Jean de La Bruyère(1645 — 1696)
Jean de La Bruyère
France
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Écrivain et moraliste français du XVIIe siècle (1645-1696), Jean de La Bruyère est l'auteur des Caractères, une œuvre majeure de la littérature classique. Son recueil de portraits satiriques et de réflexions morales offre une critique acérée de la société de son époque.
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis que l'homme pense. »
« La vie est courte et ennuyeuse: elle se partage entre la douleur et l'ennui. »
« Il y a pour l'homme trois événements : naître, vivre et mourir ; il ne s'aperçoit pas qu'il naît, il oublie qu'il meurt, et il ne vit que pour souffrir. »
Faits marquants
- 1645 : naissance à Paris le 16 août
- 1684 : publication de la première édition des Caractères, d'abord sous forme de traduction commentée de Théophraste
- 1688-1696 : rééditions successives et augmentation progressive de l'ouvrage avec de nouveaux portraits et réflexions
- 1696 : mort à Paris le 10 mai
- Influence croissante du recueil qui devient un classique de la littérature morale française
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre de La Bruyère et monument de la littérature classique française, ce recueil de portraits satiriques, réflexions morales et remarques sur la société est une critique acérée de l'humanité du XVIIe siècle. L'ouvrage connut dix éditions du vivant de l'auteur, chacune enrichie de nouveaux textes.
La Bruyère traduisit lui-même les Caractères du philosophe grec Théophraste (IVe siècle av. J.-C.) et les plaça en tête de son propre recueil. Cette traduction témoigne de son attachement à l'Antiquité et de sa position dans la Querelle des Anciens et des Modernes.
Prononcé lors de son élection à l'Académie française, ce discours exprime la position de La Bruyère en faveur des Anciens dans la grande querelle littéraire qui opposait partisans de l'Antiquité et défenseurs de la modernité. Son ton polémique provoqua un véritable scandale.
Publiés après sa mort, ces dialogues témoignent de l'intérêt de La Bruyère pour les débats religieux de son époque, notamment la querelle du quiétisme qui opposait Bossuet et Fénelon.
Anecdotes
Lorsque La Bruyère publia ses Caractères en 1688, il les fit précéder de la traduction des Caractères de Théophraste, comme pour se cacher derrière l'Antiquité. Le succès fut immédiat et foudroyant : le livre connut dix éditions du vivant de l'auteur, chacune enrichie de nouveaux portraits. Les contemporains s'amusaient à identifier les personnages réels derrière les noms fictifs, transformant la lecture en jeu mondain.
La Bruyère entra au service des Condé en 1684 comme précepteur du duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé. Il vécut ainsi à Versailles et à Chantilly, observant de près les courtisans, leurs bassesses et leurs vanités. C'est cette expérience directe du monde de la cour qui nourrit la précision cruelle de ses portraits.
Son élection à l'Académie française en 1693 fut houleuse : il dut affronter l'hostilité des partisans des Anciens et surtout de ceux qu'il avait égratignés dans ses Caractères. Son discours de réception, dans lequel il prenait parti pour les Anciens contre les Modernes, provoqua un véritable scandale et fut sifflé par une partie de l'assemblée.
La Bruyère mourut subitement en mai 1696, à cinquante ans, d'une apoplexie foudroyante. On raconte qu'il travaillait encore à une nouvelle édition de ses Caractères et à d'autres projets littéraires. Sa mort prématurée priva la littérature française d'une plume acérée qui n'avait pas encore dit son dernier mot.
Dans ses Caractères, La Bruyère décrit avec une ironie glaçante le personnage de Giton, l'homme riche et arrogant, et de Phédon, l'homme pauvre et effacé. Ces deux portraits opposés constituaient une critique sociale d'une modernité saisissante, dénonçant l'inégalité et le pouvoir de l'argent dans une société officiellement fondée sur la noblesse et la vertu.
Sources primaires
Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent.
Il n'y a point au monde un si pénible métier que celui de se faire un grand nom : la vie s'achève que l'on a à peine ébauché son ouvrage.
La cour ne rend pas content ; elle empêche qu'on ne le soit ailleurs.
Les anciens nous ont laissé la plupart des belles idées et les meilleures règles de l'éloquence et de la poésie, et nous ont mis à portée de les imiter.
Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l'œil fixe et assuré, les épaules larges, l'estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l'entretient, et il ne goûte que médiocrement tout ce que celui-ci lui dit.
Lieux clés
La Bruyère est né et a grandi à Paris. Il fréquenta les milieux intellectuels et littéraires parisiens, nourrissant son regard critique sur la société urbaine et bourgeoise du XVIIe siècle.
Résidence principale de Louis XIV à partir de 1682, Versailles fut le théâtre des observations les plus acérées de La Bruyère. C'est là qu'il côtoya courtisans et grands seigneurs dont il tira les portraits impitoyables des Caractères.
Résidence principale des princes de Condé, Chantilly fut le lieu de travail de La Bruyère comme précepteur du duc de Bourbon. Ce cadre aristocratique lui offrit un observatoire privilégié des mœurs de la haute noblesse.
La Bruyère fut élu à l'Académie française en 1693, après une campagne difficile. L'institution, fondée par Richelieu en 1635, était le temple officiel des lettres françaises et le lieu des querelles littéraires de l'époque.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle
1688 (10 éditions jusqu'en 1696)
Les Caractères de Théophraste traduits du grec
1688
Discours de réception à l'Académie française
1693
Dialogues posthumes sur le quiétisme
1699 (posthume)






