Jorge Luis Borges(1899 — 1986)

Jorge Luis Borges

Argentine

8 min de lecture

LettresÉcrivain(e)Poète(sse)XXe siècleBorges écrit au XXe siècle, période marquée par les avant-gardes littéraires, les totalitarismes et la guerre froide. L'Argentine traverse dictatures et instabilité politique, contexte qui influence profondément son œuvre.

Jorge Luis Borges (1899-1986) est l'un des plus grands écrivains de langue espagnole du XXe siècle. Auteur de nouvelles labyrinthiques mêlant philosophie, mathématiques et fantastique, il a révolutionné la littérature mondiale avec des œuvres comme Fictions et L'Aleph.

Questions fréquentes

Pour comprendre l'importance de Jorge Luis Borges, il faut imaginer un écrivain qui a transformé la nouvelle en un laboratoire d'idées. Né à Buenos Aires en 1899 dans une famille bilingue, il a révolutionné la littérature en mêlant fantastique, philosophie et érudition fictive. Ce qu'il faut retenir, c'est que son œuvre, notamment Fictions (1944) et L'Aleph (1949), a inventé une forme narrative où des labyrinthes, des bibliothèques infinies et des miroirs deviennent des métaphores de l'univers. Moins un simple conteur qu'un penseur, Borges a influencé tout le boom latino-américain et reste une référence incontournable pour comprendre la littérature du XXe siècle.

Citations célèbres

« Une bibliothèque peut être interprétée comme un miroir qui révèle, d'une façon ou d'une autre, les traits du monde. »
« Je ne parle pas de la vengeance ni du pardon : l'oubli est la seule vengeance et le seul pardon. »

Faits marquants

  • Naît à Buenos Aires en 1899 dans une famille bilingue (espagnol et anglais) ; passe son adolescence en Europe.
  • Publie Fictions en 1944, recueil fondateur de la littérature fantastique et métafictionnelle.
  • Devient directeur de la Bibliothèque nationale d'Argentine en 1955, alors qu'il perd progressivement la vue.
  • Candidat régulier au prix Nobel de littérature sans jamais l'obtenir ; reçoit le prix Cervantes en 1979.
  • Meurt à Genève en 1986, laissant une œuvre traduite dans le monde entier et influençant des générations d'auteurs.

Œuvres & réalisations

Fictions (Ficciones) (1944)

Recueil de nouvelles fondateur qui contient 'La Bibliothèque de Babel', 'Le Jardin aux sentiers qui bifurquent' et 'Pierre Ménard, auteur du Quichotte'. Ce livre révolutionna la littérature mondiale en inventant une forme narrative mêlant fantastique, philosophie et érudition fictive.

L'Aleph (1949)

Deuxième grand recueil de nouvelles de Borges, contenant notamment 'L'Aleph' et 'La Mort et la Boussole'. Il y explore les thèmes de l'infini, du temps circulaire et des labyrinthes avec une maîtrise stylistique incomparable.

Enquêtes (Otras inquisiciones) (1952)

Recueil d'essais littéraires et philosophiques dans lesquels Borges analyse des auteurs, des idées et des paradoxes avec une érudition fascinante. Ce livre révèle Borges en lecteur universel et penseur original.

L'Auteur et autres textes (El hacedor) (1960)

Œuvre hybride mêlant poèmes en prose, fables et paraboles courtes. Borges y atteint une forme d'épure maximale, condensant des univers entiers en quelques lignes.

Le Rapport de Brodie (El informe de Brodie) (1970)

Recueil de nouvelles marquant un retour à une écriture plus directe et réaliste, inspirée de Kipling. Borges y explore des thèmes liés à l'identité argentine, la violence et le destin.

Le Livre de sable (El libro de arena) (1975)

L'un de ses derniers grands recueils, contenant la nouvelle éponyme sur un livre aux pages infinies. Écrit après sa cécité totale et dicté, il témoigne d'une imagination intacte et toujours aussi vertigineuse.

Anecdotes

Borges souffrait d'une maladie oculaire héréditaire qui le rendit progressivement aveugle. Devenu presque totalement aveugle vers l'âge de 55 ans, il fut nommé directeur de la Bibliothèque nationale d'Argentine en 1955 — une ironie du sort qu'il ne manqua jamais de souligner avec humour : 'Dieu m'a donné à la fois les livres et la nuit.'

Enfant bilingue, Borges apprit l'anglais avant l'espagnol grâce à sa grand-mère paternelle anglaise. Il lut Don Quichotte en anglais avant de le lire dans la langue originale de Cervantes, ce qui lui donna toute sa vie une perspective décalée et universelle sur la littérature.

En 1938, Borges subit un accident grave : montant un escalier dans l'obscurité, il heurta un vasistas ouvert et se blessa gravement à la tête. Hospitalisé, il frôla la septicémie. C'est durant sa convalescence qu'il écrivit 'Pierre Ménard, auteur du Quichotte', l'une de ses nouvelles les plus célèbres, comme pour prouver qu'il avait conservé ses facultés mentales.

Borges ne reçut jamais le prix Nobel de littérature, malgré de nombreuses nominations. Beaucoup d'écrivains et de critiques considèrent qu'il en fut injustement privé, et cette absence reste l'une des controverses les plus discutées dans l'histoire de ce prix. Il reçut en revanche le prestigieux prix Cervantes en 1979.

Passionné de littérature fantastique anglaise et américaine, Borges fut l'un des premiers traducteurs en espagnol d'auteurs comme Edgar Allan Poe, Virginia Woolf et William Faulkner. Il contribua ainsi à faire connaître la littérature anglo-saxonne en Amérique latine tout en forgeant son propre style.

Sources primaires

Fictions (Ficciones) (1944)
La bibliothèque de Babel est totale — ses étagères consignent toutes les combinaisons possibles des vingt et quelques symboles orthographiques... c'est-à-dire tout ce qu'il est possible d'exprimer, dans toutes les langues.
L'Aleph (1949)
Dans la partie inférieure de la marche, vers la droite, je vis une petite sphère irisée d'un éclat presque insupportable. Je la crus d'abord tournante; puis je compris que ce mouvement était une illusion produite par les vertigineux spectacles qu'elle contenait. Le diamètre de l'Aleph devait être de deux ou trois centimètres, mais l'espace cosmique y était, sans diminution de volume.
Conférence 'La cécité' (Siete noches) (1977)
Je dois avouer que j'ai souvent imaginé l'invention du miroir et que je me suis demandé si elle n'aurait pas suffi à bâtir toute une mythologie. Les miroirs et la paternité sont abominables parce qu'ils multiplient les hommes.
Lettre à son ami et collaborateur Adolfo Bioy Casares (1946)
Nous avons inventé ensemble tant de personnages, tant d'intrigues, que je ne sais plus toujours où finit ma fantaisie et où commence la tienne. C'est peut-être ainsi que doit fonctionner la littérature.

Lieux clés

Buenos Aires, Argentine

Ville natale et lieu de vie principal de Borges, dont les quartiers — notamment Palermo où il grandit — imprègnent profondément son imaginaire littéraire. Il en arpenta les rues jusqu'à sa cécité complète, gardant en mémoire chaque détail de ses labyrinthes urbains.

Bibliothèque nationale d'Argentine, Buenos Aires

Borges en fut directeur de 1955 à 1973 et y passa une grande partie de sa vie professionnelle. C'est la bibliothèque réelle qui lui inspira la métaphore de la 'Bibliothèque de Babel', labyrinthe universel de tout le savoir humain.

Genève, Suisse

Borges y vécut adolescent de 1914 à 1919, y apprit le français et l'allemand, et y découvrit Schopenhauer. Il choisit d'y finir sa vie et y mourut en 1986 ; il y est enterré au cimetière des Rois.

Madrid et Séville, Espagne

Borges y séjourna de 1919 à 1921 et y participa activement au mouvement ultraïste, première avant-garde littéraire espagnole. Cette expérience forgea ses premières armes d'écrivain et poète.

Université Harvard, Cambridge (États-Unis)

En 1967-1968, Borges y donna les prestigieuses Charles Eliot Norton Lectures sur la poésie et la littérature. Ces conférences, publiées sous le titre 'Sept nuits', lui valurent une reconnaissance universitaire mondiale.

Voir aussi