Hildegard von Bingen(1098 — 1179)
Hildegard von Bingen
Saint-Empire romain germanique
9 min de lecture
Première compositrice connue, visionnaire, docteur de l'Église
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née en 1098 dans le Saint-Empire romain germanique, Hildegard von Bingen est confiée dès l'enfance à un monastère bénédictin.
- À partir de 1141, elle reçoit l'autorisation papale de consigner ses visions mystiques dans l'œuvre Scivias, rédigée entre 1141 et 1151.
- Elle fonde son propre couvent au Rupertsberg vers 1150, affirmant son indépendance spirituelle et institutionnelle.
- Compositrice prolifique, elle crée plus de 70 chants liturgiques regroupés dans la Symphonia armonie celestium revelationum, premier corpus musical attribué à une femme identifiée.
- Canonisée et proclamée docteur de l'Église par le pape Benoît XVI en 2012, elle est l'une des quatre femmes à porter ce titre.
Œuvres & réalisations
Œuvre visionnaire majeure en trois livres décrivant 26 visions sur la création, la rédemption et les fins dernières, accompagnée de 35 miniatures dans le manuscrit original. Approuvée par le pape Eugène III, elle fonde l'autorité spirituelle d'Hildegard.
Recueil de 77 pièces liturgiques (antiennes, hymnes, répons, séquences) composées par Hildegard, faisant d'elle la première compositrice identifiée de l'histoire de la musique occidentale. Sa musique se distingue par des mélodies d'une ampleur vocale exceptionnelle.
Drame liturgique musical en 82 mélodies, considéré comme l'une des premières formes d'opéra de l'histoire. Il met en scène le combat entre les Vertus et le Diable pour la possession de l'Âme humaine.
Encyclopédie des sciences naturelles en neuf livres traitant des plantes, des pierres, des poissons, des oiseaux et de leurs propriétés médicinales. L'un des premiers traités de médecine naturelle en Occident médiéval.
Traité médical décrivant les causes et remèdes des maladies, intégrant physiologie, pharmacopée et vision chrétienne du corps humain. Il témoigne d'une connaissance remarquable de la médecine humorale héritée d'Hippocrate et Galien.
Troisième grande œuvre visionnaire d'Hildegard en trois parties, explorant les rapports entre cosmos, corps humain et histoire du salut à travers dix visions. Considérée comme son œuvre théologique la plus aboutie.
Hildegard entretint une correspondance avec les figures les plus importantes de son époque : papes (Eugène III, Anastase IV), empereurs (Frédéric Barberousse), abbés (Bernard de Clairvaux) et rois. Ces lettres révèlent son influence politique et spirituelle considérable.
Anecdotes
Dès l'âge de huit ans, Hildegard fut confiée à l'abbesse Jutta de Sponheim dans une cellule d'ermitage attenante à l'abbaye de Disibodenberg. Elle y apprit la lecture, le chant liturgique et le psautier, posant les bases d'une éducation monastique exceptionnelle pour une femme de son époque.
Hildegard affirma avoir reçu des visions lumineuses dès son enfance, qu'elle appelait la 'lumière vivante'. Ce n'est qu'à l'âge de 42 ans, après avoir reçu une injonction divine, qu'elle obtint l'autorisation de son confesseur et du pape Eugène III pour coucher ses visions par écrit, donnant naissance au Scivias.
En 1150, Hildegard prit la décision audacieuse de quitter Disibodenberg avec ses moniales pour fonder son propre monastère sur le Rupertsberg, près de Bingen. Cette indépendance était rarissime pour une femme au XIIe siècle et lui valut d'abord l'opposition de l'abbé de Disibodenberg, avant qu'il ne cède face à sa détermination.
Hildegard effectua quatre tournées de prédication publique entre 1158 et 1170, prêchant devant le clergé et le peuple dans des cathédrales et des chapitres monastiques. C'était un acte extraordinaire pour une femme, normalement exclue de la prédication publique dans l'Église médiévale.
À la fin de sa vie, son monastère fut frappé d'interdit par l'archevêque de Mayence parce qu'elle avait autorisé l'enterrement d'un homme excommunié. Hildegard refusa obstinément de faire exhumer le corps, argumentant que l'homme s'était réconcilié avec l'Église avant de mourir. L'interdit fut levé quelques mois avant sa mort en 1179.
Sources primaires
Et voici que dans ma quarante-troisième année, alors que je regardais avec grande crainte et tremblante attention une vision céleste, je vis une grande splendeur dans laquelle une voix venant du ciel me dit : 'Ô fragile être humain, cendre des cendres, pourriture de la pourriture, dis et écris ce que tu vois et entends.'
Père, je suis grandement troublée par une vision qui m'est apparue par l'Esprit de Dieu, une vision que je n'ai jamais vue avec les yeux de la chair. Je suis misérable et plus que misérable dans mon existence de femme.
Ces visions, je ne les perçois pas dans le sommeil, ni dans un rêve, ni dans un état de folie, ni avec les yeux corporels ou les oreilles extérieures, ni en des lieux cachés : mais je les reçois éveillée, consciente, regardant avec un regard pur, selon la volonté de Dieu.
La viande de cerf est saine pour les personnes saines, car le cerf est chaud et vit dans des endroits purs. Elle convient aussi aux malades, car elle est digeste et ne produit pas de mauvaises humeurs.
O viridissima virga, ave, que in ventoso flabro sciscitationis sanctorum prodisti. (Ô rameau très verdoyant, salut, toi qui as jailli dans le souffle tourbillonnant de la quête des saints.)
Lieux clés
Village natal d'Hildegard en Rhénanie-Palatinat, où elle naquit en 1098 comme dixième enfant d'une famille noble. Elle y passa les premières années de son enfance avant d'être confiée à la vie monastique.
Ermitage puis abbaye bénédictine où Hildegard vécut de l'âge de 8 ans jusqu'en 1150. C'est là qu'elle forma sa pensée, reçut ses premières visions et commença la rédaction du Scivias sous la direction du moine Volmar.
Monastère fondé par Hildegard en 1150 sur une colline dominant la confluence du Rhin et de la Nahe. C'est le lieu de sa maturité créatrice : elle y composa la majeure partie de sa musique, de ses traités scientifiques et de ses correspondances.
Second monastère fondé par Hildegard en 1165, sur la rive droite du Rhin en face de Bingen. Il abrite aujourd'hui ses reliques et constitue un lieu de pèlerinage actif, perpétuant la spiritualité hildegardienne.
Siège du synode de 1147-1148 où le pape Eugène III, conseillé par Bernard de Clairvaux, approuva officiellement les écrits d'Hildegard. Cette validation pontificale fut décisive pour l'autorité et le rayonnement de son œuvre.





