Joan Sutherland(1926 — 2010)

Joan Sutherland

Australie

9 min de lecture

MusiqueSpectacleXXe siècleXXe siècle — âge d'or de l'opéra et de l'enregistrement discographique

Joan Sutherland (1926-2010) est une soprano australienne considérée comme l'une des plus grandes voix lyriques du XXe siècle. Surnommée « La Stupenda », elle est célèbre pour ses interprétations du répertoire bel canto de Donizetti, Bellini et Verdi.

Questions fréquentes

Joan Sutherland (1926-2010) est une soprano australienne, surnommée « La Stupenda » par la presse italienne. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle est considérée comme l'une des plus grandes voix lyriques du XXe siècle, notamment pour ses interprétations du répertoire bel canto de Donizetti, Bellini et Rossini. Son triomphe dans Lucia di Lammermoor à Covent Garden en 1959 a relancé l'intérêt mondial pour ce style musical oublié depuis un siècle.

Faits marquants

  • Née le 7 novembre 1926 à Sydney, Australie
  • Débuts à Covent Garden (Londres) en 1952, où elle forge sa réputation internationale
  • Triomphe mondial en 1959 dans Lucia di Lammermoor de Donizetti à Covent Garden
  • Surnommée « La Stupenda » par le public milanais de la Scala
  • Décédée le 10 octobre 2010 en Suisse

Œuvres & réalisations

Lucia di Lammermoor (Donizetti) — production Covent Garden (1959)

La représentation de février 1959 au Royal Opera House, dans une mise en scène de Franco Zeffirelli, est considérée comme l'un des événements majeurs de l'histoire de l'opéra au XXe siècle. Joan Sutherland y révèle une voix hors du commun et relance à elle seule l'intérêt mondial pour le répertoire bel canto.

Norma (Bellini) — enregistrement Decca avec Marilyn Horne (1964)

Cet enregistrement studio sous la direction de Richard Bonynge, avec Marilyn Horne dans le rôle d'Adalgisa, est universellement considéré comme une référence discographique absolue. Il illustre la maîtrise technique et la profondeur expressive de Sutherland dans le grand répertoire bellinien.

Semiramide (Rossini) — enregistrement Decca (1966)

Cet enregistrement avec Marilyn Horne contribue à la redécouverte du Rossini seria, un répertoire délaissé depuis le XIXe siècle. Il démontre la capacité de Sutherland à maîtriser les ornements et vocalises les plus complexes du bel canto rossinien.

La Traviata (Verdi) — Australian Opera (1976)

Joan Sutherland a incarné Violetta à de nombreuses reprises au fil de sa carrière, notamment dans cette production pour l'Australian Opera. Ce rôle lui permettait d'unir puissance dramatique et virtuosité vocale dans l'œuvre la plus populaire du répertoire verdien.

Les Huguenots (Meyerbeer) — Canadian Opera Company (1969)

L'interprétation par Sutherland du rôle de Valentine dans cet opéra rarissime de Meyerbeer a été saluée comme un exploit vocal extraordinaire. Elle contribue ainsi à la redécouverte du grand opéra français du XIXe siècle, tombé dans l'oubli faute d'interprètes capables de l'assumer.

Concert d'adieu au Sydney Opera House (1990)

Ce gala du 2 octobre 1990, devant un public australien en liesse, clôt quarante ans d'une carrière internationale sans équivalent. Joan Sutherland y interprète des extraits de ses rôles les plus emblématiques, accompagnée pour la dernière fois par Richard Bonynge.

Anecdotes

En février 1959, Joan Sutherland incarne Lucia di Lammermoor de Donizetti à Covent Garden dans une mise en scène de Franco Zeffirelli. Sa prestation est unanimement saluée comme un événement historique : la critique londonienne parle de « miracle vocal » et le public lui réserve une ovation de plus de vingt minutes. Cette soirée marque le début d'une carrière internationale fulgurante et le renouveau mondial du répertoire bel canto.

C'est la presse italienne qui lui décerne le surnom de « La Stupenda » après ses débuts à La Fenice de Venise. Le mot, qui signifie « la stupéfiante », résumait le sentiment du public face à l'étendue, à la pureté et à la puissance de sa voix. Joan Sutherland elle-même trouvait ce surnom un peu excessif et préférait rester modeste, rappelant volontiers que le travail quotidien comptait plus que le talent naturel.

Richard Bonynge, pianiste australien qu'elle épouse en 1954, joue un rôle décisif dans sa carrière : il est le premier à lui dire que sa voix est celle d'une soprano colorature dramatique, et non d'un mezzo-soprano comme elle le croyait. Contre l'avis de ses professeurs londoniens, il la guide vers le répertoire bel canto de Donizetti et Bellini. Ce pari audacieux transforme une chanteuse prometteuse en l'une des plus grandes voix du siècle.

Joan Sutherland a grandi à Sydney en écoutant en boucle les enregistrements des grandes divas du début du XXe siècle, notamment Amelita Galli-Curci et Luisa Tetrazzini. Enfant, elle imitait ces voix devant un miroir dans le salon familial. Sa mère, elle-même chanteuse amateur, lui donnait ses premières leçons, prouvant que de grandes carrières internationales peuvent naître très loin des conservatoires européens.

Le 2 octobre 1990, Joan Sutherland fait ses adieux à la scène lors d'un gala mémorable au Sydney Opera House, devant un public australien en liesse. Après quarante ans de carrière internationale, elle choisit de clore son parcours en Australie, là où tout avait commencé. Elle avait alors 63 ans et était considérée comme au sommet de son art vocal, ce qui rendait sa retraite d'autant plus émouvante pour ses admirateurs.

Sources primaires

A Prima Donna's Progress — The Autobiography of Joan Sutherland (1997)
Richard's belief in my voice was the single most important factor in my career. Without his guidance toward the coloratura repertoire, I might never have found my true direction as a singer.
Critique du Times (Londres) après la Lucia di Lammermoor de Covent Garden (Février 1959)
Miss Sutherland's Lucia was a revelation. The purity of her tone, the security of her technique, and the sheer beauty of her voice placed her last night among the immortals of the operatic stage.
Interview accordée à Opera Magazine (1965)
Je n'ai jamais considéré les vocalises quotidiennes comme une corvée. La voix est un instrument vivant qui réclame un entretien régulier, comme un athlète qui s'entraîne — quel que soit votre niveau ou votre réputation.
Citation de Georg Solti, chef d'orchestre, dans ses mémoires (1997)
Joan Sutherland possédait quelque chose d'unique : une technique parfaite alliée à une musicalité naturelle et à un sens du phrasé que les grandes cantatrices italiennes du XIXe siècle auraient enviée.

Lieux clés

Sydney, Australie

Ville natale de Joan Sutherland, où elle a grandi, reçu ses premières leçons de chant de sa mère et débuté sa carrière professionnelle. Elle y a donné son concert d'adieu en 1990 au Sydney Opera House, bouclant ainsi symboliquement la boucle de sa vie artistique.

Royal Opera House, Covent Garden, Londres

C'est sur cette scène que Joan Sutherland a fait ses débuts professionnels en 1952 et connu son triomphe décisif en 1959 dans Lucia di Lammermoor. Elle y a chanté pendant de nombreuses saisons, devenant l'une des artistes les plus associées à cette institution.

Teatro La Fenice, Venise, Italie

C'est dans ce théâtre vénitien légendaire que la presse italienne lui a décerné le surnom de « La Stupenda ». Ses débuts italiens ont confirmé sa stature internationale et sa maîtrise absolue du répertoire bel canto dans son pays d'origine.

Metropolitan Opera, New York, États-Unis

Joan Sutherland a débuté au Met en 1961 dans le rôle de Lucia, suscitant une ovation mémorable. Elle y est revenue régulièrement pendant deux décennies, contribuant à la popularisation du bel canto en Amérique du Nord.

Les Avants, canton de Vaud, Suisse

Joan Sutherland et Richard Bonynge ont élu domicile dans ce village alpin suisse après sa retraite de la scène en 1990. C'est là qu'elle a passé ses dernières années et qu'elle s'est éteinte le 10 octobre 2010.

Voir aussi