Biographie

Avocat et homme politique français (1904-1944), ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire de 1936 à 1939. Résistant arrêté par Vichy, il fut assassiné par la Milice en 1944. Panthéonisé en 2015.

Jean Zay(1904 — 1944)

Jean Zay

France

9 min de lecture

PolitiqueLettresSociétéPolitiqueRésistant(e)XXe siècleEntre-deux-guerres, Front populaire, Seconde Guerre mondiale et Occupation

Questions fréquentes

Jean Zay (1904-1944) est un avocat et homme politique français, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire de 1936 à 1939. Ce qui le rend décisif, c'est qu'à seulement 31 ans, il a porté des réformes majeures comme la prolongation de la scolarité obligatoire à 14 ans et la création des bases du CNRS. Résistant, il fut assassiné par la Milice en 1944 et panthéonisé en 2015. Moins un ministre de transition qu'un bâtisseur de l'école républicaine moderne, son action a marqué durablement la culture et la science françaises.

Citations célèbres

« L'école est le lieu où l'on apprend à douter de ce qu'on nous dit et à vérifier ce qu'on nous enseigne.»

Faits marquants

  • 1904 : naissance à Orléans dans une famille républicaine
  • 1936-1939 : ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts sous le Front populaire (gouvernements Blum)
  • 1939 : s'engage volontairement dans l'armée malgré son statut de ministre
  • 1940 : arrêté par le régime de Vichy, condamné à la détention perpétuelle, emprisonné à Riom
  • 20 juin 1944 : assassiné par des miliciens à Molles (Allier)
  • 2015 : entrée au Panthéon aux côtés de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Pierre Brossolette

Œuvres & réalisations

Loi du 9 août 1936 — Prolongation de la scolarité obligatoire à 14 ans (1936)

Réforme majeure qui porta l'obligation scolaire de 13 à 14 ans, arrachant des centaines de milliers d'enfants au travail infantile et leur offrant une année supplémentaire d'instruction républicaine.

Création du Festival international du film de Cannes (1938-1939)

Initié par Jean Zay pour concurrencer la Mostra de Venise sous influence fasciste, le festival est conçu comme un espace de liberté artistique internationale. La première édition, annulée en 1939 à cause de la guerre, aura finalement lieu en 1946.

Fondation de la Caisse nationale de la recherche scientifique (CNRSI), précurseur du CNRS (1936)

Jean Zay crée le premier organisme national de financement de la recherche scientifique, jetant les bases institutionnelles de ce qui deviendra le CNRS, convaincu que la science est un pilier de la République.

Réforme des musées nationaux et inauguration du Palais de Chaillot (1937)

Jean Zay supervise la transformation du Trocadéro en Palais de Chaillot pour l'Exposition universelle de 1937 et engage une modernisation profonde des collections et de l'accès aux musées nationaux.

Souvenirs et solitude (1940-1944 (publié 1945, Julliard))

Œuvre littéraire et témoignage politique rédigés clandestinement en prison. Considéré comme l'un des grands livres de la résistance intellectuelle, il révèle la profondeur morale et humaniste de Jean Zay face à l'arbitraire.

Réforme des programmes scolaires et introduction de l'éducation artistique (1937)

Par circulaires et arrêtés, Jean Zay engage une modernisation profonde des curricula, introduisant l'éducation artistique, le cinéma et la musique à l'école, cherchant à démocratiser la culture pour tous les enfants de France.

Anecdotes

Jean Zay est le véritable père du Festival de Cannes. En 1938, choqué par la mainmise des régimes fasciste et nazi sur la Mostra de Venise, il décide de créer un festival de cinéma international à Cannes pour défendre la liberté artistique. La première édition est programmée pour septembre 1939, avec Louis Lumière comme président du jury. Elle est annulée le 1er septembre, le jour même où Hitler envahit la Pologne.

Ministre de l'Éducation nationale à seulement 31 ans, Jean Zay devient la cible d'une virulente campagne antisémite orchestrée par la presse d'extrême droite. Le journal Gringoire publie des caricatures haineuses et des articles l'attaquant sur ses origines juives paternelles. Ces persécutions préfigurent son sort sous Vichy, qui lui retirera la nationalité française.

En juin 1940, refusant l'armistice, Jean Zay embarque sur le paquebot Massilia avec une vingtaine de parlementaires, dont Pierre Mendès France, pour rejoindre l'Afrique du Nord et continuer le combat. Vichy les accuse de désertion. Arrêté au Maroc, Jean Zay est rapatrié en France, jugé dans des conditions iniques et condamné à la détention.

Pendant ses quatre années d'incarcération à la maison d'arrêt de Riom, Jean Zay rédige clandestinement ses Souvenirs et solitude. Ce texte, transmis en secret à sa femme Madeleine, constitue à la fois un testament politique et un témoignage poignant sur sa vie intérieure. Il ne le verra jamais publié : il est assassiné le 20 juin 1944 par des miliciens.

Jean Zay joue un rôle fondateur dans la création des institutions de recherche scientifique françaises. Dès 1936, il crée la Caisse nationale de la recherche scientifique et de l'invention (CNRSI), précurseur direct du CNRS, convaincu que la science est un pilier de la République. Cette action visionnaire contribuera à faire du CNRS l'un des plus grands organismes de recherche au monde.

Sources primaires

Souvenirs et solitude (1940-1944 (publié 1945, Julliard))
Je pense à la France, à ce qu'elle était, à ce qu'elle sera. Je ne désespère pas d'elle — car ce que Vichy a fait n'est pas la France. La France vraie, c'est celle de l'école, de la raison, de la liberté.
Loi du 9 août 1936 portant prolongation de la scolarité obligatoire (9 août 1936)
L'instruction primaire est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, résidant en France, depuis l'âge de six ans jusqu'à l'âge de quatorze ans révolus.
Circulaire relative à l'éducation artistique dans les écoles (mai 1937)
Il appartient à l'école de la République d'ouvrir les enfants au beau, à la musique, aux arts plastiques et au cinéma. La formation du goût est une dimension essentielle de la formation du citoyen.
Décret portant organisation de la recherche scientifique nationale (1936-1937)
Il est institué, sous la tutelle du ministre chargé de l'instruction publique, un organisme national chargé de coordonner et de financer la recherche scientifique fondamentale et appliquée dans toutes les disciplines.
Lettre à sa femme Madeleine depuis la maison d'arrêt de Riom (1941)
Je travaille. C'est la seule façon de ne pas mourir intérieurement. J'écris pour toi, pour Hélène, pour ceux qui croiront encore à la République quand tout ceci sera fini.

Lieux clés

Orléans (Loiret)

Ville natale de Jean Zay, où il grandit dans un milieu républicain et laïc, exerça comme avocat et fut élu député. Une place et une statue lui sont consacrées dans le centre-ville.

Ministère de l'Éducation nationale, rue de Grenelle, Paris

Siège où Jean Zay exerça ses fonctions ministeriales de 1936 à 1939, signant les grandes réformes scolaires et culturelles du Front populaire, dont la prolongation de la scolarité et la création du Festival de Cannes.

Maison d'arrêt de Riom (Puy-de-Dôme)

Prison où Jean Zay fut incarcéré de 1940 à 1944 après sa condamnation par le tribunal militaire vichyssois. Il y rédigea ses Souvenirs et solitude et vécut quatre années d'isolement progressivement alourdi.

Molles (Allier)

Lieu du crime : des miliciens sortirent Jean Zay de sa cellule sous prétexte d'un transfert et l'assassinèrent le 20 juin 1944. Son corps fut retrouvé dans un puits après la Libération.

Panthéon, Paris

Monument républicain où Jean Zay fut inhumé le 27 mai 2015 lors d'une cérémonie présidée par François Hollande, aux côtés de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion.

Voir aussi