinique et anatomopathologique d'une affection familiale associant ataxie cérébelleuse, aréflexie tendineuse et troubles sensitifs d'origine périphérique, clairement distincte de la maladie de Friedreich par ses caractères héréditaires et évolutifs.
Rapport sur l'organisation de la lutte contre le cancer en France (Académie de médecine) (1920)
Roussy y plaide pour la création de centres spécialisés regroupant toutes les ressources thérapeutiques et scientifiques disponibles, arguant que seule une approche concentrée et multidisciplinaire peut améliorer le pronostic des malades atteints de cancer.
Contributions aux blessures du système nerveux dans la guerre (avec collaborateurs) (1917)
Recueil de cas cliniques sur les lésions neurologiques observées chez les soldats blessés durant la Grande Guerre, contribuant à mieux comprendre les traumatismes de la moelle épinière et des nerfs périphériques.

Lieux clés

Vevey, Suisse

Ville natale de Gustave Roussy, sur les rives du lac Léman. Il y naît le 5 août 1874 avant de partir étudier la médecine à Paris, ville qu'il ne quittera plus.

Hôpital de la Salpêtrière, Paris

Haut lieu de la neurologie française, où Roussy travailla auprès du grand professeur Déjerine. C'est dans cet hôpital emblématique, fondé au XVIIe siècle, qu'il mena ses premières recherches sur le thalamus et les syndromes sensitifs.

Institut Gustave Roussy, Villejuif

Fondé par Roussy en 1921 sous le nom d'Institut du Cancer, cet établissement de Villejuif fut le premier centre anticancéreux d'Europe. Il porte aujourd'hui le nom de son fondateur et reste l'un des plus grands centres de lutte contre le cancer en Europe.

Faculté de médecine de Paris

Roussy y enseigna l'anatomie pathologique et la neurologie pendant de longues années. Il en devint le doyen en 1934, puis recteur de l'Université de Paris en 1937, assurant la direction de l'ensemble de l'enseignement supérieur parisien jusqu'à l'Occupation.

Paris (résidence et décès)

Roussy vécut à Paris toute sa vie adulte et y mourut le 26 septembre 1948. La capitale française fut le centre de sa carrière médicale, scientifique et administrative pendant plus de quarante ans.

Voir aussi