Henri Bergson(1859 — 1941)

Henri Bergson

France

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PhilosophiePhilosopheXIXe siècleXIXe-XXe siècles (1859-1941)

Philosophe français (1859-1941) qui a révolutionné la pensée moderne en opposant l'intuition à l'intelligence rationnelle et en développant une philosophie de la durée. Son œuvre majeure, « Le Rire » et « La Pensée et le Mouvant », explore la créativité et l'évolution de la conscience. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1927 pour l'ensemble de son œuvre philosophique.

Questions fréquentes

Henri Bergson (1859-1941) a révolutionné la pensée en opposant l'intuition à l'intelligence rationnelle, et en développant une philosophie de la durée. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a reçu le prix Nobel de littérature en 1927, une reconnaissance rare pour un philosophe, et que ses cours au Collège de France attiraient des foules immenses, faisant de lui une figure centrale de la Belle Époque.

Citations célèbres

« La durée est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s'abstient de séparer l'état nouveau de l'état ancien. »
« L'intuition est la sympathie par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique. »
« Le rire est, avant tout, une certaine grimace qui nous avertit. »

Faits marquants

  • 1889 : Publication de « Essai sur les données immédiates de la conscience », fondement de sa théorie de la durée
  • 1900 : Devient professeur au Collège de France
  • 1907 : Publication de « Le Rire, Essai sur la signification du comique »
  • 1927 : Reçoit le prix Nobel de littérature
  • 1932 : Publication de « Les Deux Sources de la morale et de la religion », dernier grand ouvrage

Œuvres & réalisations

Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)

Thèse fondatrice dans laquelle Bergson introduit le concept de 'durée' comme expérience intérieure du temps, irréductible au temps mesuré par la science. Cet ouvrage constitue le point de départ de toute sa philosophie.

Matière et mémoire (1896)

Ouvrage majeur explorant les rapports entre le cerveau, la mémoire et la perception. Bergson y distingue la mémoire-habitude (mécanique) de la mémoire pure (spirituelle), posant les bases d'une philosophie de l'esprit.

Le Rire. Essai sur la signification du comique (1900)

Essai brillant dans lequel Bergson analyse le rire comme réaction sociale face à la 'mécanique plaquée sur du vivant'. Œuvre accessible et souvent étudiée au lycée pour sa clarté et sa profondeur.

L'Évolution créatrice (1907)

Chef-d'œuvre de Bergson, où il développe le concept d'élan vital pour proposer une lecture créatrice de l'évolution biologique contre le mécanisme darwinien pur. Cette œuvre lui vaudra une reconnaissance internationale immédiate.

Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932)

Dernier grand ouvrage de Bergson, distinguant la morale close (tribale, mécanique) de la morale ouverte (universelle, créatrice) et explorant le mysticisme comme aboutissement de l'élan vital dans l'humanité.

La Pensée et le Mouvant (1934)

Recueil d'essais et de conférences où Bergson revient sur sa méthode philosophique et défend l'intuition comme mode de connaissance supérieur à l'intelligence analytique pour saisir la réalité vivante.

Anecdotes

Les cours de Bergson au Collège de France étaient si populaires que des centaines de personnes se massaient devant les portes plusieurs heures avant l'ouverture. Des dames du grand monde faisaient parfois réserver leurs places par leurs domestiques, et la salle débordait jusque dans les couloirs. Ce phénomène, unique dans l'histoire universitaire française, lui valut le surnom de 'philosophe des salons'.

Lorsque les lois antisémites de Vichy furent promulguées en 1940, Bergson, âgé et malade, aurait pu bénéficier d'une exemption en raison de sa notoriété mondiale. Il refusa catégoriquement tout traitement de faveur et se leva péniblement pour aller s'inscrire en personne sur les listes des Juifs, en signe de solidarité avec ses coreligionnaires persécutés. Ce geste d'une grande dignité morale força l'admiration de ses contemporains.

En 1917, pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement français envoya Bergson en mission diplomatique secrète aux États-Unis pour convaincre le président Woodrow Wilson d'entrer en guerre aux côtés des Alliés. Philosophe devenu diplomate, il rencontra Wilson à plusieurs reprises et ses conversations contribuèrent, selon certains historiens, à infléchir la décision américaine.

Bergson était le cousin par alliance de Marcel Proust, qui fut profondément influencé par sa philosophie du temps et de la mémoire. Proust assista à sa soutenance de thèse en 1889 et reconnut plus tard sa dette envers la notion bergsonienne de 'durée'. Pourtant, Bergson déclina l'invitation à lire 'À la recherche du temps perdu', estimant que Proust illustrait une conception du temps différente de la sienne.

Peu de temps avant sa mort, Bergson, qui s'était longtemps rapproché du catholicisme et avait failli se convertir, expliqua dans son testament pourquoi il était resté fidèle au judaïsme : il ne voulait pas abandonner un peuple qui allait être persécuté. Cette décision, consignée dans ses dernières volontés, révèle la profonde cohérence éthique du philosophe de l'élan vital.

Sources primaires

Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)
La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s'abstient d'établir une séparation entre l'état présent et les états antérieurs.
L'Évolution créatrice (1907)
L'élan vital dont nous parlons consiste, en somme, dans une exigence de création. Il ne peut créer absolument, parce qu'il rencontre devant lui la matière, c'est-à-dire le mouvement inverse du sien.
Le Rire. Essai sur la signification du comique (1900)
Est comique tout incident qui appelle notre attention sur le physique d'une personne alors que le moral est en cause. Pourquoi rit-on d'un orateur qui éternue au moment le plus pathétique de son discours ? Parce que quelque chose de mécanique se plaque sur du vivant.
La Pensée et le Mouvant (1934)
Un philosophe digne de ce nom n'a jamais dit qu'une seule chose ; encore a-t-il plutôt cherché à la dire qu'il ne l'a dite véritablement, et ce qu'il a dit, il ne l'a dit qu'à demi.
Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932)
L'humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu'elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d'elle. Il lui appartient de voir d'abord si elle veut continuer à vivre.

Lieux clés

Collège de France, Paris

Institution où Bergson enseigna de 1900 à 1921 et où ses cours sur la philosophie de la durée attirèrent des foules considérables, faisant de lui la figure intellectuelle la plus célèbre de la Belle Époque.

École Normale Supérieure, Paris

Grande école où Bergson fit ses études brillantes à partir de 1878 et où il forgea sa formation philosophique, côtoyant les futures élites intellectuelles françaises.

Lycée Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand

Établissement où Bergson enseigna comme professeur de philosophie de 1883 à 1888, période provinciale déterminante durant laquelle il rédigea sa thèse fondatrice sur la conscience et le temps.

Académie française, Paris

Institution dont Bergson fut élu membre en 1914, consécration de son statut de figure majeure des lettres et de la pensée françaises, où il prononça plusieurs discours remarqués.

Paris, 16e arrondissement

Quartier résidentiel bourgeois où Bergson vécut une grande partie de sa vie adulte, dans un appartement qui fut le lieu de nombreuses conversations intellectuelles avec les personnalités de son temps.

Voir aussi